La Zambie vote jeudi 13 août pour élire son président, ses députés et ses responsables locaux. À Lusaka comme dans les villes minières du Copperbelt, le scrutin dépasse le seul duel électoral : il dira si les électeurs accordent un second mandat à Hakainde Hichilema, porté par le redressement macroéconomique, ou s’ils sanctionnent un pouvoir accusé de ne pas avoir suffisamment transformé ces progrès en baisse concrète du coût de la vie. Pour la RDC, voisine et concurrente sur les minerais stratégiques, cette élection compte aussi par ses effets possibles sur les corridors commerciaux, le cuivre et l’équilibre politique en Afrique australe.
Un scrutin national sous forte observation
Selon le calendrier publié par la Commission électorale de Zambie, la campagne officielle s’est achevée mercredi 12 août, à la veille du vote. Les électeurs doivent participer à un scrutin unique destiné à choisir le chef de l’État, les membres du Parlement, les maires ou présidents de conseils et les conseillers locaux. La proclamation des résultats est prévue le 17 août, après la réception et la vérification des procès-verbaux.
La dimension régionale est déjà visible. La Communauté de développement de l’Afrique australe a déployé une mission d’observation dont les équipes doivent couvrir les dix provinces du pays. Son communiqué précise que les observateurs suivront l’ouverture des bureaux, le déroulement du vote, la clôture, le dépouillement et les premières opérations postélectorales. L’Union européenne a également envoyé une mission d’observation, conduite par l’eurodéputé Michael McNamara, dans le cadre d’un dispositif présenté comme indépendant et impartial.
Ce déploiement traduit l’enjeu politique du moment. La Zambie conserve, depuis le retour au multipartisme au début des années 1990, une image de pays où l’alternance est possible. Mais les tensions de campagne, les accusations de pression sur l’opposition et les débats autour de l’espace civique ont rendu le scrutin plus sensible. Le pouvoir, lui, insiste sur la stabilité et sur la continuité des services publics durant la période électorale.
Hichilema défend le redressement, l’opposition parle du quotidien
Élu en 2021 après plusieurs tentatives infructueuses, Hakainde Hichilema demande aux Zambiens de lui confier cinq années supplémentaires. Son argument central tient en une promesse de gestion : remettre de l’ordre dans une économie qui avait fait défaut sur sa dette souveraine en 2020, stabiliser la monnaie, contenir l’inflation et relancer l’investissement. L’Associated Press rappelle que la Zambie a restructuré plus de 12 milliards de dollars de dettes envers des créanciers publics et privés sous son mandat.
Face à lui, treize autres candidats sont en lice. Le principal adversaire identifié par plusieurs analystes est Brian Mundubile, dirigeant de l’alliance d’opposition Tonse. Son profil est moins installé que celui de l’ancien président Edgar Lungu, décédé en 2025, mais il cherche à agréger le mécontentement autour du pouvoir d’achat, de l’emploi et des libertés politiques. Dans les marchés de Lusaka, la stabilité du kwacha ne suffit pas toujours à convaincre lorsque les prix de l’alimentation, du transport et de l’énergie restent élevés pour les ménages.
Le mode de scrutin ajoute une incertitude. Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit dépasser 50 % des suffrages exprimés plus une voix. Si aucun n’atteint ce seuil, un second tour deviendrait nécessaire. Cette règle oblige le président sortant à élargir sa base au-delà des électeurs convaincus par son bilan macroéconomique.
Le cuivre au cœur du vote et des rivalités internationales
La Zambie n’est pas seulement un pays électoralement stratégique. Elle est aussi l’un des grands producteurs africains de cuivre, minerai devenu central dans l’électrification, les réseaux et les véhicules propres. Hichilema promet de porter la production à 3 millions de tonnes par an d’ici 2031. L’objectif est ambitieux et suppose des investissements lourds dans les mines, l’énergie, les routes, le rail et la transformation locale.
Le Fonds monétaire international a relevé en mai que la Zambie avait consolidé des gains de stabilisation, avec une inflation revenue dans la cible de la banque centrale à la fin avril 2026, des réserves internationales reconstituées et un excédent primaire en 2025. Mais l’institution a aussi signalé des pressions budgétaires en année électorale, une croissance 2026 revue à 4,3 % et des risques liés aux prix du carburant, à l’énergie et aux incertitudes internationales.
La Banque mondiale insiste de son côté sur la fragilité électrique du pays. La sécheresse de 2024 a réduit fortement la disponibilité de l’hydroélectricité, alors que l’activité minière consomme une part considérable de l’électricité nationale. Autrement dit, les promesses minières de Lusaka dépendront autant des urnes que de la capacité à produire et distribuer une énergie fiable.
Pourquoi Kinshasa regarde Lusaka de près
Pour la RDC, l’élection zambienne n’est pas un événement lointain. Les deux pays partagent des frontières, des flux commerciaux et une même géographie minière. Le Copperbelt zambien prolonge économiquement l’espace katangais, et les choix de Lusaka en matière de fiscalité minière, de transport ou d’énergie peuvent influencer les investisseurs qui comparent les deux marchés.
La stabilité politique zambienne compte aussi pour les corridors régionaux. Le développement de l’axe de Lobito, reliant les zones minières de la RDC et de la Zambie à l’Atlantique via l’Angola, dépend de gouvernements capables de coordonner douanes, sécurité, infrastructures ferroviaires et financement. Une transition contestée ou prolongée à Lusaka ralentirait les arbitrages. Une victoire claire, quel qu’en soit le bénéficiaire, donnerait au contraire plus de lisibilité aux opérateurs.
Pour les Congolais, l’enjeu se traduit de manière très concrète : prix des importations, fluidité des passages frontaliers, concurrence pour les investissements miniers et possibilité de transformer davantage les minerais dans la région plutôt que d’exporter seulement des concentrés ou des matières premières brutes. Le vote zambien de ce jeudi sera donc observé à Kinshasa, à Lubumbashi et dans les milieux économiques avec une attention particulière. Il ne décidera pas de l’avenir de la RDC, mais il peut peser sur l’environnement régional dans lequel le pays cherche lui-même à convertir ses ressources en emplois, routes et recettes publiques.
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