En Ituri, la préparation du prochain budget provincial s’ouvre à un exercice encore rare dans la pratique congolaise : demander aux citoyens, aux services publics, aux élus locaux et aux acteurs économiques de discuter des priorités avant l’arbitrage financier. Lancé à Bunia au début du mois d’août avec l’appui du projet STAR RDC, le processus du budget participatif veut lier davantage les taxes payées, les projets retenus et le contrôle citoyen. Dans une province sous état de siège, où les besoins de sécurité, de routes, de santé, d’écoles et d’administration de proximité restent immenses, la promesse est forte. Elle sera jugée moins sur les discours que sur la place réelle donnée aux communautés dans le budget 2027.
Un processus lancé dans une province sous administration militaire
Les comptes rendus consultés convergent sur l’essentiel : les travaux du budget participatif ont été engagés à Bunia, avec la participation du gouvernement provincial, des services financiers, de l’Assemblée provinciale, de la société civile et d’acteurs économiques. Les médias locaux situent l’ouverture des assises le 6 août 2026 et leur clôture le 10 août à l’Hôtel Mia de Bunia. L’Agence congolaise de presse en a fait état le 9 août, sur la base d’un communiqué, en soulignant l’objectif de renforcer la gouvernance financière de la province.
Le moment politique n’est pas neutre. L’Ituri demeure placée sous état de siège depuis mai 2021, comme le Nord-Kivu, avec une administration provinciale conduite par des autorités militaires et policières. Le général-major Gaby Kasongo Mulumba Batoka, reçu par le président Félix Tshisekedi le 8 juin 2026 après sa nomination, a reçu pour mission officielle de travailler au rétablissement de la paix, de l’ordre public et au retour des déplacés. Dans ce contexte, ouvrir les discussions budgétaires à des acteurs civils prend une portée particulière : cela revient à réintroduire du dialogue public dans une province où l’urgence sécuritaire domine souvent l’agenda.
Ce que le budget participatif veut changer
Le principe défendu à Bunia est simple : les choix d’investissement ne doivent plus être définis uniquement par les techniciens de l’État ou par l’exécutif provincial. Les citoyens sont appelés à exprimer leurs besoins, les services doivent les traduire en priorités budgétaires, et les autorités doivent expliquer ce qui est retenu, reporté ou écarté. Selon les organisateurs cités dans les comptes rendus locaux, le mécanisme doit aussi s’étendre progressivement à deux chefferies pilotes, l’une dans le territoire de Mambasa et l’autre à Mahagi.
Cette méthode peut paraître modeste. Elle touche pourtant un point sensible de la gouvernance congolaise : la distance entre la mobilisation des recettes et la perception des services rendus. Pour un commerçant de Bunia, un chef de quartier, une association de femmes ou une structure de jeunes, la question est concrète : quelles routes de desserte agricole seront réhabilitées, quel centre de santé sera équipé, quelle école sera priorisée, quelle administration locale recevra enfin des moyens de fonctionnement ? Le budget participatif ne règle pas à lui seul le manque de ressources. Il peut, en revanche, obliger l’autorité à hiérarchiser publiquement.
STAR RDC, outil de stabilisation et de gouvernance locale
L’appui du projet STAR RDC, aussi appelé STAR-Est dans ses documents institutionnels, donne à cette initiative une dimension plus large qu’un simple atelier provincial. Le projet de Stabilisation et de Relèvement de l’Est de la RDC est financé par l’Association internationale de développement, le guichet de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, à hauteur de 250 millions de dollars. Ses documents officiels présentent trois axes : fournir de petites infrastructures socio-économiques communautaires, soutenir la réinsertion socio-économique des personnes associées aux groupes armés, et renforcer les administrations provinciales dans les zones ciblées, dont l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
La Banque mondiale avait indiqué, lors de l’approbation du financement en décembre 2022, que 3,3 millions de Congolais des trois provinces ciblées devaient bénéficier directement d’un meilleur accès aux infrastructures communautaires et aux programmes de réintégration. Elle évoquait aussi un bénéfice indirect pour environ 17 millions de personnes vivant dans ces provinces. Ces chiffres donnent l’échelle de l’ambition, mais aussi celle du risque : si les mécanismes de choix et de suivi ne sont pas lisibles, les investissements peuvent être perçus comme des décisions descendantes de plus. Le budget participatif tente précisément de corriger cette faiblesse.
