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Libre circulation africaine : l’adhésion citoyenne bute sur la réalité des frontières

Un nouveau rapport Afrobarometer montre une Afrique favorable à l’intégration, mais prudente face à l’immigration et aux pressions sur l’emploi.

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Libre circulation africaine : l’adhésion citoyenne bute sur la réalité des frontières

Un rapport continental publié le 5 août 2026 par Afrobarometer remet au centre du débat une question qui touche directement la RDC : les Africains veulent davantage commercer, voyager et peser dans le monde, mais ils restent méfiants dès que l’ouverture des frontières semble menacer l’emploi local. Pour Kinshasa, membre de la ZLECAf et de la Communauté d’Afrique de l’Est, ces perceptions populaires comptent autant que les traités signés.

Une demande d’intégration, mais pas un chèque en blanc

L’enquête, menée auprès de 50 961 personnes dans 38 pays africains en 2024 et 2025, dessine un paysage nuancé. Selon Afrobarometer, 56 % des personnes interrogées estiment que les citoyens de leur région devraient pouvoir circuler librement au-delà des frontières. Dans le même temps, 40 % préfèrent que les gouvernements limitent ces mouvements pour protéger l’accès des nationaux aux emplois et aux opportunités.

La contradiction n’est qu’apparente. Les répondants approuvent l’idée d’une Afrique plus ouverte, surtout lorsqu’elle facilite le travail, le commerce et les échanges familiaux. Mais ils expriment aussi une inquiétude très concrète : la concurrence sur des marchés de l’emploi déjà étroits, dans des économies où le coût de la vie et le chômage figurent parmi les premières préoccupations sociales. Channel Africa, qui a relayé les conclusions du rapport, souligne la même tension : 62 % des citoyens seraient favorables au libre échange plutôt qu’au protectionnisme, tandis qu’une majorité juge toujours difficile de traverser les frontières pour travailler ou commercer.

Les frontières restent coûteuses pour les petits commerçants

Le point le plus parlant pour les populations frontalières est peut-être celui-ci : seuls 23 % des Africains interrogés disent qu’il est facile ou très facile de franchir une frontière pour travailler ou faire du commerce. À l’inverse, 63 % décrivent l’expérience comme difficile. Derrière ces chiffres se trouvent des réalités familières aux commerçantes et transporteurs congolais : files d’attente, contrôles multiples, frais formels ou informels, documents exigés, ruptures de charge et incertitude sur les règles appliquées d’un poste à l’autre.

La RDC connaît ce sujet dans sa géographie même. De Kasumbalesa à la frontière zambienne aux échanges du Grand Kivu avec le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie, une partie de la vie économique se joue dans les villes de passage. Pour de nombreuses familles, la frontière n’est pas une ligne abstraite : c’est le lieu où se vendent des vivres, des habits, des produits manufacturés, parfois de petites quantités de minerais ou de marchandises agricoles. Quand les formalités ralentissent, ce sont les marges des ménages qui se réduisent.

La ZLECAf promet un marché, mais la mobilité avance moins vite

L’Union africaine présente la Zone de libre échange continentale africaine comme un projet phare de l’Agenda 2063, destiné à créer un marché unique des biens et services, facilité par la circulation des personnes. L’accord est entré en vigueur le 30 mai 2019, et les échanges sous son régime ont commencé le 1er janvier 2021. La RDC y a sa place : elle a déposé son instrument de ratification en 2022, devenant l’un des États parties à l’accord continental.

Mais le volet humain de l’intégration reste plus lent. Le protocole de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et le droit d’établissement a été adopté en janvier 2018. Il vise à lever progressivement les restrictions qui empêchent les Africains de voyager, travailler et s’installer sur le continent. Son ambition est grande, mais son application dépend des ratifications nationales, de l’état civil, de la sécurité des frontières, de l’interopérabilité des documents et de la confiance politique entre États.

C’est précisément là que le rapport Afrobarometer apporte un signal utile aux décideurs. Une politique continentale ne devient pas sociale parce qu’elle est signée au sommet. Elle devient acceptable lorsque les citoyens comprennent ce qu’ils y gagnent et disposent de garanties minimales : protection contre les abus, accès clair aux procédures, sécurité, règles de concurrence équitables et mécanismes de plainte.

Pour la RDC, l’enjeu passe par l’Est, le Sud et les couloirs commerciaux

L’adhésion congolaise à la Communauté d’Afrique de l’Est, formalisée en avril 2022, a renforcé le lien entre intégration économique et sécurité régionale. L’EAC avait alors présenté l’entrée de la RDC comme une ouverture vers le marché commun, la circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. Pour les opérateurs congolais, la promesse est simple : réduire les obstacles qui renchérissent les importations, fluidifier les exportations et connecter davantage les producteurs locaux aux marchés voisins.

Dans la pratique, cette promesse se heurte au contexte sécuritaire dans l’Est, aux lenteurs administratives et à la faiblesse des infrastructures. Les conséquences sont visibles pour la population : un trajet plus cher augmente le prix final du sac de farine, de l’huile, du ciment ou des produits pharmaceutiques. Un poste frontalier qui fonctionne mal favorise les circuits parallèles. Une règle mal expliquée expose les petits commerçants à des paiements imprévus.

Le rapport ne dit donc pas que les Africains rejettent l’ouverture. Il dit plutôt qu’ils demandent une intégration protégée par des institutions efficaces. Pour la RDC, pays immense mais dépendant de plusieurs corridors régionaux, le message est stratégique. La libre circulation africaine peut soutenir le commerce et l’emploi si elle s’accompagne de routes praticables, de postes frontaliers modernisés, de statistiques fiables et d’une administration qui traite le petit opérateur avec la même clarté que le grand importateur.

Une opinion africaine qui veut aussi peser dans le monde

Le rapport situe enfin la mobilité dans un cadre plus large : les Africains souhaitent que leur continent ait une voix plus forte dans la gouvernance mondiale. Cette demande rejoint les discours de l’Union africaine sur la capacité du continent à négocier collectivement, notamment dans le commerce, le climat et les partenariats internationaux. Pour Kinshasa, qui cherche à valoriser ses minerais stratégiques, ses forêts et sa position au cœur de l’Afrique, l’intégration n’est pas seulement une affaire de visas. C’est aussi une manière de peser davantage, à condition que les bénéfices soient visibles dans la vie quotidienne.

Rédaction nzadinews.net

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