Aimé Boji Sangara a profité d’une mission à Bruxelles pour relier trois dossiers que la RDC présente souvent séparément : la paix dans l’Est, les investissements européens et la traçabilité des minerais. Devant des interlocuteurs institutionnels et universitaires, le président de l’Assemblée nationale a soutenu qu’aucun partenariat durable ne peut se développer pendant que l’insécurité continue de déplacer des familles et de fragiliser l’économie congolaise.
Une mission entre institutions et université
Les activités rendues publiques les 9 et 10 septembre montrent une séquence de diplomatie parlementaire construite autour de plusieurs interlocuteurs. Aimé Boji a échangé avec la Fondation Konrad Adenauer, puis avec Stefano Signore, directeur général adjoint chargé de l’Afrique à la direction des partenariats internationaux de la Commission européenne.
Les discussions ont porté sur la situation dans les Grands Lacs, le Corridor de Lobito, le projet Inga 3, le Couloir vert Kivu Kinshasa, la biodiversité et les minerais critiques. À KU Leuven, le président de l’Assemblée nationale a ensuite participé à une conférence consacrée aux relations entre l’Afrique et l’Europe.
Ce parcours lui a permis de faire entendre le même message dans des cadres différents. Devant des responsables européens, il a défendu les intérêts immédiats de la RDC. Devant des chercheurs et des universitaires, il a proposé une lecture plus large du partenariat entre les deux continents.
La sécurité présentée comme une condition économique
Aimé Boji a insisté sur un lien concret : sans sécurité, les routes se ferment, les populations se déplacent, le coût des projets augmente et les investisseurs hésitent. La paix n’est donc pas seulement un objectif diplomatique. Elle conditionne les emplois, les échanges et la capacité de l’État à planifier son développement.
Le président de l’Assemblée nationale a demandé à l’Union européenne d’accorder davantage d’attention à l’Est de la RDC. Il a aussi mis en cause le Rwanda, qu’il accuse de contribuer à la déstabilisation et à l’exploitation illégale des ressources congolaises. Cette accusation appartient à la position défendue par Kinshasa et devra continuer d’être étayée dans les enceintes internationales compétentes.
Pour les populations touchées par le conflit, la valeur d’un dialogue à Bruxelles se mesurera aux effets obtenus : pression pour le respect des engagements, appui humanitaire, mécanismes de vérification et soutien à une paix durable.
Les minerais replacés dans le débat sur la traçabilité
Aimé Boji a exprimé des réserves sur le partenariat minier conclu en 2024 entre l’Union européenne et le Rwanda. La Commission européenne présente ce texte comme un cadre destiné à développer des chaînes de valeur durables, à renforcer le devoir de diligence et à lutter contre le trafic illicite de matières premières.
La critique congolaise vise précisément le décalage entre ces objectifs et les soupçons qui entourent les minerais provenant des zones de conflit. Pour être convaincante, elle doit s’appuyer sur des données traçables, des contrôles indépendants et un dialogue technique suivi. Une dénonciation politique attire l’attention. Un dossier documenté peut modifier une règle ou une décision.
La RDC dispose elle même d’un partenariat sur les matières premières avec l’Union européenne depuis 2023. Elle peut donc demander que les mêmes exigences de transparence s’appliquent à chaque chaîne d’approvisionnement régionale, tout en améliorant ses propres mécanismes de contrôle et de transformation locale.
Des projets congolais proposés comme terrain concret
La mission n’a pas été limitée au conflit. Inga 3 et le Corridor de Lobito ont été présentés parmi les projets capables de rapprocher les intérêts congolais et européens. Le premier renvoie aux besoins énergétiques du pays et de ses industries. Le second peut mieux connecter les zones minières aux marchés, à condition que les retombées locales ne soient pas oubliées.
Le Couloir vert Kivu Kinshasa ajoute une dimension environnementale. Il pose la question de la protection de la biodiversité, mais aussi celle des revenus et des services destinés aux communautés qui vivent dans les espaces concernés. Ce sont des sujets sur lesquels le Parlement peut demander des comptes avant, pendant et après la signature d’un accord.
Un partenariat équilibré devrait ainsi relier financement, emplois, transfert de technologies et transformation en RDC. Exporter davantage sans renforcer les compétences nationales laisserait intacte une partie du problème que la diplomatie congolaise dit vouloir résoudre.
La diplomatie parlementaire devra produire un suivi
Le président de l’Assemblée nationale ne négocie pas à la place du gouvernement. Il peut cependant ouvrir des portes, porter les préoccupations des élus et soumettre les engagements internationaux à un contrôle public. Cette fonction devient utile lorsque les rencontres débouchent sur un calendrier de travail plutôt que sur une simple photographie officielle.
À son retour, les commissions compétentes pourraient demander un compte rendu des échanges, identifier les interlocuteurs européens concernés et suivre les réponses sur la sécurité, les minerais et les projets d’infrastructure. Cette continuité donnerait une portée nationale à une mission menée à Bruxelles.
Aimé Boji a voulu placer la paix au centre du partenariat Afrique Europe. Pour la RDC, La prochaine étape se jouera de transformer ce plaidoyer en demandes précises, puis d’en mesurer les résultats. Les habitants de l’Est n’attendent pas seulement que leur situation soit évoquée dans les capitales étrangères. Ils attendent que la diplomatie contribue, avec les efforts nationaux et régionaux, à rendre leur quotidien plus sûr.
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