Le lancement à Uvira d'un projet de renforcement de la gouvernance locale prévoit d'équiper quinze services publics et d'introduire des contrats de performance. L'initiative peut améliorer le fonctionnement administratif, mais le matériel ne suffira pas si les usagers continuent de subir des délais, des paiements informels ou l'absence de réponse à leurs plaintes.
Le projet a été lancé le 8 octobre par le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi. Il est mis en œuvre par CORDAID et la Commission diocésaine Justice et Paix, avec un financement du Fonds de cohérence pour la stabilisation sous gestion de l'UNOPS. L'atelier de lancement devait réunir pendant trois jours les autorités, les services de l'État et des représentants communautaires.
Passer des équipements aux résultats
Des ordinateurs, meubles ou moyens de communication peuvent réduire certaines difficultés. Ils n'améliorent toutefois le service que s'ils sont affectés aux bons bureaux, entretenus et utilisés selon une procédure claire. Chaque équipement remis devrait être inventorié, identifié et relié à un objectif concret.
Pour un service d'état civil, l'objectif peut être la réduction du délai de délivrance d'un document. Pour un service administratif, il peut s'agir de publier les tarifs officiels et de délivrer un reçu pour tout paiement. Pour un bureau chargé des plaintes, la mesure essentielle est le nombre de dossiers reçus, traités et résolus dans le délai annoncé.
Ces indicateurs doivent être simples et accessibles. Une affiche à l'entrée de chaque service peut préciser les documents exigés, le coût légal, le délai et le numéro de recours. Cette transparence réduit l'espace laissé aux intermédiaires et aux frais informels.
Donner une suite réelle aux plaintes
Le projet prévoit des mécanismes de plainte liés aux violations des droits humains et à la mauvaise gouvernance. Leur crédibilité dépendra de la protection des plaignants, de la confidentialité et de la publication de statistiques anonymisées. Un registre qui accumule les dossiers sans réponse ne change pas la relation entre l'État et le citoyen.
Dans le territoire de Fizi, six acteurs de la société civile ont été libérés après avoir dénoncé une barrière et un prélèvement contestés. Cette affaire rappelle qu'un mécanisme de plainte doit protéger ceux qui signalent les abus et garantir un examen indépendant.
La cohésion sociale ne dépend pas seulement de rencontres communautaires. Elle se construit aussi lorsqu'un citoyen reçoit le même service, au même prix et dans le même délai, quelle que soit son origine ou son réseau. Les contrats de performance peuvent soutenir cette égalité s'ils comportent des objectifs publiés et une évaluation extérieure.
Mesurer les délais des documents
Lors d'une visite de services publics, le gouverneur a porté une attention particulière aux retards concernant certains documents de migration. Ce point mérite un suivi distinct. La province devrait publier le délai moyen de traitement, le nombre de dossiers en attente et les causes des blocages.
L'atelier consacré au retour de l'autorité de l'État dans les deux Kivu avait déjà posé la question de la présence effective des administrations. Le nouveau projet doit aller plus loin et mesurer leur utilité quotidienne.
Le succès ne se comptera donc pas au nombre de cérémonies ou d'équipements distribués. Il se verra dans des documents obtenus plus vite, des tarifs respectés, des plaintes traitées et des agents évalués sur des résultats. Publier ces données tous les trois mois permettrait aux habitants d'Uvira de vérifier si le projet améliore réellement l'accès au service public.
Views: 0
