Un nouveau projet de paix et de cohésion sociale a été lancé à Bunia avec l’ambition d’atteindre environ 39 000 personnes dans les territoires de Djugu, Irumu et Mambasa. Prévu pour deux ans, le programme est financé par l’ambassade de Norvège et mis en œuvre par un consortium réunissant Tearfund, Caritas RDC, Congo Initiative et Action Entraide.
D’après Bunia Actualité, le dispositif entend associer les églises, les jeunes et les communautés locales à la prévention et à la résolution des conflits. L’approche repose en partie sur l’influence des responsables religieux et communautaires. Elle peut créer des espaces de dialogue dans des zones où la méfiance, les déplacements et les violences ont affaibli les mécanismes traditionnels de médiation.
Le lancement constitue toutefois le début du travail, pas son résultat. Pour que les habitants puissent juger l’utilité du projet, les organisations partenaires devraient préciser les changements attendus dans chaque territoire. Le nombre de personnes invitées à une activité ne suffit pas à mesurer la paix. Il faut savoir si les conflits locaux diminuent, si les alertes sont traitées plus rapidement, si les personnes déplacées retrouvent un accès sûr aux services et si les mécanismes de médiation restent actifs après la fin du financement.
La situation humanitaire en Ituri donne à cette exigence une importance particulière. NZADI News a récemment analysé [l’alerte d’OCHA sur la crise humanitaire et les besoins des déplacés](https://nzadinews.net/crise-humanitaire-en-ituri-lalerte-docha-replace-les-deplaces-au-centre-de-lurgence-locale/). Un projet de cohésion sociale ne peut donc pas être évalué en dehors des réalités de sécurité, de retour, d’accès à la terre et de protection des civils.
Un tableau de suivi public renforcerait la crédibilité du programme. Il pourrait indiquer, pour Djugu, Irumu et Mambasa, le nombre de mécanismes locaux installés, la part de femmes et de jeunes impliqués, les différends traités, les accords respectés et les difficultés rencontrées. Les informations sensibles devraient naturellement rester protégées, mais les résultats généraux doivent pouvoir être vérifiés.
La participation communautaire mérite également une définition claire. Consulter des habitants au lancement ne signifie pas qu’ils auront une influence réelle sur les décisions. Les communautés devraient pouvoir signaler les activités inefficaces, proposer des ajustements et connaître les critères de sélection des bénéficiaires. La même exigence vaut pour les autorités locales, qui doivent accompagner le projet sans le transformer en outil politique.
Le financement extérieur peut accélérer les initiatives, mais la durabilité dépendra des moyens locaux. Les comités de dialogue auront besoin de règles simples, d’une représentation équilibrée et d’un lien fonctionnel avec les services de l’État. Sans cela, ils risquent de disparaître à la fin des deux années. L’objectif devrait être de laisser des capacités de médiation utilisables sans dépendre en permanence d’une nouvelle subvention.
Le projet devra aussi éviter de présenter des activités sociales comme une réponse suffisante à l’insécurité armée. La cohésion communautaire peut réduire certaines tensions et empêcher des manipulations, mais elle ne remplace ni la protection des civils, ni la justice, ni la restauration de l’autorité publique. À Djugu, [l’absence de policiers dans plusieurs villages et sites de déplacés](https://nzadinews.net/djugu-labsence-de-policiers-inquiete-plusieurs-villages-et-sites-de-deplaces/) illustre les limites d’une paix qui ne serait pas accompagnée par des institutions accessibles.
La réussite passera enfin par une communication régulière dans des langues comprises localement. Les radios communautaires, les assemblées de villages et les organisations de jeunes peuvent diffuser les critères du projet, corriger les rumeurs et rendre compte des progrès. Cette transparence réduirait le risque que les bénéficiaires perçoivent le programme comme une initiative réservée à quelques structures.
Atteindre 39 000 personnes est un objectif important. Mais la vraie mesure sera la capacité du projet à produire des changements observables dans les trois territoires. Au terme des deux ans, les partenaires devront pouvoir montrer non seulement combien d’activités ont été organisées, mais quels conflits ont été prévenus, quelles communautés ont retrouvé un dialogue et quelles structures locales peuvent poursuivre le travail.
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