La pêche artisanale de Muanda recule, mais le débat public manque encore de chiffres permettant de mesurer l'ampleur de la crise. L'Initiative pour le développement local, une organisation environnementale basée dans la région, a alerté ce samedi 10 octobre sur la rareté croissante du poisson et l'abandon progressif du métier par certains pêcheurs. Pour éviter que cette alerte ne reste un constat de plus, les autorités devraient désormais produire des données régulières sur les prises, la qualité de l'eau et l'état des zones de reproduction.
Une activité qui fait vivre plusieurs villages
Dans les villages côtiers et riverains de Tshiende, Nsiamfumu, Kindofula, Kitona et Kifuku, la pêche a longtemps occupé une place centrale. Elle apporte des revenus aux familles, alimente les marchés locaux et soutient une chaîne de petits métiers, du transport à la vente du poisson en passant par la réparation des pirogues et des filets.
Selon l'organisation IDEL, la baisse du rendement pousse cependant des pêcheurs vers le petit commerce. Cette reconversion n'est pas nécessairement un choix économique libre. Elle peut être le signe d'une activité devenue trop incertaine pour nourrir un ménage. Lorsque les sorties en mer coûtent davantage qu'elles ne rapportent, l'abandon du métier devient une stratégie de survie.
L'organisation estime aussi que l'exploitation pétrolière a contribué à fragiliser les activités de pêche. Cette affirmation doit être examinée à partir de mesures vérifiables. Il faut distinguer les effets possibles de la pollution, de l'érosion côtière, des changements de température, de la pression exercée par certaines techniques de pêche et de la dégradation des mangroves. Sans données partagées, chaque acteur peut avancer son explication sans que les habitants disposent d'un diagnostic commun.
Mesurer avant de promettre
La priorité devrait être la mise en place d'un suivi mensuel des débarquements. Dans chaque site de pêche, des agents formés pourraient relever les espèces capturées, les volumes, la taille moyenne des poissons, le nombre de sorties et les zones fréquentées. Ces informations permettraient de repérer une baisse durable, une saison anormale ou la disparition locale d'une espèce.
Un second volet devrait concerner l'eau et les sédiments. Les résultats d'analyses effectuées près des installations industrielles, des zones habitées et des embouchures devraient être publiés dans un langage compréhensible. Les pêcheurs auraient ainsi accès aux mêmes informations que les services techniques et les entreprises.
Ce dispositif ne doit pas être conçu uniquement depuis Kinshasa ou Matadi. Les associations de pêcheurs, les chefs de villages, les femmes qui vendent le poisson et les scientifiques congolais doivent participer au choix des points de contrôle. Leur connaissance du littoral peut aider à identifier les frayères, les périodes de reproduction et les secteurs qui se sont appauvris.
Protéger les mangroves et les revenus
La protection des mangroves est une autre urgence. Ces milieux servent d'abri et de zone de reproduction à de nombreuses espèces. Leur destruction réduit la capacité du littoral à renouveler ses ressources. Les mesures de conservation doivent toutefois être accompagnées d'alternatives économiques. Interdire une zone sans compensation ni solution de remplacement risque simplement de déplacer la pression vers un autre secteur.
Des programmes d'aquaculture, de conservation du poisson et d'accès à de meilleurs équipements peuvent soutenir les ménages pendant la reconstitution des stocks. Mais ces projets doivent être évalués publiquement. Il faut savoir combien de pêcheurs sont réellement bénéficiaires, quels revenus ils obtiennent et si les installations restent fonctionnelles après la fin des financements.
L'alerte lancée à Muanda appelle donc une réponse plus exigeante qu'une visite officielle ou une distribution ponctuelle de matériel. La survie de la pêche artisanale dépend d'un système permanent de connaissance, de contrôle et de responsabilité. Tant que les données sur les prises et la pollution resteront dispersées ou absentes, les pêcheurs continueront de supporter seuls un risque qui concerne toute l'économie du littoral congolais.
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