Deux prises de parole rapprochées ont déplacé le débat sur le dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi. Martin Fayulu, le 7 septembre, puis Marie Ange Mushobekwa, cadre du Front commun pour le Congo, le lendemain, ont contesté l’exclusion de l’AFC/M23 des futures assises politiques. Tous deux posent la même question : comment négocier avec ce mouvement à Doha et refuser de l’entendre dans un cadre national consacré à la paix ?
Ces interventions obligent le pouvoir à expliquer la frontière entre la négociation sécuritaire menée à l’étranger et la concertation politique organisée dans le pays. C’est désormais le point le plus concret de la controverse.
Fayulu demande une cohérence entre Doha et Kinshasa
Invité de l’émission Dialogue entre Congolais, Martin Fayulu a défendu un dialogue inclusif et souverain. À ses yeux, les consultations dans les provinces ne devraient pas remplacer la discussion nationale, ni permettre de modifier les propositions recueillies avant leur examen collectif.
L’opposant insiste surtout sur la présence des acteurs liés au conflit. Si Kinshasa accepte un face à face avec l’AFC/M23 à Doha, il juge difficile de soutenir que ce même interlocuteur ne peut contribuer à une recherche politique de solution. Sa critique porte donc sur la cohérence du dispositif plus que sur le simple choix d’un lieu.
Fayulu a aussi remis sur la table la réorganisation des Forces armées, le retour de l’administration civile dans les territoires occupés et le rétablissement de l’autorité de l’État. Il refuse en revanche qu’un partage du pouvoir soit présenté comme le prix nécessaire de la paix.
Mushobekwa élargit la contestation au format des assises
Marie Ange Mushobekwa a repris le 8 septembre l’argument de l’inclusion au nom du FCC. Elle estime qu’une paix durable suppose de parler aussi avec ceux qui prennent part au conflit. Elle reconnaît en même temps la difficulté posée par les accusations de crimes et par l’exigence de justice réclamée par les victimes.
La responsable politique ne s’est pas limitée au cas de l’AFC/M23. Elle a demandé des mesures de décrispation, une médiation confiée à la CENCO et à l’Église du Christ au Congo avec un appui international, ainsi qu’un mécanisme capable de suivre l’application des décisions. Elle souhaite également que les assises se tiennent dans un pays tiers.
Aucune de ces conditions n’a été acceptée par le pouvoir à ce stade. Leur accumulation montre toutefois que le désaccord touche déjà quatre éléments : les participants, le médiateur, le lieu et la valeur des résolutions. Un dialogue peut réunir beaucoup de monde et rester fragile si ces règles ne sont pas connues avant son ouverture.
Le pouvoir sépare pour l’instant le politique et le militaire
Le cadre présenté par Félix Tshisekedi réserve le dialogue national aux forces politiques et sociales qui ne combattent pas l’ordre constitutionnel par les armes. Les acteurs armés qui occupent ou administrent une partie du territoire sont exclus tant qu’ils n’ont pas renoncé à cette position. Dans les circonstances actuelles, cette condition vise directement l’AFC/M23.
La Présidence maintient néanmoins les discussions de Doha pour les questions liées au conflit. Elle organise donc deux pistes distinctes : une concertation intérieure sur les institutions et la cohésion, puis une négociation avec le mouvement armé sur les engagements sécuritaires. Cette séparation peut faciliter des échanges spécialisés, mais elle crée aussi le risque de décisions contradictoires si les deux pistes ne disposent pas d’un mécanisme de liaison.
La question pratique sera celle du passage d’une piste à l’autre. Le dépôt des armes suffira t il ? Faudra t il un cessez le feu vérifié, un retrait territorial ou un autre engagement ? Sans réponse publique, chaque camp continuera d’interpréter la règle selon ses intérêts.
L’inclusion ne doit pas devenir une promesse d’impunité
Le 8 septembre, l’AA/C, regroupement allié au pouvoir, a soutenu le principe du dialogue tout en refusant qu’il serve à soustraire les auteurs de massacres à la justice. Cette inquiétude rejoint la ligne présidentielle qui écarte une amnistie générale pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les violences sexuelles graves.
Une table plus large peut donc être envisagée sans transformer la participation en acquittement. Pour éviter les malentendus, les organisateurs devront distinguer le droit de parler, la possibilité de négocier un désarmement et la responsabilité pénale individuelle. Les victimes doivent savoir que leur place ne sera pas réduite à un hommage de circonstance pendant que les responsables politiques négocient.
Les prochains textes devront répondre aux objections récentes
Les ordonnances attendues sur l’organisation du dialogue offriront le premier test. Elles devront préciser qui représente chaque composante, comment les décisions seront adoptées et quelles garanties empêcheront la réécriture des conclusions. Elles devront surtout dire comment le processus national se coordonnera avec Doha.
Les interventions de Fayulu et de Mushobekwa ne règlent pas le débat, mais elles l’ont rendu plus précis. Le pouvoir ne peut plus s’en tenir au mot inclusif, et l’opposition ne peut ignorer les risques liés à la légitimation d’un groupe armé. Une réponse crédible devra tenir ensemble la recherche de la paix, le refus de la récompense politique par les armes et le droit des victimes à la justice.
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