Le Nigeria est officiellement entré, mercredi 19 août, dans la campagne de sa présidentielle de janvier 2027. Le président Bola Tinubu, candidat à un second mandat, aborde cette longue séquence électorale avec l’avantage du pouvoir, mais aussi avec le poids d’un bilan économique douloureux pour les ménages. Face à lui, l’opposition part divisée, malgré les tentatives de coalition engagées ces derniers mois. Pour la RDC, qui observe souvent Abuja comme l’autre grand pôle politique d’Afrique subsaharienne, ce scrutin dira beaucoup sur la capacité des grandes démocraties africaines à traverser les tensions sociales sans casser le jeu électoral.
Un calendrier électoral désormais lancé
La campagne pour l’élection présidentielle et les législatives fédérales s’est ouverte ce mercredi, conformément au calendrier électoral révisé publié par la Commission électorale nationale indépendante, l’INEC. Le vote présidentiel et celui de l’Assemblée nationale sont fixés au 16 janvier 2027. Les élections des gouverneurs et des assemblées des États doivent suivre le 6 février.
Ce calendrier a été avancé après des discussions liées au chevauchement initial avec la période du Ramadan. Dans un pays de plus de 200 millions d’habitants, partagé entre un Nord majoritairement musulman et un Sud fortement chrétien, le choix des dates électorales n’est jamais un simple détail administratif. Il engage la participation, la confiance dans l’arbitre électoral et la perception d’équilibre entre régions.
À Abuja comme à Lagos, la campagne s’ouvre donc tôt, avec près de cinq mois de meetings, de négociations locales, de mobilisations numériques et de batailles judiciaires possibles autour des candidatures. L’INEC prévoit encore des étapes importantes, dont la publication de la liste finale des candidats à la mi-septembre.
Tinubu défend des réformes qui ont coûté cher aux ménages
Bola Tinubu se présente sous la bannière de l’All Progressives Congress, le parti au pouvoir. La présidence nigériane avait annoncé en mai qu’il recevrait le certificat et le drapeau du parti pour représenter l’APC en 2027. Son argument central reste celui de la stabilisation économique : suppression de la subvention sur le carburant, libéralisation du taux de change du naira, réformes fiscales et volonté de restaurer les marges budgétaires de l’État.
Ces choix ont été salués par une partie des investisseurs et par les institutions financières internationales pour leur ambition de corriger des déséquilibres anciens. Le FMI a relevé en juin que les réformes engagées depuis trois ans avaient amélioré certains indicateurs macroéconomiques, tout en soulignant que la vie restait difficile pour de nombreux Nigérians. L’institution estimait notamment que la pauvreté atteignait 63 % selon la ligne nationale et que 27 millions de personnes avaient connu l’insécurité alimentaire à l’automne 2025.
C’est là que se situe le cœur politique de la campagne. Pour beaucoup d’électeurs, les réformes ne se mesurent pas d’abord dans les tableaux budgétaires, mais dans le prix du transport, de la farine, du riz, du carburant et du loyer. L’inflation, les kidnappings, les violences armées et le chômage des jeunes nourrissent un mécontentement que l’opposition veut transformer en vote sanction.
Une opposition visible mais dispersée
Le président sortant affronte une opposition nombreuse. Dix-huit candidats se dressent contre lui, mais la compétition devrait surtout tourner autour de trois figures : Tinubu, l’ancien vice-président Atiku Abubakar et Peter Obi, ancien gouverneur de l’État d’Anambra, déjà très populaire auprès d’une partie de la jeunesse lors du scrutin de 2023.
Atiku Abubakar porte les couleurs de l’African Democratic Congress, après une recomposition qui devait, au départ, servir de plateforme commune contre le parti présidentiel. Peter Obi, lui, est présenté comme candidat du Nigeria Democratic Congress par des médias nigérians qui suivent sa campagne. Les deux hommes avaient déjà incarné, chacun à sa manière, le vote anti-Tinubu en 2023. Leur incapacité à se ranger derrière une seule bannière donne au président sortant un avantage structurel dans un scrutin à un tour, où la dispersion peut coûter très cher.
Cette fragmentation rappelle un vieux paradoxe politique africain : l’opposition peut occuper la rue, les réseaux sociaux et les studios de télévision, mais perdre l’élection si elle ne bâtit pas de machines territoriales solides. Au Nigeria, les gouverneurs, les notables locaux, les chefs communautaires et les réseaux de parti restent déterminants, surtout dans les zones rurales et dans les États où l’insécurité complique la campagne classique.
Un test démocratique suivi bien au-delà d’Abuja
Le scrutin nigérian sera aussi observé comme un test diplomatique régional. Le Nigeria reste le poids lourd de la CEDEAO, un acteur majeur de l’Union africaine et un partenaire influent dans les débats sur la sécurité, la migration, l’énergie et la réforme des institutions multilatérales. Une campagne tendue, ou contestée, affaiblirait la voix d’Abuja au moment où l’Afrique de l’Ouest gère encore les conséquences des coups d’État, des ruptures avec certains régimes militaires et de l’expansion des groupes armés.
Pour la RDC, l’enjeu est moins l’alignement partisan que l’expérience politique. Kinshasa et Abuja partagent plusieurs défis : immensité du territoire, pressions sur la monnaie, attentes sociales fortes, insécurité dans certaines régions, défi de la jeunesse urbaine et soupçons récurrents sur la confiance électorale. La manière dont l’INEC administre le calendrier, contrôle les campagnes et publie les listes sera suivie par les acteurs africains qui travaillent sur les standards électoraux.
Dans les prochains mois, la campagne nigériane va probablement se jouer sur trois terrains : le pouvoir d’achat, la sécurité et la crédibilité des coalitions. Tinubu cherchera à convaincre que ses réformes commencent à produire des résultats. Atiku et Obi tenteront de prouver qu’ils peuvent transformer la colère sociale en alternance. Entre les deux, les électeurs nigérians devront trancher une question simple et lourde : faut-il laisser du temps à une thérapie économique douloureuse ou changer de cap avant qu’elle ne devienne politiquement intenable ?
Rédaction nzadinews.net

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