À deux semaines de la rentrée scolaire 2026 2027, la réforme de la formation des futurs enseignants prend une tournure plus concrète. Depuis le 17 août, des formateurs nationaux et des experts de l’éducation sont réunis à Kinshasa pour s’approprier les modules et outils des Humanités pédagogiques rénovées. Derrière cet atelier technique se joue un enjeu très quotidien : mieux préparer celles et ceux qui seront demain devant les élèves des six premières années de l’éducation de base.
Un atelier pour harmoniser la formation
La rencontre, ouverte au Cercle Elaïs et prévue jusqu’au 21 août 2026, vise à donner aux formateurs nationaux une compréhension commune des nouveaux supports pédagogiques. Selon le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, les participants doivent ensuite accompagner les formations destinées aux enseignants, aux responsables administratifs et aux autres acteurs engagés dans la réforme.
Le chantier porte sur les Humanités pédagogiques rénovées, souvent désignées par le sigle HPR. Il s’agit de repenser la formation initiale des enseignants appelés à intervenir dans les premières années de l’éducation de base. L’objectif n’est pas seulement de remplacer des documents de cours. Le ministère parle d’un dispositif plus structuré, fondé sur des guides, des modules, des stages encadrés et un suivi pédagogique plus régulier.
Le programme de l’atelier est révélateur de cette ambition. Les participants travaillent sur cinq modules principaux : l’andragogie, la protection contre l’exploitation et les abus sexuels, l’utilisation des guides pédagogiques, le suivi et l’accompagnement pédagogique, ainsi que l’organisation des stages. Des thèmes transversaux y sont associés, notamment le genre, l’inclusion éducative, l’environnement, le numérique et le GENOCOST. Pour une école congolaise confrontée à des classes chargées, à des ressources limitées et à des besoins de professionnalisation, ces choix indiquent une volonté d’aller au delà de la simple transmission de contenus.
De trois sites pilotes à une deuxième phase
L’UNESCO, qui accompagne la réforme dans le cadre du projet EFFICACE, présente l’année scolaire 2025 2026 comme une étape décisive. La première expérimentation a été lancée à Mbandaka, Tshikapa et Mbanza Ngungu, dans les provinces de l’Équateur, du Kasaï et du Kongo Central. Le ministère précise désormais que 12 Humanités pédagogiques rénovées ont été ouvertes dans ces trois sites.
La séquence en cours prépare l’extension du dispositif. Deux nouveaux pôles doivent entrer dans le champ de la réforme : Bandundu ville, dans la province éducationnelle du Kwilu, et Kalemie, dans le Tanganyika. En parallèle, les trois premiers sites doivent accueillir les classes de deuxième année. Cette évolution est importante car elle fait passer la réforme du stade de l’installation à celui de la continuité pédagogique. Former un futur enseignant ne se limite pas à une première année pilote ; il faut tester l’enchaînement des niveaux, les stages, l’évaluation et l’accompagnement sur la durée.
Les forums d’échanges organisés entre mai et juin 2026 avec 194 participants, selon l’UNESCO, ont déjà permis de faire remonter les difficultés du terrain. Enseignants, inspecteurs, directeurs d’école, conseillers pédagogiques et experts y ont discuté de la formation pratique des futurs enseignants. Cette méthode par ajustements successifs peut sembler lente. Elle est pourtant essentielle dans un système éducatif aussi vaste que celui de la RDC, où les réalités de Mbandaka, Tshikapa, Mbanza Ngungu, Bandundu et Kalemie ne sont pas identiques.
Le projet EFFICACE comme cadre d’appui
La réforme s’inscrit dans le projet EFFICACE, pour Éducation des filles, Formation initiale et continue des enseignants et Appui à la continuité de l’éducation. Ce projet est financé par le Partenariat mondial pour l’éducation via l’Agence française de développement, avec une exécution de plusieurs activités par l’UNESCO, en appui au gouvernement congolais.
L’AFD indique que le financement du Partenariat mondial pour l’éducation en RDC atteint 137,5 millions de dollars, dont une délégation de fonds destinée aux actions liées à l’éducation des filles, à la formation des enseignants et à la continuité de l’éducation en situation d’urgence. L’accord avec l’UNESCO prévoit notamment de mieux former et soutenir plus de 13 000 enseignants, 1 500 directeurs d’écoles et 600 inspecteurs d’éducation. Ces chiffres donnent la mesure de l’effort, même si le succès dépendra surtout de l’exécution dans les établissements.
Le lien avec l’éducation des filles n’est pas secondaire. Les partenaires du projet soulignent la nécessité d’attirer davantage de femmes dans le métier d’enseignant et de rendre les écoles plus accueillantes pour les élèves, notamment par des actions sur le genre et par l’amélioration de certains environnements scolaires. Dans plusieurs milieux, la présence d’enseignantes qualifiées peut aussi rassurer les familles et encourager la poursuite de la scolarité des filles.
Ce que la réforme peut changer dans les classes
Pour les familles, les effets ne seront pas immédiats comme l’ouverture d’une nouvelle salle de classe ou la distribution de bancs. Ils se mesureront plutôt dans la manière d’enseigner : préparation des leçons, accompagnement des élèves en difficulté, stages mieux encadrés, utilisation de guides plus clairs, attention aux violences en milieu scolaire et à l’inclusion. C’est un changement moins visible, mais déterminant pour la qualité des apprentissages.
La réforme arrive dans un contexte où la gratuité du primaire public a élargi l’accès à l’école, tout en accentuant la pression sur les salles de classe et sur le personnel enseignant. Dans ce paysage, former mieux les futurs enseignants devient une condition de durabilité. Sans enseignants préparés aux réalités des classes nombreuses, aux différences de niveau entre élèves et aux exigences de protection de l’enfant, les investissements dans l’accès risquent de produire des résultats limités.
Le défi, désormais, sera de maintenir le cap au delà de l’atelier de Kinshasa. Les nouveaux guides devront être compris, utilisés et évalués. Les sites d’expérimentation devront être suivis avec régularité. Les provinces nouvellement intégrées auront besoin d’un accompagnement de proximité. Pour les élèves congolais, l’enjeu est simple : trouver devant eux des enseignants mieux formés, mieux encadrés et capables de faire de la salle de classe un lieu où l’on apprend réellement.
Rédaction nzadinews.net

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