La Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL), plateforme de la société civile congolaise, tire la sonnette d’alarme sur la préparation des élections générales prévues en 2028 en République démocratique du Congo. Dans un rapport intitulé « RDC 2028 : Éviter le naufrage électoral », transmis le 7 novembre 2026 à la presse et relayé par Actualite.cd, elle estime que le respect de l’échéance constitutionnelle est menacé par une accumulation de retards techniques, de difficultés financières et d’incertitudes politiques et sécuritaires.
Une feuille de route de la CENI à la traîne
Au cœur de l’analyse figure la feuille de route 2025-2029 de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), publiée en avril 2025. Ce document prévoyait notamment la révision du fichier électoral jusqu’en avril 2027, avec une phase d’identification et d’enrôlement des électeurs programmée de février à septembre 2026, puis l’élection présidentielle en décembre 2028, selon le calendrier rappelé par Mediacongo.
D’après la SYMOCEL, plusieurs activités préparatoires n’ont pas été réalisées dans les délais annoncés. L’enrôlement des électeurs, étape jugée décisive, reste freiné par le manque de financement, les difficultés sécuritaires et l’absence d’un plan de rattrapage suffisamment documenté. S’appuyant sur des analyses de l’institut Ebuteli, le rapport considère toutefois que ces retards ne sont pas encore irréversibles, à condition que des décisions budgétaires rapides soient prises et que le suivi institutionnel soit renforcé.
Dès février 2026, une source au sein de la CENI citée par Mediacongo affirmait qu’aucun financement n’avait été débloqué pour exécuter la feuille de route. Le président de la centrale électorale, Denis Kadima Kazadi, avait lui même évoqué des défis financiers et sécuritaires, en particulier dans l’Est du pays.
Budget 2027 : une provision électorale encore à confirmer
Le projet de loi de finances 2027, déclaré recevable par l’Assemblée nationale début novembre et renvoyé en commission, contient une provision pour les élections de 2028. Les chiffres rapportés divergent selon les sources : Actualite.cd évoque une enveloppe de 700 milliards de francs congolais dans son compte rendu du rapport de la SYMOCEL, tandis que Congo Quotidien, citant la présentation de la Première ministre Judith Suminwa, fait état de 400 milliards de francs congolais. Dans les deux cas, il s’agit d’une prévision qui dépend encore des arbitrages du Parlement et de son exécution effective.
La SYMOCEL se demande si cet engagement sera tenu face aux urgences sécuritaires et humanitaires. Elle juge par ailleurs le Parlement, en tant qu’autorité budgétaire, peu actif sur la question, et observe que le thème électoral passe au second plan derrière le dialogue national et les initiatives diplomatiques.
Guerre dans l’Est et débat constitutionnel
Le rapport replace ces retards dans un contexte politique tendu. Il rappelle que le président Félix Tshisekedi a déclaré en mai 2026 que les élections de 2028 ne pourraient pas se tenir si la guerre se poursuivait dans l’Est et si le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ne pouvaient pas voter. La plateforme reconnaît la réalité de cette contrainte sécuritaire, mais demande quelles mesures concrètes sont prises pour préserver le calendrier et garantir la participation des populations des zones touchées par le conflit.
Sur le projet de révision constitutionnelle et de référendum, la SYMOCEL se montre nuancée : ce débat ne prouve pas à lui seul une volonté de reporter les scrutins, mais combiné aux retards persistants, il peut alimenter la perception d’une temporisation politique. Le rapport souligne aussi que, pris séparément, aucun de ces éléments ne démontre qu’un report a été décidé.
L’organisation invoque le précédent de 2016 à 2018, lorsque le dépassement des échéances électorales avait provoqué une crise de confiance et prolongé de fait la transition. Elle se garde de prédire une répétition de ce scénario, tout en mettant en garde contre la minimisation des tensions qu’un glissement pourrait provoquer : perte de prévisibilité, contestation de la légitimité des institutions et restriction de la participation pacifique.
Six indicateurs à surveiller
Pour la SYMOCEL, rien ne permet de dire que le glissement est devenu inévitable, mais rien ne permet non plus de considérer le calendrier comme sécurisé. La fenêtre de rattrapage existe encore, mais elle se rétrécit. La plateforme propose de suivre six indicateurs : les décaissements effectifs au profit de la CENI, la reprise des opérations en retard, l’actualisation du calendrier électoral, la publication des obstacles et des mesures correctives, les garanties de participation dans les zones en conflit, et le respect des limites constitutionnelles.
Les prochaines semaines, avec l’examen du budget 2027 par les commissions de l’Assemblée nationale puis par le Sénat, permettront de mesurer le poids réellement accordé au financement du processus électoral. La CENI, de son côté, est attendue sur une mise à jour de son calendrier opérationnel.
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