À Kinshasa comme dans la diaspora, la séquence politique ouverte autour du dialogue national entre dans une phase plus délicate. Félix Tshisekedi a annoncé qu’il s’adresserait prochainement aux Congolais pour expliquer les contours de l’initiative, présentée par le pouvoir comme un chemin vers la cohésion nationale. Mais l’opposition, la société civile et plusieurs acteurs politiques extra-parlementaires regardent déjà au-delà des mots : ils veulent savoir qui participera, avec quelles garanties et dans quel rapport avec la très contestée loi sur le référendum.
Une parole présidentielle attendue après l’ultimatum
Le chef de l’État a relancé le dossier dimanche 16 août, lors d’un échange avec des membres de la diaspora congolaise à Libreville, au Gabon. Selon la cellule de communication de la Présidence, reprise par Actualité.cd, Félix Tshisekedi a promis une adresse à la Nation pour préciser les objectifs du dialogue annoncé après ses consultations avec les responsables de la CENCO et de l’ECC, le 17 juillet à Kinshasa.
Cette prise de parole est attendue dans un climat politique chargé. L’ultimatum fixé au 15 août par la Coalition Article 64, plateforme de l’opposition, est arrivé à son terme sans convocation formelle des assises. Le pouvoir insiste sur la nécessité de parler cohésion, unité et intérêt national. L’opposition, elle, estime que le temps des déclarations générales est dépassé et réclame des actes de décrispation, un cadre clair et l’abandon de tout processus susceptible de toucher à l’architecture constitutionnelle actuelle.
Le référendum reste le point de crispation
Au cœur du blocage se trouve la loi fixant les conditions d’organisation du référendum. Le 28 juillet, la Cour constitutionnelle l’a déclarée conforme à la Constitution, tout en formulant des réserves sur plusieurs dispositions. Radio Okapi, la RTNC et Actualité.cd ont rapporté que les réserves portent notamment sur treize articles du texte. Pour le pouvoir, cette étape relève du fonctionnement normal des institutions. Pour ses adversaires, elle confirme une inquiétude ancienne : la possibilité qu’un référendum ouvre la voie à une nouvelle Constitution et, à terme, à une remise à plat des compteurs politiques avant 2028.
Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a cherché à calmer le débat en soutenant que la décision de la Cour validait un cadre juridique sans signifier le lancement effectif d’un référendum. Mais l’argument ne suffit pas à dissiper les soupçons. La C64, qui rassemble notamment des figures telles que Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo, considère le texte comme une menace pour l’ordre constitutionnel. Des partis d’opposition avaient déjà dénoncé, en juin, un projet pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat, une lecture également relevée par l’agence Associated Press.
Des initiatives se multiplient autour de la table à venir
La nouveauté de ces dernières heures vient aussi des partis extra-parlementaires. Radio Okapi a indiqué, le 18 août, que le Rassemblement pour le développement intégral et fédéral mène des consultations en vue de mettre en place une plateforme appelée Bloc pour la réunification du Congo et la cohésion nationale. L’objectif affiché est de peser en faveur d’un dialogue inclusif et de contribuer à préserver l’unité du pays.
Cette démarche montre que le débat ne se limite plus à un face-à-face entre majorité et grande opposition. Dans un pays où les fractures politiques se superposent aux urgences sécuritaires de l’Est, les acteurs moins représentés au Parlement veulent eux aussi entrer dans la discussion. Ils plaident pour une table capable d’aborder la réunification du territoire, la stabilité institutionnelle et la paix durable. La question sensible demeure celle de la participation des acteurs liés aux conflits armés, que certains opposants jugent indispensable à un règlement politique, tandis que le gouvernement fixe comme ligne rouge la condamnation claire de l’agression rwandaise.
La société civile redoute une crise de priorité
Le malaise dépasse les partis. Le 10 août, plusieurs organisations de la société civile ont demandé à Félix Tshisekedi de ne pas promulguer la loi sur le référendum. Leur argument est d’abord une question de calendrier national : l’Est reste meurtri par la guerre, des familles vivent encore le déplacement, les finances publiques sont sous pression et les attentes sociales demeurent fortes dans les villes comme dans les territoires.
Pour une partie de ces organisations, ouvrir maintenant une séquence constitutionnelle risque d’absorber l’énergie politique au détriment des urgences concrètes : sécurité, justice, retour des déplacés, approvisionnement des marchés, accès aux soins et préparation d’élections crédibles. Elles appellent plutôt à un dialogue transparent, circonscrit aux priorités nationales et doté de mécanismes de suivi. Cette demande rencontre une préoccupation fréquente dans l’opinion congolaise : éviter que les assises ne deviennent seulement un partage de positions entre élites.
Un test de méthode pour le pouvoir et l’opposition
La prochaine adresse de Félix Tshisekedi sera donc scrutée sur trois points. D’abord, le périmètre : qui sera invité et qui restera dehors. Ensuite, la méthode : calendrier, facilitation, garanties de sécurité, règles de prise de décision. Enfin, le lien avec la loi référendaire : le pouvoir peut-il convaincre qu’il cherche la cohésion nationale sans alimenter la peur d’un changement constitutionnel orienté vers la conservation du pouvoir ?
Pour la population, l’enjeu est moins théorique qu’il n’y paraît. Une décrispation réelle peut réduire les risques de manifestations réprimées, améliorer le climat entre institutions et recentrer l’action publique sur la sécurité et les besoins quotidiens. À l’inverse, un dialogue mal préparé, ou perçu comme verrouillé d’avance, pourrait prolonger la méfiance. Au matin du 19 août, la politique congolaise tient donc dans une attente : celle d’une parole présidentielle capable de clarifier, mais surtout d’engager des actes vérifiables.
Rédaction nzadinews.net

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