À Kananga, les déchets ne posent plus seulement un problème de propreté. Leur accumulation sur certaines voies et dans les caniveaux menace la circulation de l’eau, accélère la dégradation des chaussées et augmente le risque d’érosion à l’approche des fortes pluies. Une série de constats effectués du 21 au 26 septembre par Radio Okapi décrit notamment des dépôts sur l’avenue Dekese, dans la commune de Ndesha, ainsi que des caniveaux obstrués sur l’avenue Lulua et près du rond-point Carrefour.
Le danger est progressif. Un sachet jeté dans un caniveau ne détruit pas immédiatement une route, mais l’accumulation de plastique, de terre et de restes ménagers bloque l’écoulement. L’eau cherche alors un autre passage, attaque les bords de la chaussée et peut creuser une nouvelle tête d’érosion. Les dépenses engagées pour construire ou réhabiliter les routes perdent leur effet si le drainage n’est pas entretenu.
Le service de collecte reste le maillon manquant
Les appels au civisme sont nécessaires, mais ils ne remplacent pas un système de collecte. Un ménage peut conserver ses déchets pendant quelques heures ou quelques jours. Sans poubelle publique, point de dépôt contrôlé et calendrier d’évacuation, les détritus finissent souvent dans la rue, un ravin ou un caniveau.
La ville a donc besoin d’une organisation lisible : qui collecte, dans quels quartiers, à quelle fréquence, avec quels véhicules et vers quel site final. La réponse doit aussi distinguer les déchets organiques, les plastiques, le verre et les matières dangereuses. Mélanger tous les flux réduit les possibilités de récupération et augmente les risques pour les personnes qui trient manuellement.
L’enjeu rejoint celui de la protection des ouvrages. Le [pont Nganza entre Kamayi et Muimba](https://nzadinews.net/kananga-le-pont-nganza-soulage-kamayi-et-muimba-une-erosion-menace-deja-ses-acces/) a amélioré les déplacements, mais une érosion signalée près de ses accès rappelle que le drainage et la stabilisation des sols doivent suivre l’investissement initial. Nettoyer un caniveau coûte moins cher que reconstruire une route emportée.
Le recyclage crée une piste locale
Face à l’insuffisance du service public, des initiatives privées commencent à valoriser une partie des déchets. L’entreprise Kasaï Innovation collecte des résidus agricoles, notamment des restes de maïs, des pelures de manioc et de la sciure de bois, pour produire des briquettes de combustible. Son promoteur, Marcel Mulamba, indique que l’activité emploie déjà vingt-cinq jeunes.
Cette solution présente un double intérêt. Elle retire des matières du circuit des déchets et propose une alternative au charbon de bois traditionnel, dont la consommation contribue à la pression sur les forêts. Il faut toutefois distinguer une expérience prometteuse d’un système capable de traiter les volumes d’une grande ville. L’entreprise dit manquer d’équipements semi-industriels, ce qui limite sa production.
Un appui public utile ne devrait pas se réduire à une subvention ponctuelle. Il pourrait prendre la forme de contrats transparents, d’un accès sécurisé aux matières collectées, d’un contrôle de qualité et d’un accompagnement technique. La ville gagnerait aussi à publier les tonnages collectés et recyclés afin d’éviter que le mot recyclage ne masque l’essentiel des déchets encore abandonnés.
Propreté, santé et responsabilité partagée
Les autorités doivent faire respecter les règles, mais les sanctions ne seront crédibles que si une solution légale existe pour déposer les déchets. Les marchés, écoles, restaurants et ateliers ont besoin de contenants adaptés. Les quartiers doivent connaître les jours de passage et les points de regroupement. Les entreprises qui produisent davantage de déchets doivent contribuer à leur évacuation.
La situation de Kananga rejoint un problème observé dans plusieurs villes congolaises. NZADI News a déjà expliqué comment [les caniveaux obstrués et les constructions non conformes aggravent les inondations](https://nzadinews.net/kinshasa-le-non-respect-des-normes-urbanistiques-cause-premiere-dinondations-a-la-base-des-morts-innocentes/). La différence se fera par la continuité du service, pas par une seule journée de salongo.
Kananga dispose déjà d’initiatives et d’acteurs qui proposent des solutions. Il reste à relier ces efforts à un plan municipal mesurable. Des caniveaux curés avant chaque pluie, une collecte régulière, des sites de dépôt contrôlés et des filières de recyclage mieux équipées permettraient de protéger en même temps la santé, les routes et les emplois locaux.
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