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Bukavu : trente ans après l’assassinat de Mgr Munzihirwa, Mukwege dénonce l’impunité

Bukavu : trente ans après l’assassinat de Mgr Munzihirwa, Mukwege dénonce l’impunité
Photo d’archive. Cette image ne montre pas les commémorations du 30e anniversaire de la mort de Mgr Munzihirwa. On y voit la pro-cathédrale anglicane Sainte Trinité de Bukavu, au Sud-Kivu, en mars 2023. Photo : +Bishop Dr. Steven Ayule-Milenge (PhD)-O/CGS, Wikimedia Commons, licence CC0.
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La République démocratique du Congo a marqué jeudi 29 octobre le trentième anniversaire de l’assassinat de Mgr Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, archevêque de Bukavu tué le 29 octobre 1996 lors de la prise de la ville par la rébellion de l’AFDL. De Kinshasa au Sud-Kivu, conférences, messes et déclarations ont relié son héritage à la crise sécuritaire que traverse aujourd’hui l’Est du pays, tandis que le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a dénoncé trois décennies d’impunité.

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Un archevêque resté auprès de sa population

Né en 1926 à Burhale, au Sud-Kivu, Christophe Munzihirwa était jésuite. Il a été évêque de Kasongo avant de prendre la tête de l’archidiocèse de Bukavu, dont il est devenu archevêque en mars 1995. À l’automne 1996, alors que les combattants de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), appuyés par l’armée rwandaise, avançaient vers la ville, il a refusé de partir et multiplié les appels publics contre la guerre.

Selon Reporter.cd, il a été abattu le 29 octobre 1996 sur la place du marché de Nyawera, à Bukavu, alors qu’il circulait en voiture. Son chauffeur et son garde du corps ont également été tués. Le média rappelle que le rapport Mapping des Nations unies, consacré aux violations commises entre 1993 et 2003, fait état de plus de 450 civils tués lors des combats des 29 et 30 octobre 1996 dans la ville. Une cause en béatification a été ouverte en 2016, et l’Église lui reconnaît le titre de serviteur de Dieu.

Mukwege dénonce l’impunité

Dans un message publié à l’occasion de cet anniversaire, le docteur Denis Mukwege a salué le courage de l’archevêque, qui avait exhorté les habitants de Bukavu à rester unis et à ne pas céder à la peur. Selon Reporter.cd, le gynécologue de l’hôpital de Panzi a résumé la situation par la formule « 30 ans de guerre, 30 ans d’impunité, 30 ans de trop ». Il estime que les avertissements lancés en 1996 restent d’actualité, les mouvements armés ayant changé de nom au fil des années, du CNDP au M23 puis à l’AFC M23, aujourd’hui rebaptisé Front pour la refondation de la nation (FRN). Il a appelé les Congolais à s’unir pour la justice et le retour de la paix.

À Kinshasa, Radio Okapi rapporte que des intervenants réunis autour du thème « Redécouvrir le message de Munzihirwa face à l’agression » ont relu sa pensée à la lumière des violences actuelles. L’abbé Jean Bosco Bahala, qui se présente comme un disciple du prélat, a rappelé son appel aux populations à ne pas abandonner leurs maisons et leurs terres. Le chercheur Henry Pacifique Mayala, de l’institut Ebuteli, a pour sa part dégagé six orientations tirées de son enseignement, parmi lesquelles nommer l’agression, rejeter les discours de haine ethnique et rechercher la justice plutôt que la vengeance.

La société civile du Sud-Kivu interpelle Kinshasa et le FRN

Au Sud-Kivu, la société civile a profité de l’anniversaire pour adresser un message à l’ensemble des acteurs du conflit. D’après Actualite.cd, elle estime que l’archevêque a été tué pour avoir refusé une guerre qu’elle qualifie d’importée, le pillage des ressources et le silence de la communauté internationale. « On a cru tuer une voix. On a créé un symbole éternel », écrit-elle.

La structure juge que la situation actuelle rappelle celle de 1996 et cite Bukavu ainsi que les territoires de Kalehe, Kabare, Walungu et Idjwi, qu’elle décrit comme occupés. Elle demande au gouvernement comme au FRN, qui contrôle Goma, de mettre fin à la guerre et au pillage des richesses naturelles. Elle critique aussi la loi sur le référendum votée à l’Assemblée nationale, estimant qu’elle ne reflète pas la volonté actuelle des Congolais alors qu’une partie du territoire est envahie.

Une mémoire au cœur du débat sur la paix

Trente ans après sa mort, la figure de Mgr Munzihirwa reste un repère pour l’Église catholique, la société civile et une partie de la classe politique congolaise. Les hommages de cette semaine interviennent dans un contexte de combats persistants au Sud-Kivu et de pressions diplomatiques sur les acteurs du conflit. Pour ses héritiers, la question de la justice pour les crimes commis depuis 1996, documentés notamment par le rapport Mapping, demeure entière. La suite de la procédure en béatification et l’éventuelle mise en place de mécanismes de justice transitionnelle seront suivies de près à Bukavu, où sa mémoire est célébrée chaque année.

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