Aller au contenuAller au contenu

Nord-Kivu : l’or de l’Est est devenu la première source de financement des ADF, selon The Sentry

Nord-Kivu : l’or de l’Est est devenu la première source de financement des ADF, selon The Sentry
Photo d’archive. Cette image ne montre pas les sites miniers contrôlés par les ADF : une mine artisanale à Kailo, dans le Maniema. Photo : Julien Harneis, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.
Partager dans un groupe WhatsApp ou copier le lien pour votre chaîne

Les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé affilié à l’État islamique et actif dans le Nord-Kivu et l’Ituri, tirent désormais l’essentiel de leurs revenus de l’or extrait dans l’est de la République démocratique du Congo. C’est la principale conclusion d’une enquête publiée le 27 octobre 2026 par l’organisation américaine The Sentry, spécialisée dans le suivi des flux financiers liés aux conflits, dont les résultats ont été relayés par Radio Okapi et Actualite.cd.

Votre publicité ici

Jusqu’à 1,6 million de dollars par an à Manguredjipa

Selon The Sentry, l’or illicite est devenu la principale source de financement des ADF, devant la production de cacao. Le groupe armé complète ses ressources par le racket et les enlèvements. Dans la seule région de Manguredjipa, au Nord-Kivu, il gagnerait entre 1 et 1,6 million de dollars par an grâce aux sites aurifères qu’il contrôle. Ces revenus lui auraient permis de constituer une réserve de plusieurs millions de dollars.

D’après l’enquête, l’or quitte l’est de la RDC pour l’Ouganda, avant d’être acheminé vers les Émirats arabes unis. Cette autonomie financière permet aux ADF de réduire leur dépendance vis-à-vis du soutien extérieur de l’État islamique. Sasha Lezhnev, de The Sentry, résume ce constat en estimant que l’or illicite est désormais la principale source de financement du groupe affilié à l’État islamique en RDC.

L’opération Shujaa aurait déplacé le problème

Le rapport se montre critique envers l’opération Shujaa, menée conjointement depuis novembre 2021 par les Forces armées de la RDC et l’armée ougandaise (UPDF) contre les ADF. Selon The Sentry, ces offensives ont surtout dispersé le groupe vers des zones plus riches en or et en cacao, à l’intérieur du territoire congolais, où il a trouvé de nouvelles sources de revenus. L’organisation relève aussi que l’Ouganda maintient plusieurs milliers de soldats dans l’est de la RDC, ce qu’elle relie à la défense de ses intérêts sécuritaires, économiques et politiques à long terme.

Ce constat rejoint les critiques formulées localement. Des élus et des organisations de la société civile estiment que les opérations conjointes et l’état de siège, en vigueur au Nord-Kivu et en Ituri depuis mai 2021, n’ont pas produit les résultats attendus. Les ADF continuent de tuer des civils dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa, et leur présence est désormais signalée dans le Haut-Uele, une province jusque-là épargnée. Un rapport du groupe d’experts des Nations unies publié en juillet 2026 pointait déjà la dispersion du groupe et l’extension de la menace contre les populations.

Tarir les financements, une priorité selon les enquêteurs

Pour The Sentry, la réponse doit désormais viser l’argent du groupe. L’organisation demande au Conseil de sécurité des Nations unies, aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l’Union européenne d’enquêter sur les circuits qui relient l’or de l’est de la RDC aux réseaux ougandais de négoce, d’affinage et d’exportation, et de cibler les financiers, les négociants et les intermédiaires. Elle recommande aussi aux secteurs de l’or et de la finance de considérer l’Ouganda et les Émirats arabes unis comme des pays à haut risque pour l’or illicite et d’y appliquer une vigilance renforcée.

L’organisation appelle par ailleurs l’Ouganda à respecter strictement ses accords avec Kinshasa sur le déploiement de ses troupes, et la RDC à équilibrer ses priorités militaires entre la lutte contre les ADF et celle contre le M23. « Les ADF s’adaptent rapidement. La réponse internationale doit être encore plus rapide », a déclaré sa directrice générale, Justyna Gudzowska, citée par Actualite.cd. Aucune réaction officielle de Kinshasa ou de Kampala n’avait été rapportée au moment de la publication de ces informations.

Views: 1

WhatsApp