Le président de l’Assemblée provinciale de la Tshopo, Matheus Kanga, a saisi le chef de l’État par une lettre datée du samedi 7 novembre 2026. Il y demande la suspension de l’interdiction des baleinières en bois sur les voies navigables du pays, une mesure qui doit entrer en vigueur le 15 novembre, soit dans à peine plus d’une semaine, rapporte Radio Okapi.
Un délai jugé intenable pour les armateurs
Pour l’élu provincial, demander aux transporteurs de remplacer leurs embarcations en bois par des bateaux métalliques d’ici la mi-novembre est irréaliste. Il estime que le temps laissé aux armateurs ne permet pas une telle transition et rappelle qu’une grande partie des embarcations qui assurent le transport fluvial dans la Tshopo sont justement construites en bois.
Matheus Kanga plaide donc pour un moratoire de douze mois. Selon Radio Okapi, il avait déjà formulé la même demande auprès du vice-Premier ministre chargé des Transports, sans obtenir de changement de calendrier. Cette fois, il s’adresse directement au président de la République.
Le président de l’organe délibérant ne conteste pas l’objectif de sécurité. Il reconnaît la nécessité de mieux protéger les passagers, mais propose une autre méthode : recenser les embarcations en service et renforcer les contrôles, plutôt que d’arrêter brutalement une partie du trafic.
Une province qui dépend du fleuve
L’argument central tient à la géographie. La Tshopo, dont le chef-lieu est Kisangani, reste largement enclavée. Faute d’un réseau routier suffisant, le fleuve Congo et ses affluents constituent les principales voies de circulation pour les voyageurs, les marchandises et même les médicaments destinés aux localités éloignées.
D’après l’élu, l’arrêt des baleinières en bois risquerait de faire grimper les prix des denrées alimentaires sur les marchés et de priver de travail des centaines de personnes qui vivent du transport fluvial, des équipages aux commerçants.
La province garde aussi en mémoire les drames du fleuve. Le 6 août 2026, une baleinière a chaviré près du village de Linoko, non loin de Kisangani. Le bilan provisoire communiqué alors par des sources locales faisait état d’au moins six morts et de 31 rescapés, sans que le nombre exact de passagers puisse être établi en l’absence de manifeste, selon Radio Okapi.
Une décision prise pour mettre fin aux naufrages
La mesure contestée a été annoncée début octobre par Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre chargé des Transports, Voies de communication et Désenclavement. Dans une correspondance datée du 6 octobre, il a ordonné l’interdiction de la navigation des baleinières en bois sur l’ensemble du réseau hydrographique national à partir du 15 novembre, ainsi que l’arrêt de la fabrication de nouvelles embarcations de ce type, d’après Reporter.cd et la RTNC.
Le ministère justifie ce durcissement par les violations répétées des règles de sécurité par certains armateurs, malgré des rappels adressés en octobre 2024, puis en septembre et en octobre 2025. Les baleinières de plus de cinq ans doivent être retirées et remplacées par des péniches métalliques. Le texte s’appuie sur des obligations déjà annoncées : gilet de sauvetage pour chaque passager, interdiction de la navigation de nuit, assurance et contrôle technique obligatoires, rayon de navigation limité à 750 kilomètres. La police et la Force navale sont appelées à intercepter et, si nécessaire, saisir les embarcations en infraction après l’échéance.
Le débat sur l’accompagnement reste ouvert
La question divise aussi les élus des autres provinces fluviales. Le député national Jean-Marie Mangobe Bomungo, élu de Bomongo dans l’Équateur, soutient l’interdiction, qu’il présente comme une mesure de protection des vies. Il a évoqué devant l’Assemblée nationale un naufrage survenu dans sa circonscription qui aurait fait, selon lui, plus de 70 morts. Mais il juge un simple moratoire insuffisant et réclame plutôt un programme de baleinières métalliques cédées à crédit aux opérateurs, rapporte Allafrica.
Ni l’annonce initiale du ministère ni les réactions publiées à ce jour ne précisent de dispositif de financement pour aider les armateurs à acquérir des embarcations métalliques. À huit jours de l’échéance, la réponse de la présidence à la requête de la Tshopo, et la manière dont les forces de l’ordre appliqueront la mesure sur le terrain, seront suivies de près par les transporteurs et les populations riveraines.
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