À Matadi, le Comité provincial de pilotage de PIFORES a passé en revue le travail de douze agences locales. Contrats, équipements et programme d’activités sont désormais en place. Reste à voir comment ces moyens se traduiront en hectares restaurés, en revenus ruraux et en résultats que chacun pourra vérifier.
À Matadi, le suivi entre dans une nouvelle étape
Le Comité provincial de pilotage du Programme d’investissement pour la forêt et la restauration des savanes, PIFORES, s’est réuni le 28 août à Matadi. Présentée comme la première séance de l’exercice 2026, la rencontre a été présidée par Alain Mambu Luamba, représentant du gouverneur du Kongo Central.
Le comité ne part pas de zéro. En novembre 2025, une session avait déjà examiné et validé le plan de travail et le budget de 2026. La réunion d’août avait donc une autre fonction : regarder ce qui a réellement avancé depuis la programmation et repérer les points qui freinent encore l’exécution.
Douze agences locales ont présenté l’état de leurs activités. À la province, maintenant, de coordonner les intervenants, de fixer les priorités et de vérifier que les opérations répondent aux besoins locaux. Le comité doit aussi rendre les responsabilités plus lisibles entre l’administration provinciale, l’unité de gestion, les opérateurs et les communautés concernées.
Un programme de 300 millions de dollars à l’échelle nationale
PIFORES est porté par le gouvernement congolais avec un soutien de la Banque mondiale évalué à 300 millions de dollars. Le programme couvre sept provinces. Il associe planification de l’usage des terres, restauration des forêts et des savanes, développement d’activités rurales et amélioration de la gouvernance des ressources naturelles.
Son cadre national fixe plusieurs cibles : 120 000 hectares de plantations, 270 000 hectares de savanes et de forêts à protéger, 250 000 hectares de concessions forestières communautaires et 500 000 ménages à équiper de solutions de cuisson propre. Ces chiffres décrivent des objectifs. Ils ne constituent pas un bilan déjà réalisé.
Dans le Kongo Central, la question est particulièrement sensible. La pression urbaine, les besoins en bois-énergie, les feux de savane et l’érosion des sols fragilisent des territoires qui alimentent aussi Kinshasa en produits agricoles. Restaurer les paysages sans tenir compte des revenus des familles et des débouchés locaux reviendrait à traiter une moitié du problème.
Des contrats signés, mais des résultats encore à démontrer
Le dispositif provincial s’appuie sur des agences locales d’exécution et sur des structures chargées d’accompagner la décentralisation. Pour 2026, le plan de travail a été présenté avec une enveloppe d’environ 14,9 millions de dollars. Il prévoit 8 418 hectares d’agroforesterie, dont 6 932 hectares à vocation communautaire et 1 486 hectares portés par des initiatives privées.
Ces données donnent l’ampleur des moyens et de l’ambition, pas celle des résultats. Une plantation annoncée n’est pas encore une parcelle durable. Contrats, véhicules, motos, équipements informatiques et pépinières ne prendront leur valeur que si les arbres grandissent au-delà des premières saisons sèches et si les ménages en tirent un bénéfice réel.
Les systèmes envisagés associent notamment l’acacia au manioc, au maïs, à l’arachide ou au niébé. Cette combinaison peut améliorer la fertilité des sols, diversifier les revenus et réduire la pression sur les forêts. Sans entretien ni suivi, elle risque au contraire d’additionner des superficies plantées dont personne ne connaît le taux de survie.
Les chiffres que la province devra rendre publics
Le pilotage sera crédible s’il produit des données simples à contrôler : hectares plantés et géolocalisés, survie des arbres après six, douze et vingt-quatre mois, nombre de ménages concernés, emplois créés, revenus supplémentaires et participation des femmes et des jeunes. Une publication par territoire et par agence permettrait de voir où le programme avance et où il cale.
La qualité de l’accompagnement compte tout autant. Distribuer des plants ne suffit pas lorsque les agriculteurs manquent de conseils techniques, de débouchés ou de moyens pour entretenir les parcelles. Le suivi budgétaire devra donc rapprocher les dépenses engagées des superficies effectivement restaurées.
Le foncier et les garanties sociales ne peuvent attendre
Dans une province où les usages de la terre se heurtent parfois, chaque opération doit clarifier les droits fonciers et consulter les communautés avant le début des travaux. Les mécanismes de plaintes doivent être connus, accessibles et capables de traiter rapidement un différend. Le suivi environnemental doit aussi couvrir l’érosion, les pesticides, l’eau, la biodiversité et les risques de travail des enfants.
La réunion de Matadi place ainsi les responsables devant une obligation de résultat. PIFORES ne sera pas jugé au nombre de séances organisées, mais à sa capacité à restaurer des terres, à améliorer les revenus ruraux et à publier des données crédibles. Le pilotage provincial n’aura de sens que si les objectifs nationaux deviennent visibles dans les villages et dans les paysages.
Le gouvernorat du Kongo Central à Matadi. Photo d’illustration : Shaloom Yave, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. L’image ne montre pas la réunion du 28 août 2026.

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