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Au Cunene, Tshisekedi étudie le modèle angolais de sécurité hydrique

Au Cunene, Tshisekedi étudie le modèle angolais de sécurité hydrique
Félix Tshisekedi et João Lourenço lors du sommet du Corridor de Lobito en décembre 2024. Photo d’archive : Maison-Blanche, Cameron Smith, domaine public, via Wikimedia Commons. Elle ne montre pas la visite au Cunene.

Invité par João Lourenço, Félix Tshisekedi a assisté au Cunene à l’inauguration de deux barrages et de leurs réseaux d’acheminement. La visite dépasse la cérémonie entre voisins. Elle pose une question concrète pour la RDC : quelles solutions angolaises peuvent être adaptées aux territoires congolais confrontés au manque d’eau ?

Une visite de travail autour de l’eau

Félix Tshisekedi s’est rendu samedi 5 septembre dans la province angolaise du Cunene, à l’invitation du président João Lourenço. Les deux chefs d’État ont participé à l’inauguration des barrages de Ndúe et de Calucuve, accompagnés de canaux et de points de stockage destinés aux populations et au bétail.

Le Cunene connaît des périodes de sécheresse sévères qui fragilisent les familles, l’élevage et l’agriculture. L’Angola a donc engagé des infrastructures capables de retenir l’eau et de la conduire sur de longues distances. Pour Kinshasa, cette expérience présente un intérêt dans les zones congolaises où les habitants disposent de rivières ou de nappes, mais restent éloignés d’un service fiable.

La présidence congolaise inscrit ce déplacement dans un partage d’expériences. Aucun projet précis en RDC n’a encore été annoncé à l’issue de la visite. La distinction est importante : observer un modèle est une première étape, le transposer exige ensuite des études, des budgets et des responsabilités clairement établies.

Deux barrages aux dimensions régionales

Le système de Ndúe doit desservir environ soixante mille habitants. Il comprend un canal d’environ soixante-quinze kilomètres et quinze bassins de stockage et de distribution. Les travaux ont également créé près de mille sept cents emplois directs, selon les chiffres communiqués en Angola.

À Calucuve, l’objectif annoncé est d’approvisionner près de quatre-vingt-dix mille personnes. Le canal atteint deux cent quarante kilomètres et alimente vingt-deux points de stockage. Le chantier aurait mobilisé environ deux mille cinq cents emplois directs.

Ces chiffres montrent que la politique de l’eau ne se limite pas au mur d’un barrage. Elle dépend de tout un réseau pour amener la ressource près des villages, des troupeaux et des zones de production. Sans canaux entretenus, pompes fiables, points de puisage protégés et équipes locales formées, une grande retenue peut rester éloignée des besoins quotidiens.

Ce que la RDC peut réellement apprendre

La RDC est souvent décrite comme un pays riche en eau douce. Cette abondance nationale masque pourtant de fortes inégalités locales. Dans plusieurs villes et villages, les familles parcourent de longues distances, achètent de l’eau à un prix élevé ou utilisent des points non protégés. Ailleurs, les activités agricoles dépendent presque entièrement des pluies.

L’expérience du Cunene rappelle l’intérêt d’une planification par territoire. Avant de construire, il faut mesurer les besoins des ménages, du bétail et des cultures, identifier les ressources disponibles et prévoir l’entretien sur plusieurs années. Le bon ouvrage n’est pas forcément le plus grand. Il est celui que la communauté peut utiliser sans interruption et dont les coûts restent supportables.

La RDC devra aussi éviter une simple copie. Le climat, le relief, la densité de population et les institutions varient d’une province à l’autre. Une solution adaptée au sud de l’Angola peut inspirer le Grand Kasaï, le Katanga ou d’autres zones sèches, mais seulement après des études locales sérieuses.

L’eau doit entraîner d’autres services

Le programme angolais de lutte contre les effets de la sécheresse dans le Sud est évalué à environ 4,2 milliards de dollars. João Lourenço a reconnu que le développement des localités concernées serait progressif et devrait s’accompagner d’investissements dans l’électricité, l’éducation, la santé et les routes.

Cette approche mérite l’attention de Kinshasa. Un point d’eau sécurisé peut réduire le temps consacré à la corvée, limiter certains conflits entre éleveurs et soutenir une production agricole plus régulière. Mais les récoltes supplémentaires ont besoin de routes et de marchés. Les équipements nécessitent de l’énergie et des techniciens. Les familles ont toujours besoin d’écoles et de centres de santé.

L’enjeu est donc de relier l’infrastructure hydraulique à une politique de développement local. Sans cette cohérence, l’eau arrive sans créer tout le potentiel économique attendu. Avec elle, un ouvrage peut améliorer la santé, stabiliser l’élevage et donner aux producteurs une meilleure visibilité sur leurs saisons.

Après Cunene, un calendrier congolais est attendu

La coopération entre la RDC et l’Angola s’étend déjà au commerce, aux transports et au Corridor de Lobito. Le dossier de l’eau ajoute un domaine directement lié aux conditions de vie. Pour le rendre concret, les administrations congolaises devront identifier les sites où l’expérience angolaise est pertinente et expliquer les prochaines étapes.

Une mission technique, un échange d’ingénieurs ou une étude pilote permettraient de passer de l’observation à l’action. Les provinces concernées, les communautés et les services de l’eau devraient être associés dès le départ. Le financement devra inclure l’entretien, pas seulement la construction.

La visite présidentielle au Cunene ouvre ainsi une piste utile, sans constituer encore une solution pour les Congolais. Son résultat se jugera lorsqu’un calendrier, un territoire pilote et un mécanisme de suivi seront rendus publics. Pour les familles qui attendent l’eau, la coopération régionale prend tout son sens lorsqu’elle se traduit par un robinet fiable, un troupeau protégé et une récolte moins dépendante des caprices du climat.

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