L’alerte est désormais posée à l’échelle du continent. En moins de dix jours, entre la mise en garde des Nations unies sur l’expansion des groupes armés en Afrique de l’Ouest et l’adoption par l’Union africaine d’un nouveau plan continental antiterroriste, le Sahel a retrouvé une place centrale dans l’agenda diplomatique africain. À Kinshasa, cette évolution n’est pas lointaine : elle touche à la sécurité des frontières, aux circuits criminels, aux déplacements forcés et au rôle que la RDC entend jouer au Conseil de sécurité des Nations unies.
Une menace qui descend vers les côtes
Le 14 juillet 2026, devant le Conseil de sécurité, Leonardo Santos Simão, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, a décrit une menace qui ne se limite plus aux attaques isolées. Selon les éléments communiqués par l’ONU et repris par plusieurs médias internationaux, les groupes terroristes et armés non étatiques restent particulièrement actifs dans le Sahel central et le nord du Nigeria, tout en visant de plus en plus les États côtiers du golfe de Guinée.
Le diagnostic est préoccupant parce qu’il combine plusieurs facteurs : adaptation tactique, usage accru de technologies comme les drones, recours à des moyens de communication plus sophistiqués et liens avec des trafics qui financent l’instabilité. L’ONU insiste aussi sur la situation des civils, notamment les femmes, les enfants et les jeunes, exposés aux attaques, à la fermeture d’écoles, à la restriction de l’accès humanitaire et aux mouvements de population.
Le message diplomatique est clair : la réponse militaire, seule, ne suffira pas. Leonardo Santos Simão a insisté sur les causes profondes de l’instabilité, parmi lesquelles la pauvreté, la gouvernance défaillante, la pression climatique et les frustrations sociales. Cette lecture rejoint les préoccupations souvent exprimées en Afrique centrale, où l’absence de services publics, l’insécurité rurale et la faiblesse de l’administration créent également des espaces d’influence pour les groupes armés.
L’Union africaine adopte un plan pour cinq ans
Le 21 juillet 2026, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, réuni au niveau ministériel, a franchi une étape politique en adoptant le Plan d’action stratégique continental de lutte contre le terrorisme en Afrique pour la période 2026 à 2030. Le texte, publié par le département paix et sécurité de l’UA, exprime une profonde préoccupation face à l’extension des capacités des groupes terroristes au Sahel, dans le bassin du lac Tchad, dans la Corne de l’Afrique, dans la région des Grands Lacs et dans certaines parties de l’Afrique australe.
L’UA ne se contente pas d’un appel général. Elle demande aux États membres de renforcer l’échange de renseignements, la gestion coordonnée des frontières, l’entraide judiciaire, la lutte contre le financement du terrorisme et les systèmes d’alerte précoce. Elle mentionne aussi les engins explosifs improvisés, les drones, les plateformes numériques, les circuits de financement illicite et le trafic de ressources naturelles comme des dimensions désormais incontournables de la menace.
Ce vocabulaire parle directement à la RDC. Le communiqué de l’UA cite explicitement l’est congolais parmi les zones affectées par les attaques terroristes et leurs conséquences humanitaires. Sans établir de lien opérationnel automatique entre les violences du Sahel et celles de l’Est, cette mention rappelle que les crises africaines ont de plus en plus de points communs : frontières poreuses, économies de guerre, recrutement de jeunes marginalisés, circulation d’armes et compétition autour des ressources.
Les attaques au Niger et au Mali accélèrent la pression
La séquence diplomatique de juillet a été renforcée par deux attaques signalées au Niger et au Mali. Le 20 juillet, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a condamné l’attaque du 17 juillet contre un détachement des forces nigériennes sur l’axe Bankilaré Téra, dans la région de Tillabéri, ainsi que l’embuscade du 18 juillet contre un convoi des forces maliennes entre Anéfis et Gao. L’UA a évoqué de nombreux militaires tués et plusieurs blessés, sans publier de bilan chiffré détaillé.
Ces attaques illustrent la capacité des groupes armés à frapper des axes de circulation et des positions militaires, y compris dans des zones où les États ont réorganisé leur dispositif sécuritaire après le retrait de partenaires occidentaux. Elles interviennent aussi dans un environnement régional fragmenté, marqué par la coexistence difficile entre la CEDEAO, l’Alliance des États du Sahel et les médiations conduites par plusieurs acteurs africains.
La CEDEAO tente pourtant de maintenir des canaux ouverts. En juin, son président en exercice, Julius Maada Bio, s’est entretenu à Nouakchott avec le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Les deux dirigeants ont discuté de sécurité régionale, de terrorisme, d’extrémisme violent, de crime organisé, de pression climatique, d’insécurité alimentaire et de déplacements de population. La Mauritanie a même proposé un sommet spécial consacré aux menaces émergentes en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Pourquoi la RDC est concernée
Pour le public congolais, le Sahel peut sembler éloigné des urgences quotidiennes de Goma, Bukavu, Beni, Bunia ou Kinshasa. Pourtant, la nouvelle stratégie de l’UA concerne directement la diplomatie congolaise. La RDC siège au Conseil de sécurité pour le mandat 2026 à 2027 et vient d’exercer, en juillet 2026, la présidence mensuelle de cet organe. Elle est donc appelée à peser dans les discussions sur les sanctions, le financement des opérations africaines de paix, la coopération régionale et la protection des civils.
Sur le plan intérieur, les enseignements sont concrets. Là où l’État est absent, les groupes armés imposent des taxes, contrôlent des routes, recrutent et s’installent dans la durée. Là où les frontières sont mal surveillées, les trafics d’armes, de minerais, de drogues ou de personnes deviennent des ressources politiques et militaires. Là où les jeunes n’ont ni école, ni travail, ni sécurité, les discours violents trouvent plus facilement un terrain d’écoute.
La RDC n’a pas vocation à importer mécaniquement les solutions du Sahel. Mais elle a intérêt à défendre une approche africaine qui combine armée professionnelle, justice, renseignement, contrôle financier, développement local et réintégration des communautés affectées. C’est sur ce terrain, moins spectaculaire que les sommets, que se joue aussi la sécurité des familles congolaises : pouvoir cultiver, circuler, commercer et envoyer les enfants à l’école sans dépendre des humeurs d’un groupe armé.
Un test pour la solidarité africaine
Le plan de l’Union africaine pour 2026 à 2030 ouvre une fenêtre diplomatique, mais son efficacité dépendra des financements, de la confiance entre États et de la capacité à dépasser les rivalités institutionnelles. Les communiqués de juillet convergent sur un point : la menace est transnationale, et aucune capitale ne peut prétendre la contenir seule.
Pour Kinshasa, l’enjeu est double. Il s’agit de faire entendre la spécificité congolaise, marquée par l’agression, les groupes armés et la crise humanitaire dans l’Est, tout en participant à une réponse continentale plus cohérente. Le Sahel n’est pas seulement un front ouest africain. Il devient un miroir des failles que plusieurs États africains, dont la RDC, doivent traiter s’ils veulent empêcher les violences de se recycler d’une région à l’autre.
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