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Rentrée à Kinshasa : quand les écoles vendent aussi uniformes et fournitures

Rentrée à Kinshasa : quand les écoles vendent aussi uniformes et fournitures
Des élèves dans une salle de classe en RDC. Photo : Ken Wiegand/USAID, domaine public, via Wikimedia Commons.

À quelques heures de la rentrée du 1er septembre, l’affluence attendue n’est pas au rendez-vous dans plusieurs marchés de Kinshasa. Des commerçants voient aussi certains établissements vendre eux-mêmes uniformes et effets scolaires. Pour les familles, la question dépasse la concurrence : elle touche au libre choix, à la transparence des prix et au coût réel de la scolarité.

Une rentrée sans ruée dans les marchés

La cohue habituelle n’est pas là. À la veille de la rentrée 2026-2027, les vendeurs de cahiers, de sacs et d’uniformes espéraient leur grand rendez-vous de l’année. Pourtant, au Grand marché, à l’UPN et dans plusieurs points de vente de Matete, la fréquentation reste faible. Les stocks dorment dans les dépôts. Des parents demandent un prix, calculent, puis repartent sans acheter.

Ce calme inhabituel dit beaucoup des choix imposés aux ménages. Quand le salaire tarde et qu’il faut encore payer le loyer, la nourriture ou le transport, la rentrée se prépare par morceaux. On achète quelques cahiers, on garde le sac de l’année précédente, on remet la seconde tenue à plus tard. Les cours reprennent, mais toutes les familles ne peuvent pas boucler leurs achats avant le premier jour.

Pour les petits vendeurs, le manque à gagner est immédiat. Beaucoup comptent sur la rentrée pour refaire leur trésorerie. Or une mauvaise saison laisse à la fois moins de recettes et davantage de marchandises immobilisées. Dans un commerce souvent financé sur fonds propres, un carton qui ne part pas peut suffire à retarder le renouvellement d’un autre stock ou le paiement d’une dette à court terme.

Quand l’établissement devient aussi point de vente

À cette faible demande s’ajoute une autre source de tension : la vente d’uniformes et d’effets scolaires par certains établissements. À Kinshasa, des témoignages font état de chemises avec insigne, de chaussettes, de sacs ou de tenues de gymnastique proposés directement à l’école. Tous les établissements ne sont pas concernés. Le problème commence lorsque l’offre maison devient, dans les faits, un passage obligé.

Le parent ne peut alors plus comparer les prix, choisir une qualité compatible avec ses moyens ou confier la tenue à un tailleur du quartier. Le commerçant indépendant, de son côté, doit rivaliser avec l’institution qui fixe elle-même les exigences scolaires. Le rapport est déséquilibré, surtout lorsque la conformité de la tenue dépend d’articles portant le logo de l’école.

Une école doit évidemment pouvoir préciser le modèle de l’uniforme. Mais cette exigence pédagogique doit rester distincte de la vente. Donner aux familles une liste claire des caractéristiques préserve leur liberté de choix. Leur imposer un paquet sans véritable alternative la fait disparaître.

La gratuité ne supprime pas les dépenses périphériques

La gratuité de l’enseignement primaire public reste une politique centrale, mais elle n’efface pas toutes les dépenses de rentrée. L’uniforme, les fournitures, les chaussures, le transport et certaines exigences supplémentaires continuent de peser sur le budget familial. Concentrées sur quelques jours, ces charges peuvent même retarder l’arrivée d’un enfant en classe.

Les orientations administratives ont déjà rappelé deux principes : les fournitures ne doivent pas être vendues dans les écoles et les parents restent libres de choisir leur fournisseur. Pour cette rentrée, le ministère demande également aux autorités provinciales et aux chefs d’établissement de faire respecter les règles sur les frais scolaires, la gratuité du primaire et la bonne gouvernance.

Encore faut-il que le contrôle suive. Une consigne nationale ne protège guère une famille qui ignore quels frais sont autorisés, à qui dénoncer un abus ou comment obtenir une réponse rapide sans en faire subir les conséquences à son enfant.

Quatre règles simples pour protéger les familles

Quatre précautions permettraient déjà de lever une grande partie de l’ambiguïté. Chaque établissement devrait afficher la liste complète des frais autorisés et interdits. Il devrait aussi confirmer par écrit que l’uniforme et les fournitures peuvent être achetés auprès du fournisseur choisi par le parent, pourvu que le modèle soit respecté. Tout paiement devrait donner lieu à un reçu. Enfin, le numéro de dénonciation du ministère, le 178, et la procédure de traitement des plaintes devraient être visibles de tous.

Les services provinciaux pourraient compléter ce dispositif par des contrôles ciblés durant les deux premières semaines de septembre. L’objectif n’est pas d’ajouter des tracasseries, mais de vérifier des points simples : pas de vente forcée, des frais affichés, des paiements en francs congolais et aucun achat imposé pour admettre l’élève.

Le vrai test de la rentrée ne se limitera donc pas au nombre d’écoles ouvertes le 1er septembre. Il se jouera aussi à la porte de la classe : un enfant pourra-t-il entrer sans que sa famille soit enfermée dans un circuit commercial qu’elle n’a pas choisi ?

Des élèves dans une salle de classe en RDC. Photo : Ken Wiegand/USAID, domaine public, via Wikimedia Commons.

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