Le chef du secteur de Kingulu, dans le territoire de Kasongo-Lunda, demande l’installation d’une antenne de téléphonie mobile. Son appel met un lieu précis sur la fracture numérique du Kwango, où l’ARPTC comptait seulement 264 526 abonnements à l’internet mobile à la fin de 2025.
Un appel lancé depuis Kenge
Olivier Kany a formulé sa demande mercredi au cours d’une rencontre de ressortissants organisée à Kenge. Selon le chef de secteur, Kingulu reste le secteur le plus enclavé de Kasongo-Lunda et ne dispose pas d’une antenne de réseau cellulaire. Il sollicite l’appui des autorités pour convaincre les opérateurs de s’y installer.
Cette affirmation décrit la situation telle qu’elle est vécue et rapportée localement. Elle n’est pas accompagnée d’une carte technique publique montrant la couverture de chaque opérateur, la qualité du signal ou les villages concernés. Il faut donc distinguer le constat du responsable local d’une mesure indépendante réalisée sur le terrain.
Kingulu fait partie des secteurs du vaste territoire de Kasongo-Lunda. Dans cette partie du Kwango, les distances et l’état des routes compliquent déjà les déplacements. L’absence de communication mobile ajoute une autre forme d’isolement : appeler un centre de santé, prévenir une famille, connaître un prix de marché ou confirmer l’arrivée d’un véhicule devient plus difficile.
Une province encore loin de la moyenne nationale
Les dernières données provinciales détaillées de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo portent sur la fin de décembre 2025. Elles recensent 637 661 abonnements mobiles dans le Kwango, pour une population de référence de 2 416 000 habitants. Le taux de pénétration global atteint ainsi 26,4 %.
Pour l’internet mobile, l’ARPTC compte 264 526 abonnements, soit un taux de 10,9 %. La monnaie mobile représente 234 605 abonnements, ou 9,7 %. Ces chiffres mesurent des cartes ou comptes actifs, pas nécessairement des personnes distinctes. Un même usager peut posséder plusieurs cartes, tandis qu’un téléphone peut être partagé au sein d’un ménage.
Le Kwango a pourtant enregistré une hausse de 10,63 % de ses abonnements internet mobile entre les troisième et quatrième trimestres de 2025. Cette progression traduit un rattrapage, mais elle part d’un niveau bas. Elle ne dit pas si Kingulu en a bénéficié, puisque les statistiques s’arrêtent à l’échelle provinciale.
Avant le pylône, une étude de couverture
Installer une antenne exige plus qu’un emplacement. Il faut une liaison vers le réseau principal, une source d’énergie, un accès pour la maintenance et une estimation de la demande. Dans une zone rurale, la rentabilité immédiate peut être insuffisante pour un opérateur agissant seul. C’est précisément dans ce type de situation que le service universel doit intervenir.
La première étape devrait être un relevé public. Quels villages peuvent déjà capter un signal, même faible ? Combien d’habitants vivent hors couverture ? Où se trouvent les écoles, les centres de santé, les marchés et les axes les plus fréquentés ? Cette cartographie permettrait de choisir le site de l’antenne et d’éviter un équipement qui couvre un point administratif tout en laissant les principaux villages à distance.
La consultation des habitants compte aussi. Une antenne utile doit correspondre aux déplacements réels, aux jours de marché et aux besoins des services publics. Les usagers auront ensuite besoin de téléphones accessibles, de cartes SIM, de points de recharge et d’une tarification qu’ils peuvent supporter. Le signal est indispensable, mais il ne suffit pas à produire l’inclusion.
La stratégie nationale face à un cas concret
Le Fonds de développement du service universel a présenté une stratégie de connectivité pour la période 2026-2035. Le modèle prévoit que des entreprises spécialisées financent et déploient les tours, l’énergie et les liaisons de transmission en accès ouvert, tandis que les opérateurs installent leurs équipements actifs. Le FDSU structure les subventions et l’ARPTC contrôle la régulation et la qualité.
Le pays est réparti en cinq zones opérationnelles, avec un mécanisme destiné à faire contribuer les sites rentables au financement des zones déficitaires. Des centres numériques communautaires sont également annoncés. Le FDSU estime que près de 68 millions de Congolais vivant en milieu rural doivent encore être mieux connectés.
Kingulu offre un test simple à cette stratégie. L’appel est identifié, le territoire est connu et le besoin est formulé. Il reste à publier l’étude de couverture, le calendrier, le responsable du déploiement et les conditions de fonctionnement après l’installation. Une antenne inaugurée puis abandonnée faute d’énergie ou de maintenance ne sortirait personne du silence.
Pour les habitants, le résultat sera concret : pouvoir appeler, recevoir une information utile et accéder à un service sans parcourir une longue distance. C’est à cette échelle, secteur après secteur, que la promesse nationale de connectivité devra être jugée.

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