Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a pris la parole ce jeudi 29 octobre à Moscou, devant les participants au troisième sommet Russie-Afrique. Selon les comptes rendus publiés par la Présidence et relayés par Reporter.cd et le Journal de Kinshasa, le chef de l’État a demandé à la Russie de soutenir les efforts de paix dans l’Est de la RDC, tout en affirmant que l’ouverture de Kinshasa à de nouveaux partenaires ne signifie pas un alignement sur un bloc.
Un appel direct à un membre permanent du Conseil de sécurité
Le sommet, ouvert la veille au Kremlin, réunit selon la Présidence congolaise 48 délégations africaines, dont une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement. C’est dans ce cadre que Félix Tshisekedi a présenté la situation sécuritaire de son pays, en liant la persistance des violences dans les provinces de l’Est à l’exploitation illicite des ressources naturelles. D’après le Journal de Kinshasa, il a décrit ce pillage comme une forme de criminalité économique internationale qui finance l’instabilité et permet d’armer des groupes rebelles dans la région des Grands Lacs.
S’adressant à la Russie en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, le président congolais a sollicité son appui pour la mise en œuvre des résolutions 2773 et 2808. Il a également demandé à Moscou d’accompagner les médiations engagées dans le cadre des processus de Washington et de Doha, qui constituent aujourd’hui les deux principaux canaux de négociation sur le conflit avec l’AFC M23 et sur les relations entre Kinshasa et Kigali.
Cette demande intervient au lendemain de nouvelles sanctions américaines visant le ministère rwandais de la Défense, accusé par Washington de soutenir le M23. Kinshasa cherche ainsi à élargir le cercle des puissances qui pèsent en faveur d’un règlement du conflit, au moment où les combats se poursuivent sur plusieurs fronts dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
Diversifier les partenaires sans choisir de camp
Le discours a aussi servi à justifier la présence de la RDC à Moscou, alors que le pays entretient des liens étroits avec les États-Unis et l’Union européenne. Selon la Présidence, citée par Reporter.cd, Félix Tshisekedi a résumé sa position en ces termes : « Pour nous, diversifier nos partenariats n’est pas choisir un camp : c’est renforcer notre liberté de décision ».
Sur le plan économique, le chef de l’État a mis en avant plusieurs priorités pour une coopération avec la Russie : la transformation sur place des minerais stratégiques, afin que la RDC ne se contente plus d’exporter des matières premières brutes, des investissements dans les infrastructures de transport et la production d’électricité, la création d’emplois, ainsi que la modernisation de l’agriculture au service de la sécurité alimentaire.
Le président a enfin rappelé que la RDC occupe un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027. Il a plaidé pour une réforme de cet organe afin d’accorder à l’Afrique une représentation plus équitable, et a réaffirmé l’attachement de son pays au dialogue et au règlement pacifique des différends, en citant notamment la guerre en Ukraine et les crises au Moyen-Orient.
Des résultats attendus sur trois terrains
En conclusion, Félix Tshisekedi a estimé que ce sommet serait jugé à l’aune de résultats concrets. Selon la Présidence, il les a résumés en une formule : « Davantage de sécurité, une capacité accrue à produire, une voix africaine mieux entendue ».
Reste à savoir si cet appel se traduira par un engagement russe tangible. À ce stade, les comptes rendus disponibles ne font état ni d’un accord signé entre Kinshasa et Moscou, ni du contenu d’un éventuel entretien bilatéral entre Félix Tshisekedi et Vladimir Poutine. La position que la Russie adoptera au Conseil de sécurité lors des prochains débats sur l’Est de la RDC, ainsi que les suites économiques de ce déplacement, seront observées de près à Kinshasa comme dans les autres capitales impliquées dans la recherche de la paix dans la région des Grands Lacs.
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