Le chantier de la route Kananga Kalamba Mbuji accuse environ huit mois de retard. L'Agence congolaise des grands travaux l'a reconnu lors d'un échange avec une délégation d'élus provinciaux du Kasaï Central. Cette clarification est utile, mais elle doit maintenant déboucher sur un calendrier public indiquant ce qui sera réalisé, sur quels tronçons et dans quels délais.
La réunion organisée jeudi à Kinshasa a porté sur l'avancement de cet axe long d'environ 230 kilomètres. Les députés provinciaux ont interrogé l'ACGT sur les sections encore en terre, leur praticabilité pendant les fortes pluies et l'état des ponts ainsi que des autres ouvrages de franchissement dans les zones non aménagées.
Le directeur général de l'agence, Nico Nzau Nzau, a attribué l'essentiel du retard aux difficultés d'approvisionnement en bitume, resté longtemps bloqué à la douane de Matadi. L'ACGT annonce des dispositions destinées à résorber progressivement le décalage et à limiter son effet sur le calendrier global.
Un retard expliqué n'est pas encore un retard rattrapé
L'explication logistique permet de comprendre une partie du problème. Elle ne dit toutefois pas à quelle date le chantier retrouvera le rythme attendu. Pour les habitants, les transporteurs et les commerçants, la question décisive n'est plus seulement de savoir pourquoi le bitume a tardé, mais de connaître l'ordre des prochaines opérations.
Un calendrier de rattrapage devrait préciser au moins cinq éléments : les kilomètres à traiter chaque mois, les sections prioritaires, la situation des ponts, les stocks de bitume disponibles et les mesures prévues pour maintenir la circulation pendant la saison des pluies. Ces informations permettraient aux élus de suivre le projet avec les mêmes repères que l'entreprise et le maître d'ouvrage.
Au mois d'août, l'ACGT indiquait que cinquante kilomètres étaient revêtus et que les cent quatre-vingts kilomètres restants en terre étaient entretenus et praticables jusqu'à la frontière angolaise. Cette photographie du chantier devra être actualisée. Une voie peut être praticable en saison sèche et devenir difficile après plusieurs pluies, surtout lorsque les ouvrages de drainage et de franchissement ne sont pas terminés.
La route doit fonctionner comme un corridor complet
Kananga Kalamba Mbuji ne représente pas seulement un projet de voirie. L'axe doit relier Kananga à la frontière angolaise et faciliter les échanges avec le Corridor de Lobito. Son intérêt économique dépendra de la continuité du trajet, de la fiabilité des ponts, de la douane et des routes qui alimentent le corridor depuis les zones de production.
NZADI News a déjà montré que le raccordement de la RDC au Corridor de Lobito doit avancer au même rythme que les infrastructures voisines. Une section moderne entourée de passages fragiles ne suffit pas à réduire durablement le coût du transport.
Le suivi devrait aussi intégrer les autres travaux du Grand Kasaï. Lors de son passage à Mbuji-Mayi, le chef de l'État avait reçu un point d'étape sur plusieurs routes reliant la région. La cohérence entre les axes est importante, car les marchandises changent rarement de difficulté administrative ou technique à la frontière d'une province.
Les mesures sociales et environnementales doivent être localisées
La réunion a également abordé les actions sociales et environnementales du projet. Les élus ont insisté sur la santé, l'environnement et la protection de l'enfant. Pour éviter que ces engagements restent généraux, chaque action devrait être associée à une localité, un responsable, un budget et un indicateur vérifiable.
Sur un chantier routier, la protection sociale concerne notamment la sécurité autour des engins, la prévention des accidents, l'information des riverains, la gestion de la poussière et l'accès aux écoles. La protection environnementale suppose de contrôler les carrières, les écoulements d'eau, l'érosion et la remise en état des zones de prélèvement.
Les habitants situés le long de l'axe ont aussi besoin d'un mécanisme de plainte accessible. Un numéro, un bureau local ou un registre public permettrait de signaler un passage coupé, un ouvrage dégradé ou un dommage lié aux travaux. La réponse devrait ensuite être tracée et datée.
Reconnaître huit mois de retard est une étape de transparence. La suivante consiste à montrer comment ce retard sera absorbé. La route de l'espoir ne gagnera ce nom que si les usagers peuvent suivre son calendrier et constater, tronçon après tronçon, que les travaux avancent jusque vers Kalamba Mbuji.
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