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RDC Tanzanie : coopération sécuritaire et minéraux critiques au menu de Zanzibar

À Zanzibar, Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan ont relancé l’axe RDC Tanzanie autour du Corridor central, des mines et de la paix dans l’Est.

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RDC Tanzanie : coopération sécuritaire et minéraux critiques au menu de Zanzibar
Illustration éditoriale générée pour NZADI News.

La République démocratique du Congo et la Tanzanie veulent donner un contenu plus opérationnel à leur voisinage stratégique. Mardi 18 août 2026, à la State House de Kizimkazi, à Zanzibar, Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan ont affiché leur intention de renforcer la coopération sécuritaire, économique et minière, avec un accent particulier sur le Corridor central et la situation dans l’Est congolais. La rencontre ne règle pas, à elle seule, les urgences du terrain. Elle fixe toutefois une feuille de route politique entre deux pays dont les ports, les routes, le lac Tanganyika et les intérêts de sécurité sont étroitement liés.

Un tête à tête placé sous le signe de la sécurité régionale

Selon la Présidence congolaise, l’entretien entre les deux chefs d’État a porté sur l’économie, les infrastructures, les mines et la sécurité régionale. La Tanzanie a réaffirmé son soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC, dans un contexte où Kinshasa cherche à consolider ses appuis diplomatiques face à l’instabilité persistante dans l’Est.

Les deux dirigeants ont également appelé au respect des résolutions des Nations unies, à la cessation immédiate des hostilités et au retrait des forces étrangères présentes sur le territoire congolais. Cette formulation rejoint la ligne défendue par Kinshasa dans les enceintes internationales : faire de la question sécuritaire non seulement un dossier militaire, mais aussi un dossier de droit international et de coopération régionale.

La référence conjointe aux processus de Washington et de Doha montre que Dar es Salaam entend s’inscrire dans l’architecture diplomatique déjà en place. Pour la RDC, l’intérêt est double : maintenir la pression politique sur les engagements pris autour de la crise de l’Est et élargir le cercle des pays de la région qui soutiennent publiquement la restauration de l’autorité de l’État.

Le Corridor central, enjeu concret pour Kalemie et le Tanganyika

Au-delà des déclarations sécuritaires, le dossier le plus visible pour les populations reste celui du Corridor central. Les deux pays disent vouloir moderniser la connectivité multimodale autour des ports de Dar es Salaam, Kigoma et Kalemie, en combinant routes, transport lacustre et interconnexion ferroviaire progressive. Pour les opérateurs congolais, ce corridor peut réduire la dépendance à certains axes saturés et rapprocher le Tanganyika, le Haut Katanga et une partie du Grand Est des circuits commerciaux régionaux.

Kalemie occupe ici une place particulière. Située sur le lac Tanganyika, la ville peut devenir un point de jonction entre les marchandises venues de Tanzanie et l’arrière pays congolais. Les travaux routiers et les efforts de facilitation engagés ces dernières années sur l’axe Kalemie Manono s’inscrivent dans cette logique de désenclavement. Pour les transporteurs, commerçants et agriculteurs, l’enjeu est très pratique : moins de ruptures de charge, des trajets plus prévisibles, des coûts mieux maîtrisés et une meilleure évacuation des produits.

Mais le succès dépendra de la mise en œuvre. Les ports doivent être équipés, les routes entretenues, les formalités simplifiées et les services de l’État mieux coordonnés. Sans cela, le Corridor central risque de rester un vocabulaire de sommet, alors que les usagers attendent des délais réduits aux points de passage, des quais fonctionnels et des pistes praticables en saison des pluies.

Minéraux critiques et données géologiques dans la même équation

La rencontre de Zanzibar a aussi ouvert un volet sensible : les minéraux critiques. Kinshasa et Dar es Salaam évoquent la création d’un partenariat stratégique incluant l’échange de données géologiques, ainsi que l’évaluation de projets communs dans le pétrole et le gaz. Pour la RDC, pays au centre des chaînes mondiales du cuivre, du cobalt, du lithium et d’autres ressources recherchées, l’enjeu est de mieux négocier les partenariats qui accompagnent l’extraction, le transport et, lorsque cela est possible, la transformation locale.

La Tanzanie apporte dans cette discussion un atout logistique évident : l’accès à l’océan Indien et à des infrastructures portuaires déjà utilisées par une partie du commerce congolais. Une coopération minière mieux structurée pourrait donc toucher à la fois la connaissance du sous sol, la sécurisation des corridors d’exportation et les services annexes, de la banque au numérique. Là encore, aucune annonce ne doit être confondue avec un résultat immédiat. Les populations jugeront sur les emplois, les recettes publiques, la transparence des contrats et l’impact local des infrastructures.

La fibre Kigoma Kalemie, symbole d’une intégration plus large

Les deux présidences ont également salué les progrès de la liaison transfrontalière en fibre optique entre Kigoma et Kalemie. Ce projet, déjà évoqué dans les échanges bilatéraux antérieurs, peut paraître technique. Il est pourtant central pour l’économie quotidienne : connexion des administrations, services bancaires, télécommunications, commerce en ligne, sécurité des données et coordination des postes frontaliers.

Dans une région où les distances renchérissent presque tout, la connectivité numérique peut accélérer les procédures et limiter certaines tracasseries. Elle peut aussi aider les autorités à suivre les flux de marchandises, à moderniser les paiements et à améliorer l’accès aux services publics. Pour les jeunes entrepreneurs de Kalemie, Uvira, Lubumbashi ou Kigoma, un réseau plus fiable n’est pas un luxe : c’est une condition de compétitivité.

Une diplomatie de voisinage à transformer en résultats

La visite de Félix Tshisekedi en Tanzanie intervient après plusieurs signaux de rapprochement. Le site officiel de la présidence tanzanienne avait déjà fait état, en juillet 2026, d’un entretien entre Samia Suluhu Hassan et l’émissaire spécial congolais Floribert Anzuluni Isiloketshi à Dar es Salaam. Cette séquence confirme que les deux capitales travaillent à réactiver leurs canaux politiques avant de passer aux projets sectoriels.

La Présidente tanzanienne a enfin exprimé sa solidarité avec le peuple congolais face à Ebola, en se disant prête à mobiliser une aide si nécessaire. Ce geste rappelle que la coopération sécuritaire ne se limite pas aux armes et aux frontières. Elle touche aussi la santé publique, les mouvements de population, les écoles, les marchés et la continuité des échanges.

Pour la RDC, l’intérêt de ce rapprochement est clair : sécuriser un voisinage essentiel, diversifier les débouchés économiques et inscrire la paix de l’Est dans un cadre régional plus cohérent. La prochaine étape sera moins spectaculaire que le tête à tête de Zanzibar, mais plus décisive : réunir la commission permanente conjointe, fixer les calendriers, budgétiser les projets et rendre compte publiquement de leur avancement.

Rédaction nzadinews.net

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