Jacquemain Shabani a représenté Félix Tshisekedi aux cérémonies du 65e anniversaire de la première Conférence des pays non-alignés à Belgrade. En marge du rendez-vous, la RDC et la Serbie ont discuté de la lettre d’intention signée en novembre 2025. Aucun calendrier d’application n’a été rendu public.
Belgrade, entre mémoire diplomatique et dossier bilatéral
La mission du vice-Premier ministre congolais de l’Intérieur s’est déroulée du 31 août au 1er septembre. Le rendez-vous commémorait la conférence organisée dans la capitale yougoslave du 1er au 6 septembre 1961, l’un des moments fondateurs du Mouvement des pays non-alignés.
Les autorités serbes ont invité des représentants du noyau historique de la première conférence ainsi que de la troïka actuelle du Mouvement. Le programme officiel mettait l’accent sur la Charte des Nations unies, le droit international, la souveraineté et le multilatéralisme. Pour la RDC, la participation offrait une tribune politique, mais le résultat le plus directement mesurable se situe dans les entretiens bilatéraux conduits en marge des cérémonies.
Jacquemain Shabani a rencontré son homologue serbe. Le compte rendu congolais indique que les échanges ont porté sur l’application de la lettre d’intention signée en novembre 2025 et sur le renforcement de la coopération entre les deux pays. La délégation a également participé à une séance à la Chambre de commerce et d’industrie de Serbie.
Une lettre d’intention centrée sur la sécurité intérieure
Le document évoqué à Belgrade avait été échangé le 28 novembre 2025, lors de la visite officielle de Félix Tshisekedi en Serbie. Jacquemain Shabani et le ministre serbe de l’Intérieur, Ivica Dačić, l’avaient présenté en présence des deux chefs d’État.
Selon le gouvernement serbe, cette lettre doit soutenir la coopération policière dans la prévention des crimes graves, la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et la criminalité utilisant les technologies. Elle inclut aussi la réduction des risques de catastrophe et la gestion des situations d’urgence. La formation professionnelle des policiers avait été citée parmi les pistes de travail.
Ces domaines répondent à des besoins concrets. Les réseaux criminels franchissent les frontières, utilisent des outils numériques et déplacent rapidement argent, documents ou personnes. Les catastrophes, elles, exigent des chaînes de commandement, des équipes formées et des procédures d’alerte. Un échange d’expérience peut être utile si les compétences, les responsabilités et les garanties juridiques sont clairement définies.
La mise en œuvre reste le point faible visible
Le communiqué publié après la mission ne précise pas ce qui a été décidé pour passer de l’intention à l’action. Il ne mentionne ni groupe technique, ni calendrier de formation, ni budget, ni opération pilote. Il ne dit pas non plus si un accord plus détaillé doit remplacer ou compléter la lettre.
Cette prudence est importante. Une réunion sur la « mise en œuvre » ne signifie pas que les activités ont commencé. Elle peut marquer une relance politique, une préparation administrative ou un simple examen des prochaines étapes. Sans document public, il serait excessif d’annoncer un nouveau programme de sécurité entre Kinshasa et Belgrade.
La coopération policière exige en outre des règles sur l’échange d’informations, la protection des données, les demandes d’entraide et le respect des droits. Les deux ministères devront déterminer ce qui relève de la formation, de l’équipement, de l’expertise technique ou d’opérations coordonnées. Ces distinctions permettront d’évaluer le partenariat autrement qu’à travers le nombre de rencontres.
Les échanges économiques encore au stade des perspectives
La visite à la Chambre de commerce serbe ajoute un volet économique à la mission. Le compte rendu disponible parle de perspectives de coopération et de partenariats entre les deux pays. Il ne donne toutefois aucun nom d’entreprise, montant, secteur prioritaire ou projet retenu.
Là aussi, les mots doivent garder leur juste portée. Une discussion avec une organisation patronale peut ouvrir des contacts. Elle ne constitue pas un investissement tant qu’un projet, un financement et un calendrier ne sont pas établis. La RDC gagnerait à publier les secteurs présentés, les interlocuteurs rencontrés et les suites confiées à ses agences économiques.
En novembre 2025, trois autres documents avaient accompagné la lettre sur la sécurité intérieure : consultations politiques entre ministères des Affaires étrangères, coopération entre académies diplomatiques et coopération sportive. Le rendez-vous de septembre ne permet pas d’affirmer que ces trois instruments ont, eux aussi, franchi une nouvelle étape. Le compte rendu met d’abord l’accent sur la lettre suivie par les ministères de l’Intérieur.
Les prochains indicateurs seront très simples
La mission de Belgrade réactive une relation ancienne et maintient un canal entre deux administrations. Pour en mesurer l’effet, quelques preuves suffiront : désignation d’équipes conjointes, calendrier de formation, protocole d’échange sécurisé, exercice de gestion de crise ou projet économique identifié.
À défaut, la lettre d’intention restera un cadre politique sans traduction visible. La commémoration des non-alignés rappelle la profondeur historique des relations. La crédibilité du partenariat RDC-Serbie dépend désormais d’actes plus modestes, mais vérifiables.

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