Deux ans après le naufrage du bateau MERDI, aussi appelé Merveille de Dieu, les familles touchées réclament toujours une réponse qui dépasse les commémorations. Leur besoin le plus urgent est un registre public et vérifié des victimes, des survivants et des personnes encore portées disparues.
Le bateau avait chaviré le 3 octobre 2024 alors qu’il arrivait de Minova vers le port de Kituku, à Goma. Les premières informations diffusées après le drame avaient fait état de dizaines de morts, de rescapés et de nombreuses personnes recherchées. Les bilans sont longtemps restés variables, notamment parce que le nombre exact de passagers n’était pas clairement établi.
Radio Okapi rapporte aujourd’hui qu’une association de victimes évoque plus de mille cinq cents enfants affectés dans leur scolarité. Ce chiffre est une estimation de l’association. Il doit être vérifié ménage par ménage afin de distinguer les enfants ayant perdu un parent, ceux dont les revenus familiaux ont chuté et ceux qui ont effectivement quitté l’école.
Une liste officielle pour sortir de l’incertitude
Dans un naufrage de cette ampleur, l’absence d’un manifeste fiable produit des conséquences pendant des années. Certaines familles ne savent pas si un proche a été officiellement reconnu parmi les victimes. D’autres ne disposent pas des documents nécessaires pour engager une succession, demander une aide ou corriger l’état civil d’un enfant.
Un registre consolidé devrait réunir les informations des services lacustres, des hôpitaux, des morgues, de la Croix-Rouge, des autorités locales et des familles. Il ne s’agit pas de publier des données sensibles sans protection. Il s’agit de créer une base contrôlée, avec une procédure permettant à chaque ménage de signaler une erreur ou une omission.
Le même travail doit concerner les survivants. Leur identification faciliterait le suivi médical et psychosocial, ainsi que la collecte de témoignages utiles à l’enquête. Les personnes sorties de l’eau peuvent aider à préciser le déroulement du chavirement, l’organisation à bord et les conditions d’évacuation.
L’assistance doit devenir traçable
Les demandes de soutien aux orphelins et aux veuves doivent être accompagnées de critères publics. Une aide scolaire peut prendre la forme de frais pris en charge, de kits ou d’un accompagnement social. Dans tous les cas, les bénéficiaires, la durée et le montant global du programme doivent être contrôlables.
Cette transparence protège les familles contre les promesses sans suite et réduit le risque de doublons ou d’exclusion. Elle permet aussi aux partenaires d’orienter leur aide vers les besoins les plus documentés.
La justice reste l’autre attente centrale. Les conclusions de l’enquête devraient répondre à des questions simples : le bateau disposait-il des documents requis, combien de passagers pouvait-il transporter, quelles consignes météorologiques avaient été données et quels moyens de sauvetage se trouvaient à bord ?
Prévenir le prochain naufrage
La mémoire des victimes doit conduire à des règles visibles dans chaque port du lac Kivu. Avant tout départ, les passagers devraient pouvoir connaître la capacité autorisée du bateau, l’identité de l’équipage, la présence des gilets et la décision prise en cas de mauvais temps.
Deux ans après le drame, l’enjeu n’est plus seulement de rappeler la date du naufrage. Il faut fermer les zones d’ombre qui entretiennent la douleur : une liste incomplète, une assistance difficile à vérifier et une enquête dont les résultats ne sont pas suffisamment accessibles. Un registre public des victimes constituerait le premier pas concret vers la vérité, la réparation et une sécurité lacustre plus crédible.
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