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Tshopo : l’ordre contre le racket aux barrières doit encore produire ses preuves

Le gouverneur de la Tshopo a ordonné la fin des prélèvements illégaux attribués à des militaires sur certaines barrières routières. La directive répond à une plainte ancienne des usagers, mais son effet devra être vérifié sur les axes concernés et dans la durée.

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Une vue du boulevard du 30 Juin à Kisangani dans la province de la Tshopo.
Boulevard du 30 Juin à Kisangani en 2024, photo d’illustration qui ne montre ni une barrière ni l’audience du 2 septembre. Photo : WilthineyKap, Wikimedia Commons, domaine public CC0. Crédit photo : WilthineyKap, CC0 1.0, via Wikimedia Commons, mise au format 16:9 Source de l’image.

Le gouverneur de la Tshopo a ordonné la fin des prélèvements illégaux attribués à des militaires sur certaines barrières routières. La directive répond à une plainte ancienne des usagers, mais son effet devra être vérifié sur les axes concernés et dans la durée.

Une plainte portée directement devant le gouverneur

Paulin Lendongolia a donné cette instruction le 2 septembre au cours d’une audience publique organisée à Kisangani. Des habitants y ont présenté des préoccupations touchant notamment aux tracasseries, aux services publics et aux conditions de circulation. Plus de 80 personnes s’étaient préalablement inscrites pour cette première rencontre, selon le compte rendu disponible.

Le gouverneur a demandé aux responsables militaires d’identifier et de sanctionner les agents impliqués dans les prélèvements illégaux. Il n’a pas annoncé la disparition de tous les points de contrôle. Des barrières à caractère sécuritaire peuvent être maintenues de manière provisoire près des zones exposées à une menace.

Cette distinction est essentielle. Sur un axe sensible, un contrôle peut répondre à un besoin réel de sécurité. Il devient une tracasserie lorsqu’il sert à imposer un paiement sans base légale, à retarder les voyageurs ou à faire pression sur les transporteurs. Supprimer indistinctement tous les dispositifs pourrait créer un vide. Les conserver sans règle claire laisserait la porte ouverte aux abus.

Le prix caché des paiements illégaux

Pour un voyageur, quelques billets exigés à chaque passage peuvent paraître modestes pris séparément. Additionnés sur un trajet, ils augmentent pourtant le prix du transport. Les conducteurs reportent souvent ces frais sur les passagers ou sur les marchandises. Au bout de la chaîne, le consommateur paie davantage pour un sac de farine, un régime de bananes ou un matériau de construction.

Les tracasseries affectent aussi la durée des déplacements. Un camion retenu plusieurs fois arrive plus tard, consomme plus de carburant et risque de perdre une partie des produits périssables. Les petits commerçants, qui disposent de peu de trésorerie, sont particulièrement vulnérables à ces coûts imprévus.

L’enjeu dépasse donc la discipline militaire. Il concerne le coût de la vie, l’accès aux marchés et la confiance dans l’autorité publique. Lorsqu’un uniforme est associé à un paiement informel, les citoyens finissent par hésiter à signaler un danger ou à coopérer avec les services de sécurité.

Une directive doit pouvoir être contrôlée

Pour produire un changement, l’ordre du gouverneur doit être transmis par écrit aux unités concernées et expliqué aux usagers. La province peut publier la liste des barrières autorisées, leur emplacement, leur fonction et les services habilités à y travailler. Tout point absent de cette liste pourrait alors être signalé plus facilement.

Un numéro de plainte ou un registre local serait utile, à condition de protéger les personnes qui dénoncent un abus. Les signalements devraient mentionner le lieu, l’heure et, lorsque cela est possible sans danger, l’unité concernée. Une équipe de contrôle peut ensuite vérifier les faits et communiquer les sanctions réellement prises.

À ce stade, aucun bilan public ne permet encore de savoir combien de barrières sont visées, combien d’agents ont été identifiés ou si les paiements ont cessé. Le mot d’ordre reste donc une décision à exécuter, pas un résultat acquis. Quelques jours sans contrôle suffisant peuvent suffire pour que les pratiques reviennent sous une autre forme.

L’audience publique crée une attente

La rencontre du 2 septembre a aussi valeur de test pour le dialogue direct annoncé par l’exécutif provincial. Une nouvelle session a été évoquée pour présenter des projets. Le mécanisme gagnera en crédibilité si les questions posées reçoivent des réponses suivies, y compris lorsque la solution demande du temps ou dépend du pouvoir central.

Un compte rendu régulier pourrait reprendre les plaintes reçues, les services saisis et l’état des réponses. Cela éviterait que l’audience ne soit perçue comme une simple scène de communication. Les habitants jugeront le dispositif à partir de changements concrets sur la route, au marché ou dans leur quartier.

L’ordre contre les tracasseries va dans le sens attendu par les usagers. Sa réussite se mesurera pourtant loin de la salle où il a été prononcé. Elle se verra lorsqu’un transporteur pourra franchir un contrôle sans payer un montant illégal, lorsqu’une plainte sera traitée sans représailles et lorsque les barrières maintenues auront une mission connue. C’est ce passage de la parole à la preuve qui décidera de la confiance accordée à l’initiative.

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