La décision de la Banque centrale du Congo de maintenir le cap de l’assouplissement monétaire, avec un taux directeur ramené à 12,5 %, résume l’équation économique du moment en RDC : soutenir l’activité sans réveiller les tensions sur les prix. À Kinshasa comme dans les provinces, la stabilité du franc congolais apporte un répit visible, mais le panier de la ménagère rappelle que la bataille contre la cherté reste inachevée.
Un signal monétaire fort après plusieurs mois de stabilisation
Réuni le 17 juillet 2026, le Comité de politique monétaire de la Banque centrale du Congo a abaissé le taux directeur de 13,5 % à 12,5 %. La facilité de prêt marginal est, elle, passée à 16,5 %. L’Institut d’émission a aussi introduit une nouvelle maturité de 252 jours pour les Bons BCC, tout en maintenant les coefficients de réserve obligatoire. En clair, la Banque centrale desserre un peu l’étau du crédit, mais conserve des instruments pour absorber l’excès de liquidité dans le système bancaire.
Cette orientation est rendue possible par une détente spectaculaire du marché des changes depuis la fin de 2025. Le 19 août 2026, la BCC affichait un cours indicatif de 2 263,36 francs congolais pour un dollar américain, proche des niveaux observés à la fin juillet. Pour les importateurs, les banques et les grands commerçants, cette stabilité réduit l’incertitude dans les calculs de prix. Pour les ménages, elle limite la hausse immédiate des produits importés, notamment le riz, le carburant, les médicaments et certains biens manufacturés.
Les prix alimentaires restent le point sensible
La stabilité du change ne signifie pas disparition de l’inflation. Dans sa note de conjoncture au 31 juillet, la Banque centrale constatait une inflation hebdomadaire de 0,21 %, contre 0,19 % la semaine précédente. L’inflation mensuelle atteignait 0,96 % en juillet, après 0,78 % en juin. En cumul annuel, elle ressortait à 5,8 % à fin juillet, avant d’atteindre 6,263 % selon les indicateurs publiés pour la semaine du 8 août.
Le détail compte. Les produits alimentaires et boissons non alcoolisées représentaient environ deux tiers de la contribution à l’inflation hebdomadaire à fin juillet. La BCC relie cette pression au poids de l’alimentation dans le panier de consommation, mais aussi aux contraintes d’approvisionnement, aux difficultés logistiques, à l’insuffisance des infrastructures de transport et aux effets saisonniers sur certains produits vivriers.
Pour une famille de Kinshasa, de Kananga ou de Mbuji Mayi, le débat sur le taux directeur reste lointain si le prix du sac de farine, du poisson salé ou du transport quotidien bouge plus vite que les revenus. C’est là que se joue la crédibilité de la stabilisation : le franc peut tenir, mais le pouvoir d’achat dépend aussi des routes, du carburant, de l’offre agricole et de la fluidité des marchés.
Croissance résiliente, mais dépendante de quelques moteurs
Sur le papier, la conjoncture demeure favorable. La Banque centrale projette une croissance réelle de 5,7 % en 2026, portée par les services, la construction et l’extraction des minéraux non ferreux. La Banque mondiale anticipe, de son côté, une croissance moyenne de 5,1 % sur la période 2026 2028, tout en soulignant que les services et la construction devront accompagner le ralentissement progressif de certains grands projets miniers arrivés à maturité.
Cette dynamique ne se transforme pas automatiquement en emplois nombreux et stables. Le secteur minier pèse lourd dans les recettes extérieures, mais il absorbe relativement peu de main-d’œuvre par rapport à l’agriculture, au petit commerce ou aux services urbains. Le véritable enjeu est donc de convertir la stabilité macroéconomique en investissements visibles : routes de desserte agricole, énergie fiable, accès au crédit pour les PME, transformation locale et amélioration des services publics.
Le FMI appelle à ne pas relâcher la vigilance
Le Fonds monétaire international a validé, le 30 juin, la troisième revue du programme appuyé par la Facilité élargie de crédit et la deuxième revue du volet climatique. Cette décision a débloqué environ 348,5 millions de dollars de décaissements. Mais le message du FMI est prudent : la politique monétaire doit rester fondée sur les données, et une pause dans tout nouvel assouplissement est jugée nécessaire compte tenu des incertitudes.
Ces incertitudes ne sont pas théoriques. Le conflit dans l’Est continue de peser sur les finances publiques. Les tensions au Moyen Orient maintiennent une pression sur les prix de l’énergie. Les dépenses liées à la sécurité, à la rentrée scolaire et aux engagements sociaux peuvent injecter davantage de liquidité dans l’économie. La BCC surveille aussi les réserves internationales, établies à 7,917 milliards de dollars à fin juillet, soit un peu plus de trois mois d’importations de biens et services.
Un équilibre à tenir jusqu’à la rentrée
La baisse du taux directeur peut soulager progressivement le coût de financement des banques, des entreprises et, à terme, de certains ménages. Mais son effet dépendra de la transmission réelle au crédit, encore limitée dans une économie largement dollarisée et dominée par l’informel. Si les banques restent prudentes, l’impact sur les PME sera modeste.
Pour les autorités monétaires, la séquence des prochaines semaines sera décisive. Il faudra préserver la stabilité du franc, contenir l’inflation alimentaire et éviter que les dépenses publiques ne contredisent l’effort monétaire. L’économie congolaise avance avec des indicateurs plus solides qu’il y a un an, mais l’amélioration ne sera pleinement ressentie que lorsque la stabilité des chiffres se traduira par des prix plus prévisibles dans les marchés et par un accès plus simple au financement productif.
Rédaction nzadinews.net

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