Le comité provincial de sécurité du Sud-Kivu a annoncé le 12 octobre la suspension provisoire des manifestations publiques dans les zones sous contrôle du gouvernement. À Uvira, cette décision peut répondre à une inquiétude réelle, mais elle doit être accompagnée d'une durée précise, de motifs vérifiables et d'un mécanisme de réexamen.
Selon le gouvernement provincial, la mesure est motivée par des risques d'infiltration ainsi que par la diffusion de discours de haine et de division. L'autorité affirme par ailleurs que la situation reste stable dans les villes et territoires qu'elle contrôle. Ces deux éléments doivent être expliqués ensemble. Si la situation est stable, les restrictions ne peuvent être justifiées que par des menaces identifiées et proportionnées, non par une interdiction indéfinie.
Une décision provisoire doit être mesurable
Le mot provisoire ne suffit pas. La province devrait publier la date d'entrée en vigueur, la durée initiale, les localités concernées et les conditions qui permettront de lever la suspension. Elle devrait aussi préciser si les réunions en salle, les activités syndicales, les rassemblements religieux et les manifestations pacifiques sont traités de la même manière.
Une restriction générale peut réduire momentanément certains risques. Elle peut aussi déplacer les tensions vers des espaces moins visibles et affaiblir la confiance entre la population et les autorités. À Uvira, où deux assassinats récents ont déjà ravivé le sentiment d'insécurité, les habitants ont besoin de résultats policiers et judiciaires autant que de mesures administratives.
La province peut renforcer les patrouilles, contrôler les armes, protéger les itinéraires sensibles et exiger une déclaration préalable des marches. Elle doit toutefois maintenir une procédure claire permettant aux organisateurs de contester un refus. Sans voie de recours, la décision risque d'être perçue comme politique, même lorsque des raisons sécuritaires existent.
Le cas Joseph Kabila exige des mots exacts
Le communiqué provincial évoque les propos du président honoraire sans le nommer. Sur le plan judiciaire, la Haute Cour militaire a condamné Joseph Kabila par contumace le 30 septembre 2025. Elle l'a notamment reconnu coupable de trahison et de participation à un mouvement insurrectionnel, et a ordonné son arrestation immédiate. Il est donc exact de rappeler qu'une juridiction congolaise l'a déclaré coupable de participation à une insurrection.
Le mot rebelle est fréquemment employé dans le débat public, mais l'intitulé juridique à retenir reste celui du jugement. Cette précision protège l'information contre la confusion entre verdict, qualification politique et opinion. Les critiques du procès, notamment celles du PPRD, doivent également être présentées comme des prises de position, sans effacer l'existence de la décision judiciaire.
Le jugement contre un ancien chef de l'État ne donne cependant pas un blanc-seing pour interdire toute expression collective. Une province doit traiter une menace individuelle ou organisée par des mesures ciblées. La liberté de réunion ne peut pas être assimilée, par principe, à une adhésion à une rébellion.
Publier un bilan régulier
La suspension gagnerait en crédibilité si le comité provincial de sécurité publiait un bilan régulier. Ce document pourrait indiquer les incidents évités ou enregistrés, les arrestations opérées, les dossiers transmis à la justice et les raisons justifiant le maintien ou la levée de la mesure.
Cette transparence compléterait les efforts annoncés pour restaurer l'autorité publique. Un récent atelier organisé à Uvira a justement examiné le retour de l'autorité de l'État dans les deux Kivu. Cette autorité se consolide par des décisions compréhensibles, limitées et contrôlables.
La sécurité et les libertés ne sont pas deux objectifs incompatibles. Une restriction courte, motivée et réévaluée peut être défendable. Une interdiction vague et prolongée fragiliserait au contraire la confiance dont les services de sécurité ont besoin pour obtenir des alertes et prévenir les violences.
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