Réunis à Rome, en Italie, pour leur première rencontre en présentiel, les cinq dirigeants de la Coalition Article 64 (C64) ont rendu publique le mardi 27 octobre 2026 une déclaration dans laquelle ils plaident pour un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga disent vouloir rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et l’ancien chef de l’État Joseph Kabila afin de préparer ces assises, selon Radio Okapi et Actualite.cd.
Un dialogue présenté comme seule issue à la crise
D’après la déclaration finale, lue par Delly Sesanga au terme du conclave, la coalition estime que la guerre qui se poursuit dans l’Est du pays ne peut pas être réglée par les armes. Elle propose un dialogue ouvert à toutes les parties, sans exclusion, avec pour objectifs la cessation des hostilités, la réunification du territoire, la cohésion nationale et le respect des échéances prévues par la Constitution.
Les opposants souhaitent aussi une meilleure articulation entre les médiations en cours : le processus de Doha, conduit sous l’égide du Qatar entre Kinshasa et l’AFC/M23, et la facilitation africaine portée par l’Angola et le Togo. Selon Actualite.cd, la C64 demande que les questions de gouvernance prévues dans les protocoles de Doha soient intégrées au futur dialogue national, et insiste sur le respect du cessez-le-feu, la protection des civils et l’accès humanitaire. Elle appelle également à l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui exige notamment le retrait des troupes étrangères.
La coalition a par ailleurs condamné toute tentative de prendre ou de conserver le pouvoir par les armes. Elle affirme, d’après Actualite.cd, que les engagements stratégiques issus de l’accord de Washington pourront être préservés par des dirigeants légitimement élus.
Non au troisième mandat et à la loi sur le référendum
Sur le plan institutionnel, la C64 rejette toute modification de la Constitution, tout troisième mandat présidentiel et tout report des élections attendues en 2028, rapporte Radio Okapi. Les cinq leaders contestent la loi sur l’organisation du référendum récemment adoptée par l’Assemblée nationale, estimant qu’elle ne peut pas servir à contourner l’article 220 de la Constitution, qui verrouille notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels. Les autorités, de leur côté, rejettent les accusations selon lesquelles ce texte viserait à maintenir le chef de l’État au pouvoir et le présentent comme un outil de renforcement des institutions.
La déclaration consacre aussi une large place aux libertés publiques. La coalition réclame la fin des arrestations qu’elle juge arbitraires, l’arrêt des procès à caractère politique, le retour des exilés et la libération des personnes détenues pour leurs opinions. Elle cite nommément Marley Vuvu, Prince Epenge et Stéphane Shiso. Selon Actualite.cd, Prince Epenge a été interpellé à N’djili et placé sous mandat d’arrêt provisoire. La C64 demande en outre des enquêtes indépendantes, y compris internationales, sur les violences survenues lors des manifestations de l’opposition du 12 juin et du 15 septembre 2026.
Les opposants exigent enfin la dissolution des Forces du progrès, un groupe de jeunes se réclamant de l’UDPS, le parti présidentiel, qu’ils qualifient de milice. Ils s’appuient sur l’article 190 de la Constitution, qui interdit les milices privées, et estiment que le contexte de guerre ne justifie pas la restriction générale des libertés d’expression, de réunion et de manifestation.
Des critiques dans le camp présidentiel
La déclaration a rapidement suscité des réactions. Le député national Joseph Nkoy Wembo, élu de Katako-Kombe (Sankuru) et membre de la majorité présidentielle, a jugé la position de la coalition complaisante envers les responsables de la guerre dans l’Est, d’après Radio Okapi. Il reproche aux cinq opposants de ne pas avoir cité nommément le Rwanda ni Joseph Kabila, alors qu’ils visent directement Félix Tshisekedi sur la question constitutionnelle. Actualite.cd note que la rébellion AFC/M23 s’est muée en Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme dirigé par Joseph Kabila.
Quelles suites pour l’initiative de la C64 ?
Aucune réaction officielle de la présidence ni de l’entourage de Joseph Kabila n’avait été rapportée à la suite de la déclaration de Rome. Le pouvoir de Kinshasa s’est jusqu’ici montré réservé face à l’idée d’un dialogue national associant toutes les parties, en mettant en avant les processus de Washington et de Doha qui traitent déjà avec les acteurs armés. Or, selon Actualite.cd, seuls deux des huit protocoles prévus à Doha ont été signés, sans application concrète à ce jour.
La capacité de la C64 à obtenir les rencontres annoncées avec les deux hommes, puis à peser sur l’agenda des médiations, sera le principal test de cette initiative. Le débat autour de la loi référendaire, dont la promulgation est attendue, devrait également rester au centre de la vie politique congolaise dans les prochaines semaines.
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