La protection des adolescentes rurales en Ituri ne dépend pas seulement de l'existence des lois. Elle dépend aussi de leur capacité à connaître ces lois, à identifier une violence et à trouver rapidement une personne digne de confiance lorsqu'elles sont menacées.
À Bunia, le défenseur des droits humains Marc Djeta a alerté, lundi 12 octobre, sur la vulnérabilité des jeunes filles vivant dans les territoires ruraux. D'après les propos rapportés par Bunia Actualité, le manque d'information sur leurs droits les expose davantage aux violences, aux abus sexuels, aux mariages précoces et aux grossesses précoces.
Cette alerte rappelle une réalité souvent négligée. Un droit qui reste enfermé dans un texte juridique protège mal une adolescente qui ne sait pas à qui parler, qui craint des représailles ou qui vit loin d'un service social, d'un poste de police ou d'une structure de santé.
La prévention doit arriver là où vivent les adolescentes
Les campagnes menées à Bunia sont utiles, mais elles ne suffisent pas si elles n'atteignent pas les villages, les écoles éloignées, les marchés et les lieux de culte. Les relais communautaires, les enseignants, les infirmiers, les associations féminines et les responsables coutumiers peuvent jouer un rôle décisif à condition de disposer d'informations claires et d'un mécanisme d'orientation connu.
La loi congolaise fixe l'âge minimum du mariage à 18 ans. Pourtant, la pauvreté, la pression familiale, l'abandon scolaire et l'isolement continuent de réduire la capacité de certaines filles à refuser une union imposée. La réponse ne peut donc pas se limiter à répéter l'âge légal. Elle doit aussi maintenir les filles à l'école, soutenir les familles en difficulté et protéger celles qui signalent une menace.
NZADI News a récemment montré que la sécurité autour des écoles en Ituri nécessite une présence adaptée aux heures d'entrée et de sortie. Cette vigilance doit aller de pair avec un dispositif d'écoute. Une école sûre est aussi une école où une élève sait à qui confier une tentative d'abus ou une pression au mariage.
Des relais identifiables et contrôlables
Chaque aire de santé ou groupement devrait pouvoir afficher quelques informations simples : le nom d'un point focal, un numéro joignable, le service compétent et la procédure de signalement. Ces informations doivent être données dans les langues comprises localement et expliquées aux parents comme aux adolescentes.
Le système doit aussi éviter une erreur fréquente, celle de renvoyer la victime d'un bureau à un autre. Une fille qui se confie ne devrait pas être obligée de raconter plusieurs fois les mêmes faits devant des personnes non formées. La confidentialité, la sécurité et l'accès aux soins doivent être garantis dès le premier contact.
La crise humanitaire complique cette protection. Les déplacements, la séparation des familles et la précarité augmentent les risques. Dans ce contexte, l'alerte humanitaire en Ituri replace les déplacés au centre de l'urgence locale. Les actions destinées aux filles doivent donc être intégrées aux réponses sur l'abri, la santé, l'éducation et l'aide alimentaire.
Mesurer les résultats au lieu de compter les séances
Le nombre de conférences organisées ne suffit pas pour mesurer l'efficacité d'une campagne. Les autorités provinciales et les organisations partenaires devraient suivre des indicateurs plus concrets : le nombre d'écoles disposant d'un point focal, le délai de prise en charge après un signalement, le retour en classe des victimes et l'orientation vers les services de santé ou de justice.
Marc Djeta appelle les organisations actives dans la protection de l'enfance à intensifier la sensibilisation et encourage les filles à rester à l'école et à dénoncer les violences. Pour que cet appel produise un effet durable, l'Ituri a besoin d'un réseau de proximité visible, accessible et régulièrement évalué.
La protection commence par l'information, mais elle devient réelle seulement lorsque cette information ouvre une porte. Dans chaque village, une adolescente devrait savoir où aller, qui contacter et ce qui se passera après son signalement.
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