Chapô — À quelques jours de la mi-août, l’évaluation du contrat sino-congolais, dit « infrastructures contre mines », s’impose comme l’un des dossiers politiques les plus sensibles à Kinshasa. Lancé le 21 juillet 2026 au Palais de la Nation, cet examen doit mesurer l’exécution des engagements pris dans le cadre du partenariat Sicomines et de son cinquième avenant signé en 2024. Pour le pouvoir, il s’agit de démontrer que la diplomatie minière peut produire des routes, des recettes et de la redevabilité. Pour l’opinion, l’enjeu est plus direct : savoir si les ressources stratégiques de la RDC financent réellement le développement attendu.
Un dossier stratégique repris au niveau de la Présidence
La réunion de lancement a été conduite par Anthony Nkinzo Kamole, directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, sur instruction du chef de l’État. Selon la Présidence, l’exercice est mené conformément à l’article 18 de la Convention de collaboration et à l’article 1er de l’avenant n°5 signé en 2024. L’évaluation approfondie devait débuter le 23 juillet et se poursuivre jusqu’à la mi-août.
La composition de la réunion montre le caractère institutionnel du dossier. Autour de la table figuraient notamment l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi de la Convention de collaboration, la Gécamines, l’Agence congolaise des grands travaux, la Primature ainsi que les ministères des Finances, des Infrastructures et des Mines. La partie chinoise a également pris part aux échanges. Le périmètre est donc à la fois minier, budgétaire, diplomatique et infrastructurel.
Ce retour au Palais de la Nation traduit une volonté de reprendre politiquement la main sur un contrat qui, depuis 2008, cristallise les débats sur la souveraineté économique congolaise. L’enjeu n’est pas seulement de vérifier des tableaux d’exécution. Il est aussi de mesurer la capacité de l’État à suivre un partenariat complexe, engageant des actifs miniers, des financements d’infrastructures et des entreprises publiques.
L’avenant de 2024 au centre de l’examen
Le cinquième avenant, signé le 14 mars 2024 en présence du président Tshisekedi, avait été présenté comme une correction majeure du partenariat initial. La Présidence avait alors annoncé le relèvement de l’enveloppe d’infrastructures de 3,2 à 7 milliards de dollars américains. L’accord consacrait aussi une participation de 40 % de la RDC dans SICOHYDRO de Busanga, contre 60 % pour le Groupement d’entreprises chinoises, ainsi que le maintien de la structure de la Sicomines à 68 % pour la partie chinoise et 32 % pour la partie congolaise jusqu’au remboursement des emprunts liés au projet.
Le Fonds monétaire international a, de son côté, décrit les principales modifications du contrat révisé : maintien de la structure de capital de la coentreprise minière, redevance de 1,2 % du chiffre d’affaires annuel, et don annuel de 324 millions de dollars, conditionné notamment par le niveau du prix du cuivre, pour financer l’enveloppe d’infrastructures portée à 7 milliards de dollars, dépenses passées comprises. Le FMI note également que la Gécamines obtient le contrôle de la commercialisation de 32 % de la production annuelle, un mécanisme présenté comme pouvant réduire les risques de transferts de bénéfices par les prix.
Mais le même rapport souligne que des zones d’ombre subsistent. Le processus de sélection des projets reste décrit comme flou et la question des exonérations fiscales n’est pas entièrement résolue. Ces réserves donnent à l’évaluation en cours une importance particulière : elle devra permettre de distinguer les engagements formels, les décaissements effectifs et les réalisations visibles.
Entre routes promises et critiques persistantes
Les autorités mettent en avant plusieurs réalisations ou projets liés au programme sino-congolais, dont la rocade de Kinshasa, la Route nationale n°1 et la route Kalamba-Mbuji. DeskEco, reprenant l’annonce de la Présidence, rappelle que l’évaluation doit identifier les difficultés rencontrées dans l’exécution, notamment celles qui ralentissent les travaux sur le terrain. L’APCSC défend l’idée d’un suivi régulier, au moins annuel, afin d’apporter des réponses aux obstacles administratifs et opérationnels.
Cette approche intervient dans un climat de critiques récurrentes. Actualité.cd relevait en mars 2026 que, deux ans après l’avenant n°5, certaines avancées infrastructurelles sont visibles, mais que plusieurs organisations de la société civile et experts continuent de dénoncer des déséquilibres structurels. Les interrogations portent notamment sur le niveau réel des bénéfices pour l’État, la transparence des projets, les exonérations accordées et la capacité de la RDC à convertir la rente minière en investissements publics durables.
Le FMI rappelait aussi que, dans le contrat initial, seulement 888 millions de dollars de prêts destinés aux infrastructures avaient été décaissés en 2022, alors que les informations relatives à l’exécution demeuraient limitées. Ce chiffre reste un repère important dans le débat public : il explique pourquoi la société civile demande des données vérifiables, et pourquoi le gouvernement doit prouver que le nouvel avenant marque une rupture réelle avec les faiblesses du passé.
Un test de gouvernance pour l’exécutif
Politiquement, l’évaluation arrive à un moment où l’exécutif cherche à défendre l’idée d’un État plus ferme dans la gestion des ressources naturelles. Le contrat sino-congolais est emblématique parce qu’il touche à trois promesses centrales : financer les infrastructures, renforcer la place de la Gécamines et rééquilibrer un partenariat longtemps jugé défavorable par une partie de l’opinion.
La crédibilité de l’exercice dépendra toutefois de sa transparence. Une évaluation limitée à des échanges administratifs risquerait d’alimenter la méfiance. À l’inverse, la publication d’éléments clairs sur les engagements, les montants mobilisés, les projets exécutés, les retards et les responsabilités renforcerait la position du gouvernement dans un dossier scruté par les partenaires internationaux et les citoyens.
Conclusion — À la mi-août, Kinshasa ne sera pas seulement attendu sur un rapport technique. Le pouvoir devra montrer que l’évaluation du contrat sino-congolais peut devenir un instrument de redevabilité publique. Dans un pays où les minerais constituent un levier majeur de souveraineté, l’issue de cet examen dira beaucoup de la capacité de l’État à transformer les grands accords en bénéfices visibles pour la population.
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