La mission de la Régie des voies aériennes à Kenge relance un dossier devenu urgent après le crash du 25 septembre : la ville peut elle disposer d’un aérodrome conforme aux exigences de sécurité et capable de servir durablement le Kwango ? Une délégation de la RVA a été reçue le 10 octobre par le gouverneur Willy Bitwisila avant de visiter l’ancien aérodrome et le lieu de l’accident.
Selon la RTNC, la délégation était conduite par le président du conseil d’administration Tryphon Kin-kiey Mulumba et le directeur général Louis-Blaise Londole Lokoy. Les échanges ont porté sur les circonstances du crash et sur les perspectives d’un nouveau site. L’ancienne piste, longue d’environ 900 mètres, est présentée comme insuffisante au regard des besoins de sécurité. La RVA rappelle que le choix définitif du nouvel emplacement relève du ministère des Transports, tandis que son rôle reste technique.
Cette distinction des responsabilités ne doit pas devenir un motif de lenteur. Le ministère, la RVA, les autorités provinciales et les services d’urbanisme doivent établir une procédure commune avec des étapes datées. Le public devrait connaître la période prévue pour les études, les critères de sélection du terrain, les besoins fonciers, le mode de financement et le calendrier indicatif des travaux.
Le crash de septembre a fait 17 morts, selon Radio Okapi, dont 13 passagers et quatre membres d’équipage. L’enquête du Bureau permanent d’enquêtes d’accidents et incidents d’aviation doit déterminer les causes exactes du drame. NZADI News avait déjà souligné que [l’enquête devait expliquer la panne et l’absence d’une piste d’urgence adaptée](https://nzadinews.net/crash-de-kenge-lenquete-devra-expliquer-la-panne-et-labsence-de-piste-durgence/). La réflexion sur le nouvel aérodrome ne remplace pas cette enquête, mais elle doit intégrer ses conclusions lorsqu’elles seront disponibles.
Le choix du site exige une étude plus large qu’une simple mesure de longueur. Il faut analyser les obstacles autour de la trajectoire, la nature du sol, le drainage, l’accès routier, la disponibilité d’espace pour les équipements de navigation et la distance par rapport aux zones habitées. La sécurité doit primer sur la facilité politique d’annoncer rapidement un terrain.
La question foncière sera décisive. Un projet mal préparé peut provoquer des conflits, des indemnisations contestées ou une urbanisation rapide autour de la future piste. Les limites du domaine aéronautique doivent être définies avant les constructions, avec des consultations locales et un mécanisme de traitement des réclamations. La province doit aussi empêcher que les emprises retenues soient vendues ou occupées pendant la phase d’étude.
Le financement devra être présenté avec la même précision. Un nouvel aérodrome comprend la piste, mais aussi les voies de circulation, l’aire de stationnement, les équipements de communication, la sécurité incendie, l’éclairage éventuel, la clôture et les installations destinées aux passagers. Réduire le projet à une bande de terrain ouvrirait la voie à une infrastructure incomplète.
La mission de la RVA est donc utile si elle produit des décisions vérifiables. Un rapport technique résumé devrait être rendu public, sans divulguer les informations sensibles. Il permettrait de comprendre pourquoi l’ancien site est écarté ou conservé pour certains usages, et sur quelles bases un nouveau terrain sera recommandé.
Le Kwango a besoin d’une infrastructure aérienne sûre pour les urgences, les déplacements administratifs et l’activité économique. Mais cette nécessité ne doit pas affaiblir les contrôles. Dans les dossiers de transport, chaque raccourci pris pendant la planification peut devenir un risque une fois les vols commencés.
La sécurité aérienne repose enfin sur des institutions capables d’appliquer leurs propres décisions. [Le suivi public des infrastructures et des dépenses](https://nzadinews.net/rdc-le-budget-participatif-en-ituri-met-les-choix-publics-au-defi-de-la-confiance/) reste un levier de confiance, même si le contexte de Kenge est différent. Pour le futur aérodrome, la population attend moins une nouvelle promesse qu’une feuille de route, des critères techniques et des responsabilités clairement assumées.
Après la visite du 10 octobre, la prochaine étape doit donc être annoncée sans ambiguïté. Le nouvel aérodrome ne sera crédible que si le projet avance selon un calendrier public et si chaque décision peut être justifiée par la sécurité, l’utilité et la protection du domaine foncier.
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