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Soudan du Sud : l’élection de décembre sous tension, un test régional suivi de près par Kinshasa

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Soudan du Sud : l’élection de décembre sous tension, un test régional suivi de près par Kinshasa
U.S. Department of State from United States — Public domain — Wikimedia Commons
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Chapô. Le Soudan du Sud a fixé au 22 décembre 2026 la tenue de ses premières élections générales depuis son indépendance en 2011. Mais, à la date du 11 août, le calendrier électoral reste pris entre les exigences de fin de transition, la détention du vice-président Riek Machar, les violences persistantes et une crise humanitaire qui déborde les frontières. Pour la RDC, concernée à la fois par la stabilité des Grands Lacs, les mécanismes africains de médiation et l’accueil de réfugiés, ce dossier est devenu un marqueur important de la capacité du continent à prévenir une nouvelle guerre civile.

Un scrutin fixé au 22 décembre, après des reports successifs

Le 22 juin 2026, les autorités sud-soudanaises ont annoncé que les élections générales se tiendraient le 22 décembre. L’annonce, rapportée par Associated Press, intervient après plusieurs reports dans un pays qui n’a jamais organisé de scrutin national depuis son accession à l’indépendance. La Commission électorale nationale affirme que les préparatifs sont en cours, mais le processus reste fragile : le cadre légal, le financement, la sécurité et l’inclusion des acteurs politiques demeurent contestés.

Le scrutin doit théoriquement mettre fin à une transition prolongée, issue de l’Accord revitalisé de 2018 sur la résolution du conflit au Soudan du Sud. Cet accord avait permis de ramener dans une même architecture institutionnelle le président Salva Kiir et Riek Machar, chef du SPLM-IO, après une guerre civile meurtrière. Huit ans plus tard, les institutions de transition restent incomplètes et la confiance entre les camps s’est fortement érodée.

L’opposition conteste les préalables

Le SPLM-IO, aile fidèle à Riek Machar, ne rejette pas formellement le principe d’élections. Mais, dans une déclaration publiée après une réunion de son bureau politique le 27 juin, le mouvement a affirmé que plusieurs conditions essentielles n’étaient pas réunies. Il cite notamment l’unification des forces, la rédaction d’une constitution permanente, le recensement de la population, l’enregistrement des électeurs et la réforme judiciaire.

Selon Radio Tamazuj, le parti estime que la publication d’un registre électoral au moins six mois avant le vote constitue une exigence importante pour garantir un scrutin crédible. Il souligne également que Riek Machar est détenu à Juba depuis mars et fait face à des accusations de trahison. Pour ses partisans, cette situation compromet l’inclusivité du processus ; pour les autorités, la procédure relève de la justice. Ce désaccord illustre le cœur du problème : organiser une élection censée légitimer la fin de la transition alors que les principaux garants de l’accord de paix ne s’accordent plus sur les règles du jeu.

L’Union africaine pousse à la fois au vote et au dialogue

L’Union africaine tente de maintenir un équilibre délicat : éviter un nouveau report, tout en exigeant des garanties politiques minimales. Dans sa déclaration du 15 février 2026, le Comité ad hoc de haut niveau de l’UA sur le Soudan du Sud, présidé par l’Afrique du Sud, a appelé à l’organisation d’élections libres, crédibles et inclusives en décembre 2026, sans nouvelle extension de la transition. Mais le même texte demande un cessez-le-feu, la reprise d’un dialogue national inclusif, le soutien aux institutions électorales et l’examen de la libération des détenus politiques, notamment Riek Machar, dans un esprit de réconciliation.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA avait déjà, le 23 janvier, exprimé sa profonde préoccupation face à la lente mise en œuvre de l’accord de 2018, aux violations du cessez-le-feu, aux violences sexuelles, aux détentions arbitraires et aux exécutions extrajudiciaires signalées. Un détail intéresse directement Kinshasa : cette réunion avait pris note de l’intervention de l’ambassadeur Jean-Léon Ngandu Illunga, représentant permanent de la RDC auprès de l’UA et président du Conseil pour janvier 2026. La crise sud-soudanaise n’est donc pas un dossier éloigné de la diplomatie congolaise.

Une crise humanitaire régionale

Le HCR décrit le Soudan du Sud comme l’un des foyers majeurs de déplacement en Afrique de l’Est et des Grands Lacs. L’agence onusienne estime que plus de 2,3 millions de Sud-Soudanais vivent comme réfugiés ou demandeurs d’asile dans la région, principalement en RDC, en Éthiopie, au Soudan et en Ouganda. À l’intérieur du pays, près de 1,9 million de personnes sont déplacées, tandis que l’arrivée de réfugiés soudanais et de rapatriés sud-soudanais depuis le début de la guerre au Soudan alourdit encore les besoins.

En juin, le HCR a aussi alerté sur la situation dans l’État de Jonglei, où des mois de combats ont provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes. L’agence évoque environ 140 000 déplacés dans le seul comté d’Akobo, plus de 300 000 personnes déracinées dans Jonglei et les États voisins depuis décembre précédent, et près de 100 000 personnes parties vers l’Éthiopie. Ces chiffres rappellent que l’instabilité sud-soudanaise exerce une pression directe sur les pays voisins, dont la RDC, déjà confrontée à ses propres urgences humanitaires.

Conclusion : un test africain avant d’être seulement sud-soudanais

Le scrutin du 22 décembre peut devenir une étape vers la sortie de transition, mais il peut aussi cristalliser les frustrations si les acteurs politiques, l’UA, l’IGAD et l’ONU n’obtiennent pas des garanties suffisantes de sécurité, d’inclusion et de crédibilité. Pour Kinshasa, l’enjeu est double : suivre une crise qui touche un voisin et défendre, au sein des instances africaines, une approche où les élections ne remplacent pas la paix, mais la consolident. À ce stade, le Soudan du Sud reste suspendu entre l’urgence de voter et la nécessité de ne pas transformer les urnes en nouveau déclencheur de conflit.

Sources consultées

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nzadinews.net

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