L’annonce d’un dialogue national par Félix Tshisekedi devait ouvrir une voie vers l’apaisement. Elle a aussi replacé la Constitution au centre de la confrontation politique. À mesure que le cadre du processus se précise, le pouvoir défend une consultation largement ouverte dans les provinces, tandis qu’une partie de l’opposition redoute une démarche dont les conclusions seraient déjà orientées.
Un processus qui doit commencer dans les 26 provinces
Le chef de l’État a officiellement lancé, le 28 août, un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Le dispositif annoncé doit durer au maximum trois mois. Sa principale particularité tient à son ancrage territorial : les premières consultations sont prévues dans les 26 provinces, avant des assises nationales à Kinshasa.
Cette méthode veut faire remonter les préoccupations des territoires, des communautés, des acteurs politiques, de la société civile, des confessions religieuses et des milieux économiques. L’ambition affichée est de ne plus limiter les discussions aux seuls états-majors installés dans la capitale. Les contributions provinciales doivent être rassemblées, puis servir de base aux travaux nationaux et à l’élaboration d’un Pacte national accompagné d’une stratégie de mise en œuvre.
Sur le papier, cette architecture donne au processus une portée plus large que les précédentes concertations politiques. Son fonctionnement concret reste toutefois à préciser. Au 6 septembre, les ordonnances destinées à mettre en place le comité d’organisation puis à convoquer formellement les travaux étaient encore attendues. Leur publication doit apporter des réponses sur la composition, le calendrier et les règles de représentation.
L’inclusivité au cœur des premières contestations
Félix Tshisekedi a fixé des limites nettes à la participation. Les acteurs qui combattent l’ordre constitutionnel par les armes, occupent une partie du territoire ou administrent illégalement des entités de la République ne pourront pas prendre part au dialogue comme composantes politiques. Le président a également écarté l’idée d’une amnistie générale pour les auteurs de crimes graves.
Cette ligne est présentée par la présidence comme une exigence de souveraineté et de justice. Elle nourrit pourtant le désaccord avec des opposants qui estiment qu’un processus consacré à la paix ne peut atteindre son objectif sans réunir un éventail suffisamment représentatif des forces engagées dans la crise. D’autres questions demeurent : qui choisira les délégués provinciaux, quelle place sera accordée aux opposants vivant à l’étranger et quelles garanties d’indépendance entoureront l’organisation des débats ?
La coalition C64 a rejeté les modalités encore incomplètes du dialogue et maintenu sa mobilisation annoncée pour le 15 septembre, date de la rentrée parlementaire. Ce rendez-vous doit constituer un premier test du rapport de force entre une majorité qui veut avancer avec le calendrier présidentiel et une opposition qui demande des garanties avant de s’engager.
La question constitutionnelle change la nature du débat
La méfiance s’est renforcée avec le retour du projet de réforme constitutionnelle dans les déclarations publiques. Le premier vice-président de l’Assemblée nationale, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, a affirmé que le peuple congolais devrait être consulté sur un éventuel changement de Constitution. Il a aussi évoqué le passage d’un texte devant permettre l’organisation d’un référendum.
Ces propos ont immédiatement relancé les interrogations sur la limitation du nombre de mandats présidentiels et sur la possibilité d’une nouvelle candidature de Félix Tshisekedi en 2028. Dans l’opposition, plusieurs responsables craignent que les consultations provinciales ne servent à diluer les revendications politiques et à présenter une réforme de la loi fondamentale comme une demande populaire. Dans la majorité, certains défendent au contraire le principe d’un débat public et soutiennent que la décision finale doit appartenir aux citoyens.
Le problème n’est donc plus seulement de savoir si le pays a besoin d’un dialogue. Il porte désormais sur son objet réel. S’agit-il d’un cadre de réconciliation consacré à la paix, aux institutions et à la cohésion nationale, ou d’un espace appelé à traiter également de l’avenir du régime constitutionnel ? Tant que cette frontière ne sera pas clairement établie, chaque annonce alimentera les soupçons d’un camp et les arguments de l’autre.
La crédibilité se jouera dans les règles
Le dialogue bénéficie d’un soutien international de principe, exprimé autour de la recherche d’une paix durable et du respect des institutions. Mais son acceptation à l’intérieur du pays dépendra surtout de règles comprises par tous. La transparence dans la sélection des participants, l’équilibre du comité d’organisation, la sécurité des délégués et la publication d’un calendrier réaliste seront déterminants.
La présidence a promis des mesures de confiance et de décrispation politique. Leur portée sera observée avec attention, car un appel à l’unité ne suffit pas à effacer les réserves. Le défi consiste maintenant à transformer une annonce solennelle en un cadre où les désaccords peuvent être exprimés sans être neutralisés. La manière dont seront traitées les questions de la Constitution, de la participation de l’opposition et du suivi des décisions dira si le processus peut rassembler au-delà du camp présidentiel.
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