La Banque mondiale estime que l’économie congolaise continue de croître sans produire assez d’emplois de qualité. Son nouveau rapport sur la situation économique de la République démocratique du Congo, intitulé « Le chaînon manquant : de la croissance des entreprises à la création d’emplois », a été présenté le jeudi 29 octobre à l’Université pédagogique nationale (UPN), à Kinshasa, selon Actualite.cd. Le document a été remis par Albert G. Zeufack, directeur pays de l’institution, au ministre d’État Justin Kalumba Mwana Ngongo, chargé de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME et de l’Industrie par intérim, qui l’a ensuite confié à la rectrice de l’UPN, Yvonne Ibebeke Bomangwa Saila.
Une croissance solide mais peu créatrice d’emplois
Sur le plan macroéconomique, le rapport dresse un tableau plutôt stable. D’après les chiffres repris par Actualite.cd, la croissance réelle du produit intérieur brut a atteint un pic de 9,3 % en 2022 avant de revenir à 5,7 % en 2025. Elle devrait encore ralentir autour de 5,4 % en 2026, un niveau qui reste supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne. L’inflation a reculé et le taux de change s’est stabilisé.
Mais la Banque mondiale juge ce rythme insuffisant au regard des ambitions de la Vision 2050 du gouvernement. Le principal problème reste la faiblesse de la création d’emplois. Les industries extractives pèsent environ 36,6 % du PIB mais ne fournissent qu’environ 2,5 % des emplois. L’agriculture occupait encore 57 % de la main-d’œuvre en 2024, et le secteur informel représente près de 90 % de l’emploi et plus de 99 % des entreprises.
Conséquence directe : le taux de pauvreté a légèrement baissé, passant de 72,6 % en 2012 à 69,1 % en 2024, mais le nombre de personnes pauvres a augmenté d’environ 15 millions en raison de la croissance démographique. La pauvreté multidimensionnelle touchait 76,5 % de la population en 2024, avec des niveaux plus élevés en zone rurale.
Le vide des moyennes entreprises
Le « chaînon manquant » évoqué dans le titre désigne le faible nombre de moyennes entreprises. Selon le rapport, seules environ 3 % des entreprises formelles emploient au moins 100 personnes. Les micro et petites entreprises assurent environ les trois quarts de l’emploi formel et près de 70 % des créations nettes d’emplois formels, mais beaucoup peinent à grandir : entre 2021 et 2024, près de la moitié des entreprises formelles et environ 70 % des microentreprises formelles n’ont créé aucun emploi à temps plein.
Les obstacles sont connus. Les dirigeants d’entreprise consacrent environ 20 % de leur temps aux exigences réglementaires, plus du double de la moyenne régionale. Moins de 20 % des prêts bancaires vont aux PME, et le crédit au secteur privé ne dépasse pas 11 % du PIB, contre environ 21 % en moyenne en Afrique subsaharienne. Le rapport cite aussi des infrastructures peu fiables, des coûts logistiques élevés et la corruption. Albert G. Zeufack a plaidé pour des réformes ciblées et bien coordonnées, afin d’aider les entreprises existantes à investir et à embaucher dans le secteur formel.
Des réformes chiffrées et trois corridors pour la suite
La Banque mondiale avance plusieurs simulations. Une amélioration de l’environnement des affaires pourrait accroître la production par travailleur de 10 à 40 %. L’accès à un compte bancaire serait associé à des gains de productivité de 45 à 50 % pour une entreprise moyenne. Des réformes ciblant les PME pourraient générer entre 3 500 et 12 000 emplois formels supplémentaires en trois ans dans les entreprises existantes, et relever le PIB d’environ 1 % à plus long terme.
Parmi les recommandations figurent l’allègement des charges administratives et fiscales, un meilleur accès des PME au financement, le renforcement de l’électricité, des transports et de la connectivité numérique, ainsi que des liens plus étroits entre les grandes mines et les fournisseurs congolais.
Le rapport signale aussi des risques. La crise au Moyen-Orient fait monter les prix du pétrole, des engrais, du fret et des assurances, ce qui expose la RDC, importatrice nette de produits pétroliers raffinés. L’épidémie d’Ebola en cours constitue un autre risque si elle se prolonge ou s’étend. Face à ces chocs, l’institution recommande une protection sociale ciblée, une gestion prudente des prix des carburants et une hiérarchisation des dépenses, en notant que le poids des dépenses de sécurité limite les aides généralisées.
Pour la suite, Albert G. Zeufack a indiqué qu’un nouveau Cadre de partenariat pays sur dix ans est en préparation avec le gouvernement, le secteur privé et la société civile. D’après Actualite.cd, il s’articulera autour de trois corridors : celui d’Inga, du port en eau profonde de Banana jusqu’à Kolwezi via Kinshasa ; celui de Lobito, de Dilolo à Sakania en passant par Kolwezi et Lubumbashi ; et un corridor Centre-Est, présenté comme le « corridor de la paix », de Mbuji-Mayi à Bukavu. Un hackathon doit aussi être lancé pour recueillir, notamment auprès des jeunes et des étudiants, des projets créateurs d’emplois le long de ces axes.
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