Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) n’a plus d’existence légale en République démocratique du Congo. Siégeant ce vendredi 30 octobre 2026 à Kinshasa, la section du contentieux du Conseil d’État a prononcé la dissolution de la formation politique créée en 2002 par l’ancien président Joseph Kabila. La procédure avait été engagée par le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, qui a confirmé la décision à Actualite.cd.
Deux requêtes contre le parti de l’ancien président
Selon le site Netic-News, deux affaires visant le PPRD étaient inscrites au rôle de l’audience publique, ouverte à 9 heures : la première, enregistrée sous la référence RA.1424, opposait le vice-Premier ministre de l’Intérieur au parti ; la seconde, RRMP.001, était portée par le ministère public.
Pour justifier sa demande, le ministère de l’Intérieur reprochait au PPRD une complicité dans une menace contre l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale du pays. Il s’appuyait sur les articles 29, 30 et 31 de la loi relative à l’organisation et au fonctionnement des partis politiques, qui encadrent les cas dans lesquels une formation peut être suspendue ou dissoute. Le détail de la motivation retenue par la haute juridiction administrative n’a pas encore été rendu public.
Les médias qui ont rapporté l’information ne font état d’aucune réaction publique du PPRD ou de Joseph Kabila à cette décision.
Le basculement de Joseph Kabila dans la lutte armée
Cette dissolution s’inscrit dans une escalade entamée il y a plusieurs mois entre Kinshasa et l’ancien chef de l’État, qui a dirigé le pays de 2001 à 2019. Les autorités soupçonnent Joseph Kabila de soutenir la rébellion de l’AFC/M23, active dans l’est du pays. En septembre 2025, il avait été condamné à mort par contumace pour trahison par la justice militaire.
Le 12 octobre dernier à Goma, ville contrôlée par la rébellion, Joseph Kabila a annoncé la création du Front pour la refondation de la Nation (FRN), présenté comme le successeur de l’AFC/M23, avec Corneille Nangaa comme vice-président, et a revendiqué le recours à la lutte armée. Trois jours plus tard, le 15 octobre, Jacquemain Shabani avait interdit sur l’ensemble du territoire les activités du PPRD et de douze autres partis politiques.
Le parti était déjà fragilisé. Plusieurs de ses principaux responsables sont détenus, notamment son vice-président Aubin Minaku, son secrétaire permanent Emmanuel Ramazani Shadary et le secrétaire national Dunia Kilanga, selon Actualite.cd. Après l’annonce de la lutte armée, plusieurs membres et sympathisants ont par ailleurs quitté la formation ou pris publiquement leurs distances avec son fondateur.
Une décision aux conséquences politiques lourdes
Le PPRD a longtemps été la colonne vertébrale du pouvoir sous Joseph Kabila, puis de la coalition qui partageait la gestion du pays avec Félix Tshisekedi jusqu’à la rupture de 2020. Sa dissolution prive ses cadres restés dans les institutions d’un cadre partisan et pourrait relancer les recompositions au sein de l’opposition, déjà traversée par les débats sur un dialogue national.
Pour le gouvernement, la mesure tire les conséquences de l’engagement armé de l’ancien président. Plusieurs questions restent toutefois ouvertes : d’anciens membres du PPRD tenteront ils de se regrouper au sein d’autres formations, et quelle suite sera donnée aux procédures judiciaires visant les cadres actuellement détenus ?
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