À Kwamouth, des hommes présentés comme des réfractaires au désarmement auraient installé de nouvelles autorités coutumières dans les villages de Mbutie et Kimomo au début de la semaine. L’alerte vient de chefs reconnus déplacés par les violences et de récits locaux relayés les 9 et 10 septembre. Elle n’a pas encore fait l’objet d’un constat public détaillé de l’administration ou des forces de sécurité.
Des images prises à Mbutie montreraient un homme placé sur une chaise, présenté à des habitants puis porté sur une civière. Cette scène ne permet pas, à elle seule, d’établir la chaîne de commandement des organisateurs ni le degré de liberté des personnes présentes. Elle soulève toutefois une question lourde : qui exerce réellement l’autorité dans les villages où les responsables coutumiers et une partie de la population ne peuvent toujours pas rentrer ?
Une installation qui dépasse la simple cérémonie
Dans un territoire marqué depuis 2022 par la crise dite Mobondo, remplacer un chef n’est pas un geste seulement symbolique. L’autorité coutumière intervient dans la médiation locale, la représentation des communautés et les affaires liées à la terre. Une désignation imposée sous la pression d’un groupe armé peut donc installer un pouvoir parallèle, rendre les litiges plus difficiles à régler et compliquer le retour de l’administration.
Stany Libie, chef coutumier de Kimomo, attribue ces installations à une faction dirigée par un homme surnommé Cobra, signalé près de Lweme. Il vit loin de sa juridiction depuis plus de quatre ans. Son témoignage doit être attribué avec prudence, car aucune communication officielle consultée n’a confirmé l’identité de tous les acteurs. Il donne néanmoins la mesure du vide laissé par l’exil prolongé des autorités locales.
Des progrès annoncés, mais pas partout au même rythme
Le nouvel épisode ne signifie pas que tout le processus de pacification a échoué. Le ministre délégué à la Défense chargé des Anciens combattants, Éliezer Ntambwe, a déclaré en août que 72 villages avaient été pacifiés dans l’espace touché entre le Grand Bandundu, le Kongo Central et Kinshasa. Il a aussi annoncé la prise en charge de 596 anciens miliciens par le Service national. Ces chiffres sont ceux du gouvernement et demandent un suivi local pour mesurer leur effet durable.
Le 1er septembre, la sous division scolaire Kwamouth 2 a même organisé son premier lancement officiel de rentrée depuis quatre ans, sous une forte présence des FARDC. Des écoles ont repris dans plusieurs villages situés notamment le long de la RN17, où des combattants avaient accepté de se rendre.
Cette avancée et l’alerte de Mbutie ou Kimomo peuvent être vraies en même temps. Elles décrivent une sécurité fragmentée : davantage de contrôle sur certains axes, mais des poches de résistance dans des zones moins accessibles.
Le retour des déplacés reste l’indicateur le plus concret
En juillet, une centaine de déplacés qui tentaient de regagner Fadiaka avaient rebroussé chemin après avoir trouvé des barricades et un message menaçant, selon des témoignages recueillis dans la zone. En août, un autre compte rendu évaluait à 5 800 le nombre de ressortissants de Kwamouth réfugiés en République du Congo. D’autres familles restent dispersées à Kinshasa, Bandundu et Bolobo.
Ces estimations ne constituent pas un recensement exhaustif de tous les déplacés. Elles rappellent cependant qu’une localité ne peut pas être déclarée stabilisée uniquement parce qu’un groupe a remis des armes ou qu’une route est rouverte. Il faut que les habitants puissent revenir volontairement, accéder aux champs et aux services essentiels, puis rester sans menace.
Le retour des chefs reconnus fait partie de ce test. Les réinstaller avant d’avoir sécurisé leur résidence et leur communauté les exposerait à de nouvelles violences. Attendre indéfiniment laisserait, à l’inverse, le champ libre à des autorités de fait.
Le désarmement doit vérifier les armes et les chaînes de commandement
Compter les redditions est utile, mais insuffisant. Un mécanisme crédible doit enregistrer les personnes, les armes effectivement remises, les groupes d’origine et les responsables encore actifs. Il doit aussi distinguer la réinsertion possible des combattants de la réponse judiciaire aux crimes graves. Une reddition ne peut pas effacer automatiquement les droits des victimes.
Le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation a réuni en janvier des acteurs engagés dans le relèvement des communautés touchées par les Mobondo. Cette dimension communautaire est essentielle. Si les villages ne retrouvent ni activités, ni services, ni mécanismes impartiaux pour régler les conflits fonciers, les jeunes démobilisés restent vulnérables à un nouveau recrutement.
Mbutie et Kimomo ont besoin d’une vérification sur place
Les autorités devraient maintenant établir qui a organisé les cérémonies signalées, dans quelles conditions les habitants y ont participé et quels groupes armés restent présents autour de Mbutie, Kimomo et Lweme. La sécurité des témoins doit être protégée. Une vérification publique, même brève, éviterait que des images isolées et des versions concurrentes deviennent les seules preuves disponibles.
La réponse ne peut pas se limiter à retirer deux personnes installées comme chefs. Elle doit sécuriser les villages, préparer le retour des autorités reconnues, écouter les communautés et traiter les désaccords fonciers sans armes. À Kwamouth, la paix sera crédible quand l’État et les habitants pourront choisir leurs interlocuteurs sans contrainte, et quand les familles déplacées n’auront plus à tester seules la sécurité du chemin du retour.
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