Chapô. La République démocratique du Congo aborde une étape sensible de son deuxième Recensement général de la population et de l’habitat, le RGPH-2. Derrière une opération statistique attendue depuis 1984 se joue un chantier de souveraineté administrative, de planification économique et de crédibilité publique. Les informations recoupées auprès de l’UNFPA, de médias congolais et de sources onusiennes montrent que le pays dispose désormais d’un cadre financier et technique plus avancé, mais que la réussite dépendra de l’exécution sur le terrain, de l’inclusion des zones fragiles et de la confiance des citoyens.
Un chantier attendu depuis 1984
La dernière photographie démographique officielle de la RDC remonte au recensement de 1984, lorsque la population était estimée à environ 30 millions d’habitants. Quatre décennies plus tard, les estimations utilisées par les partenaires internationaux dépassent 112 millions de personnes. Entre-temps, le pays a connu une forte croissance démographique, la création de nouvelles entités administratives, des déplacements massifs liés aux conflits, l’urbanisation rapide de Kinshasa et d’autres villes, ainsi que des réformes publiques nécessitant des données fiables.
L’enjeu dépasse donc la simple production de chiffres. Un recensement complet doit permettre de mieux répartir les infrastructures, d’orienter les investissements sociaux, de calibrer les politiques de santé et d’éducation, mais aussi de renforcer l’efficacité budgétaire. Dans un pays continent comme la RDC, gouverner avec des estimations anciennes revient à planifier les écoles, les centres de santé, les routes ou les programmes sociaux avec une visibilité limitée.
Un financement mieux structuré, mais encore sous surveillance
Le coût global du RGPH-2 est estimé à 192 millions de dollars. Selon l’UNFPA, 83 % du financement nécessaire avait été mobilisé à la suite d’une table ronde tenue à Kinshasa, avec une contribution publique congolaise de 30 millions de dollars. Radio Okapi a également rapporté l’annonce d’un appui de la Banque mondiale de 100 millions de dollars, dont 75 millions spécifiquement consacrés au recensement lui-même.
Ces engagements donnent au processus une base plus solide que lors des précédentes tentatives de relance. Mais le financement ne suffira pas à lui seul. Le gouvernement et ses partenaires devront garantir la traçabilité des fonds, la transparence des recrutements, le paiement effectif des agents et la cohérence entre les calendriers techniques et les contraintes sécuritaires. La mise en place envisagée d’un mécanisme de type « Basket Fund » vise justement à canaliser les contributions dans un fonds unique dédié au RGPH-2.
La cartographie numérique comme première épreuve
Avant le dénombrement général prévu en 2027, l’étape décisive reste la cartographie censitaire. Elle doit permettre de découper le territoire en aires de dénombrement, d’identifier les ménages et de préparer le déploiement des équipes. Le ministère du Plan a déjà lancé le recrutement des profils techniques nécessaires, notamment des opérateurs cartographes, des spécialistes en systèmes d’information géographique et des assistants en technologies de l’information.
L’UNFPA indique que l’opération mise sur une forte dématérialisation. Le processus prévoit l’utilisation de tablettes, de serveurs de stockage, de transmissions numériques et d’outils de contrôle pour limiter les doubles comptages et accélérer le traitement des résultats. L’objectif annoncé est de déployer plus de 200 000 agents recenseurs dans les 145 territoires du pays, avec une infrastructure numérique capable de sécuriser et d’archiver les données collectées.
Un enjeu de confiance nationale
La réussite du recensement dépendra aussi de l’adhésion des communautés. Dans plusieurs provinces, les citoyens peuvent craindre que la collecte de données serve à des objectifs fiscaux, politiques ou sécuritaires. Les autorités devront donc expliquer clairement ce qui est collecté, pourquoi, comment les informations seront protégées et comment les résultats seront utilisés au bénéfice des populations.
La dimension sécuritaire reste tout aussi centrale. L’est du pays demeure marqué par les violences armées, les déplacements de population et l’instabilité administrative dans certaines zones. Un recensement crédible devra éviter d’exclure les populations déplacées, les zones rurales difficiles d’accès et les territoires affectés par les conflits. C’est l’un des grands tests de l’opération : produire une photographie nationale sans accentuer les invisibilités déjà subies par les populations les plus vulnérables.
Conclusion : compter pour mieux gouverner
Le RGPH-2 apparaît désormais comme l’un des chantiers publics les plus structurants de la RDC. Il ne réglera pas à lui seul les faiblesses de l’État, mais il peut fournir une base plus solide à la planification, à la décentralisation, aux politiques sociales et aux investissements. Pour Kinshasa, l’enjeu est de transformer un exercice statistique longtemps repoussé en véritable outil de gouvernance. Pour les partenaires, il s’agit d’accompagner sans se substituer. Pour les citoyens, le test sera simple : voir si le fait d’être enfin comptés permet, demain, d’être mieux servis par l’État.
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