Le gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka, a quitté Bunia pour Kinshasa le lundi 26 octobre 2026, peu après 10 heures. Selon Radio Okapi, ce voyage, préparé dans des délais très courts d’après plusieurs observateurs, alimente depuis lors de nombreuses questions dans le chef-lieu de la province, alors que les autorités n’ont livré que peu de détails sur ses motifs.
Une mission officielle, selon le gouvernorat
D’après les informations rapportées par Radio Okapi et reprises par Mediacongo.net, le gouverneur a pris place à bord d’un appareil de la compagnie Mont Gabaon, arrivé de Beni, dans le Nord-Kivu voisin. La cellule de communication du gouvernorat de l’Ituri présente ce déplacement comme une mission officielle. Elle précise que le général Kasongo voyage en compagnie du gouverneur militaire du Nord-Kivu et que les échanges prévus dans la capitale porteront sur la situation des deux provinces placées sous état de siège.
Aucune précision supplémentaire n’a été donnée sur le programme de cette mission, ni sur les institutions que les deux responsables militaires doivent rencontrer, ni sur la durée de leur séjour à Kinshasa.
Des « investigations » évoquées dans des documents
D’autres versions circulent toutefois. Toujours selon Radio Okapi, des documents officiels mentionneraient une invitation du gouverneur à Kinshasa dans le cadre d’« investigations », sans que l’objet de ces vérifications soit connu. D’autres informations font état de consultations prévues au ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, consacrées à des dossiers de sécurité et de gouvernance en Ituri. À ce stade, aucune de ces pistes n’a été confirmée publiquement par le gouvernement central.
Ce départ intervient quelques jours après celui de Max Nissan Amande, chargé de mission du chef de l’État pour la médiation et la résolution des conflits en Ituri. Ce dernier a lui aussi rejoint Kinshasa, au retour d’une mission officielle à Kampala, en Ouganda, qu’il avait effectuée avec le gouverneur militaire. À Bunia, le silence officiel sur ces mouvements successifs nourrit les commentaires, et une partie de l’opinion suit le dossier avec attention.
Une province toujours sous forte pression sécuritaire
Le général Kasongo Mulumba a été nommé à la tête de l’Ituri au début du mois de juin 2026, en remplacement du lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, selon Actualite.cd. Son arrivée s’inscrivait dans la continuité de l’état de siège, en vigueur dans la province, comme au Nord-Kivu, depuis plus de cinq ans. Ce régime d’exception, qui confie l’administration provinciale à des officiers de l’armée et de la police, est régulièrement prorogé par le Parlement.
Ces dernières semaines, le gouverneur militaire avait notamment rappelé, dans un communiqué signé à Bunia et relayé le 17 octobre, l’interdiction formelle pour les civils de porter, de détenir ou de faire circuler des armes. Il avait annoncé que toute personne trouvée en possession d’une arme sans droit légal serait interpellée et poursuivie en justice, et invité la population à signaler les cas suspects aux services de sécurité.
Sur le terrain, la situation demeure tendue. Radio Okapi rapporte que plus d’une dizaine de personnes ont été tuées le dimanche 25 octobre dans des attaques attribuées à la milice CODECO dans plusieurs localités du littoral du lac Albert, dans le territoire de Djugu, notamment à Muganga, Mbuza, Depa et Tsonga. Le député provincial Moïse Uzunga Wathum, qui évoque un bilan provisoire, réclame un renforcement de la présence militaire dans cette zone. Plusieurs centaines de familles auraient fui vers des sites de déplacés situés dans le territoire voisin de Mahagi.
Ce qui est attendu
Les prochains jours devraient permettre de mieux comprendre la portée de ce séjour à Kinshasa : simple session de travail sur la sécurité et l’état de siège, évaluation de la gestion provinciale ou étape préalable à d’éventuelles décisions. Pour les habitants de l’Ituri, confrontés à l’activité persistante des groupes armés, à des déplacements massifs de population et aux défis de la stabilisation, la clarté sur la direction de la province reste un enjeu majeur. Une communication officielle du gouvernement ou du gouvernorat est attendue pour lever les doutes.
Views: 1
