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Bunia : 24 déplacés interpellés après un bouclage nocturne à Kigonze

Bunia : 24 déplacés interpellés après un bouclage nocturne à Kigonze
Une patrouille de la MONUSCO à Bunia et dans la zone de Tsere, en avril 2025. Photo d’archives, elle ne montre pas l’opération de Kigonze. Crédit : MONUSCO Photos, Didier Vignon Dossou-Gbakon, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Vingt-quatre personnes déplacées ont été interpellées après une opération de bouclage menée de nuit sur le site de Kigonze, à Bunia, selon le bilan rendu public mardi 8 septembre. Les forces engagées recherchaient de possibles hommes armés, mais les informations communiquées après l’opération indiquent qu’aucune arme ni aucun objet suspect n’a été découvert pendant la fouille.

L’intervention a ravivé la méfiance entre des familles déjà éprouvées par le déplacement et les services chargés de la sécurité. Le sort des personnes emmenées, les raisons précises de leur maintien et la divergence entre les bilans disponibles devront être clarifiés rapidement. À ce stade, une interpellation ne permet pas de conclure à une infraction, encore moins à une culpabilité.

Une opération lancée au cœur de la nuit

Des éléments des Forces armées de la RDC, des services de renseignements et de la Police nationale congolaise sont entrés sur le site vers une heure du matin, dans la nuit du 6 au 7 septembre. Ils ont fouillé des abris de fortune à la recherche de personnes présentées comme potentiellement armées.

Vingt-quatre déplacés ont ensuite été conduits à l’état-major de la 32e région militaire, à Bunia. Le comité du site affirme que plusieurs interpellés seraient des mineurs encore scolarisés. Cette information vient des représentants des déplacés et les âges exacts n’ont pas été rendus publics. Elle appelle toutefois une vérification urgente, car la prise en charge d’un enfant obéit à des garanties particulières.

Aucun objet suspect annoncé après les fouilles

Le point le plus sensible tient au résultat matériel de l’opération. D’après les sources de sécurité citées, aucune arme et aucun autre effet suspect n’ont été trouvés. Ce constat ne suffit pas à déterminer pourquoi chaque personne a été retenue. Il rend en revanche indispensable une communication individualisée sur les motifs, le lieu de garde et la suite de la procédure.

Un autre décompte publié localement diffère. Il évoque vingt-sept personnes interpellées au départ, dont quatre auraient été relâchées, laissant vingt-trois personnes transférées. Faute de liste officielle consolidée, ces chiffres ne peuvent pas être additionnés ni présentés comme un seul bilan. La référence la mieux établie au moment de la rédaction reste celle de vingt-quatre interpellations, avec cette divergence clairement signalée.

Un hangar incendié et des tirs de sommation

La fouille a provoqué une vive tension sur le site. Des déplacés en colère ont incendié un hangar qui abritait une position des FARDC à la périphérie du camp. Des militaires ont effectué des tirs de sommation pour disperser des personnes qui tentaient, selon le récit disponible, d’obtenir la libération des interpellés par la force.

Les comptes rendus consultés ne mentionnent ni décès ni blessé. Cela ne réduit pas la gravité de l’épisode. Un incendie contre une position militaire expose tout le site à une escalade, tandis que des tirs, même annoncés comme des sommations, provoquent la peur dans un espace densément peuplé. Depuis lundi matin, le calme est revenu, mais certains habitants auraient préféré dormir dans des quartiers voisins par crainte d’une nouvelle opération.

Des familles déplacées dans une situation fragile

Kigonze accueillait plus de 17 000 personnes à la fin de juin, en majorité des femmes et des enfants, selon les gestionnaires du site cités alors par Radio Okapi. Ces familles ont fui des violences et vivent dans des abris précaires. Une intervention nocturne y prend donc une dimension particulière : elle touche une population qui dépend déjà de l’aide et dont le sentiment de sécurité reste fragile.

Cette vulnérabilité ne place pas le camp hors du droit. Les services peuvent enquêter lorsqu’ils disposent d’indices. Mais une opération efficace doit aussi limiter les risques pour les civils, expliquer son cadre et éviter que tout un site soit perçu comme suspect. De leur côté, les responsables du camp et les habitants ont intérêt à coopérer avec une procédure légale et à écarter tout recours à la violence.

Les autorités attendues sur des réponses précises

La priorité est désormais de publier un bilan vérifié. Combien de personnes ont réellement été emmenées, combien restent retenues, où se trouvent-elles et sur quels éléments repose chaque mesure ? Les familles doivent pouvoir obtenir ces informations. Si des mineurs figurent parmi les interpellés, leur statut doit être confirmé et les protections prévues par la loi appliquées sans délai.

Une enquête distincte devra aussi établir les responsabilités dans l’incendie du hangar et vérifier si des effets militaires ont été emportés, comme l’affirme l’un des récits locaux. Ces soupçons ne doivent pas être attribués indistinctement aux personnes déplacées ni aux interpellés sans preuve.

À Kigonze, le retour apparent au calme ne règle donc rien à lui seul. La sécurité du camp passe autant par la recherche légale d’éventuelles menaces que par une procédure transparente. Une parole officielle précise, suivie d’un accès aux garanties juridiques, aiderait à empêcher qu’une nuit de tension ne creuse davantage la fracture entre les déplacés et les forces de sécurité.

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