La foire agro-pastorale Or Vert du Congo est annoncée ce samedi 3 octobre au Musée national de la République démocratique du Congo, à Kinshasa. Les organisateurs veulent mettre en relation producteurs, transformateurs, institutions financières et acheteurs. L’événement doit promouvoir la production locale, l’entrepreneuriat agricole et la création d’emplois.
Les annonces faites avant l’ouverture évoquent environ cent transformateurs, trois mille maraîchers de Kinshasa et près de cinq cents producteurs à travers le pays. Ces chiffres viennent des organisateurs. Ils devront être confirmés par la participation effective et, surtout, par les résultats économiques obtenus après la foire.
Une exposition peut donner de la visibilité à des produits congolais. Elle ne résout cependant ni le manque de stockage, ni les pertes après récolte, ni la difficulté d’obtenir un financement, ni l’irrégularité des commandes. Le véritable test d’Or Vert sera donc la capacité à faire naître des contrats, des mécanismes de crédit et des circuits de distribution qui continuent après la fermeture des stands.
Compter les accords plutôt que les visiteurs
Le succès d’une foire est souvent présenté à travers la fréquentation. Pour les producteurs, un autre indicateur compte davantage : le nombre de commandes fermes. Un tableau final devrait préciser combien de contacts commerciaux ont abouti, quels volumes ont été négociés, sur quelle durée et avec quels acheteurs.
Cette information permettrait de distinguer une manifestation de communication d’un véritable marché professionnel. Elle aiderait aussi les pouvoirs publics à repérer les filières qui trouvent rapidement des débouchés et celles qui restent bloquées par un problème de prix, de qualité, de transport ou de conditionnement.
Les institutions financières présentes peuvent jouer un rôle, à condition de proposer des produits adaptés au calendrier agricole. Un crédit remboursable avant la récolte ou assorti de garanties impossibles à fournir reste inaccessible aux petits producteurs. Les banques et fonds devraient publier le nombre de dossiers reçus, les critères d’éligibilité et les délais de réponse.
Le stockage reste le maillon décisif
À Kinshasa, les produits agricoles arrivent souvent en quantité irrégulière. Une forte récolte peut faire baisser les prix sur quelques jours, puis une rupture logistique les fait remonter. Des entrepôts, des chambres froides et des unités de transformation permettent de lisser ces variations et de réduire les pertes.
La foire devrait donc identifier les capacités déjà disponibles. Combien d’entrepôts peuvent recevoir du maïs, du manioc, des fruits ou des légumes ? Où sont situées les chambres froides ? Quel est leur coût d’utilisation ? Sans réponse à ces questions, les producteurs continuent de vendre dans l’urgence, parfois à un prix qui ne couvre pas leurs dépenses.
Le conditionnement constitue un autre obstacle. Un produit peut être de bonne qualité mais perdre l’accès aux supermarchés, hôtels ou cantines faute d’étiquetage, de poids standard, de traçabilité ou de régularité. Des accords avec des transformateurs et des laboratoires locaux seraient plus utiles qu’une simple présentation de prototypes.
Relier Kinshasa aux bassins de production
Le marché de la capitale dépend des routes, des ports et des centres de collecte situés dans plusieurs provinces. Le recul récent du prix de l’huile de palme observé à Matadi-Kibala a montré comment une amélioration de l’approvisionnement depuis le Kongo Central peut atteindre directement les consommateurs de Kinshasa.
À l’inverse, la baisse des rotations agricoles au port de Boma illustre la difficulté à réunir des volumes réguliers pour l’exportation. Les mêmes contraintes se retrouvent à l’intérieur du pays : routes dégradées, collecte dispersée, absence de contrats et financement insuffisant du transport.
Or Vert peut servir de point de départ si chaque filière quitte la foire avec un calendrier de travail. Les maraîchers de Kinshasa ont besoin de débouchés proches et prévisibles. Les producteurs venus des provinces ont besoin de transporteurs, de centres de collecte et d’acheteurs capables de s’engager sur plusieurs mois.
Publier un bilan dans trente jours
Un bilan immédiat montrera le nombre d’exposants et de visiteurs. Un second bilan, publié trente jours plus tard, serait plus révélateur. Il devrait recenser les contrats signés, les financements accordés, les emplois créés, les volumes livrés et les difficultés encore non résolues.
Cette méthode donnerait de la valeur aux engagements annoncés pendant la foire. Elle permettrait également aux producteurs absents de savoir à quels programmes ils peuvent accéder. Une foire agricole devient réellement utile lorsqu’elle ouvre un circuit durable entre la ferme, l’atelier de transformation et le consommateur.
À Kinshasa, l’intérêt d’Or Vert ne se mesurera donc pas seulement à la qualité des stands. Il se verra dans les commandes exécutées, les pertes évitées et les revenus supplémentaires enregistrés par les producteurs dans les semaines à venir.
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