Des finances locales à rendre visibles
Le chantier ne se limite pas aux réunions publiques. Le plan de passation des marchés du projet pour l’Ituri mentionne des actions prévues dans la gouvernance décentralisée, dont le recrutement d’une firme pour la numérisation de la chaîne des recettes et des dépenses dans les entités territoriales décentralisées et la mairie. Le même document prévoit un appui à la création d’un site web consacré à la communication des informations sur les finances publiques, notamment le budget, la programmation, la trésorerie et la liste des marchés publics.
Ce point est crucial. Un budget participatif sans données accessibles risque de se transformer en consultation symbolique. Pour que la population suive les engagements, elle doit connaître les enveloppes disponibles, les critères de sélection, le coût estimé des projets et l’état d’exécution. Les équipements et formations prévus en faveur des administrations fiscales provinciales dans des territoires comme Djugu, Irumu, Aru et Mambasa montrent que la réforme vise aussi la capacité de l’État local à collecter, enregistrer et rendre compte. Là encore, l’enjeu est pratique : une régie qui mobilise mieux les recettes mais ne publie pas clairement leur usage nourrit la méfiance au lieu de la réduire.
La représentativité, premier test politique
Le risque principal tient à la représentativité. Les participants cités dans les comptes rendus incluent des services d’assiette, des élus provinciaux, des responsables d’entités locales, des opérateurs économiques, des chefs de quartiers, des notables, des organisations de la société civile et des structures juvéniles. C’est un socle utile, mais il ne garantit pas que les villages éloignés, les déplacés, les femmes, les personnes vivant avec handicap ou les communautés exposées aux groupes armés soient réellement entendus.
En Ituri, la géographie et l’insécurité pèsent sur toute démarche publique. Une réunion à Bunia ne suffit pas à capter les besoins de Mahagi, Mambasa, Djugu, Irumu ou Aru. Le processus devra donc éviter l’effet de vitrine : panels bien composés en ville, mais priorités déjà verrouillées dans les bureaux. Les comités locaux annoncés peuvent devenir des espaces utiles s’ils disposent d’un mandat clair, de procès-verbaux publiés et d’un calendrier de restitution. Sans cela, la participation citoyenne restera dépendante des rapports de force locaux et de la capacité des plus influents à parler au nom des autres.
Le budget 2027 comme épreuve de vérité
À la clôture des assises, les participants ont recommandé de renforcer la participation citoyenne dans l’élaboration, le suivi et le contrôle de l’action publique. Le gouvernement provincial, par la voix de son directeur de cabinet adjoint chargé de l’Économie et des Finances, a mis en avant trois mots d’ordre : transparence, équité et redevabilité. Ces principes sont désormais vérifiables.
La prochaine étape sera la plus importante : voir si les priorités issues des consultations apparaissent dans le projet de budget 2027, avec des lignes identifiables et des montants réalistes. La population devra aussi savoir quels projets sont financés par les ressources provinciales, lesquels relèvent de STAR RDC et lesquels dépendent d’autres partenaires. Cette distinction est essentielle pour éviter la confusion entre promesse politique, financement extérieur et capacité budgétaire réelle de la province.
Le budget participatif en Ituri ouvre donc une fenêtre de confiance, mais une fenêtre étroite. Dans une province meurtrie par les violences, les déplacements et la faiblesse des services publics, la discussion sur l’argent public peut devenir un outil de stabilisation si elle débouche sur des réalisations visibles. Elle peut aussi décevoir rapidement si les citoyens ne retrouvent pas leurs priorités dans les décisions finales. À Bunia comme dans les territoires pilotes annoncés, le vrai débat commence maintenant : non plus seulement dire les besoins, mais suivre le franc public jusqu’au terrain.
Rédaction NZADI News
Article préparé avec une assistance automatisée, puis soumis aux contrôles éditoriaux de NZADI News : recoupement des sources, vérification des faits, contexte congolais et relecture de cohérence.

Participez à la discussion