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DGRAD : 517,4 millions USD d’écart entre prévisions et recettes sur cinq ans

DGRAD : 517,4 millions USD d’écart entre prévisions et recettes sur cinq ans
La Banque centrale du Congo à Kinshasa en juillet 2022. Photo d’illustration d’archives, elle ne montre pas la DGRAD. Crédit : Alfani Franck, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations a mobilisé 7,740 milliards de dollars entre 2021 et 2025, pour des prévisions cumulées de 8,258 milliards. L’écart atteint 517,4 millions de dollars, selon le quatrième Baromètre financier du Centre de recherches en finances publiques et développement local, publié le 4 septembre.

Ce résultat demande une lecture nuancée. La régie a réalisé 93,72 % de ses objectifs cumulés et ses encaissements ont fortement progressé sur la période. Le manque par rapport aux assignations ne prouve donc pas, à lui seul, qu’une somme identique a disparu. Il mesure d’abord la différence entre ce que le budget attendait et ce qui a effectivement été recouvré.

Des recettes en hausse, mais sous les objectifs

Le CREFDL indique que les recettes annuelles sont passées d’environ 1,084 milliard de dollars en 2021 à 2,042 milliards en 2025. La progression atteint 88,26 %. Dans le même temps, les prévisions ont augmenté plus vite, d’environ 961 millions à 2,46 milliards de dollars. Le taux de réalisation s’est donc dégradé malgré la hausse des montants encaissés.

Cette apparente contradiction est au cœur du diagnostic. Une administration peut collecter davantage qu’auparavant tout en ratant une cible devenue plus ambitieuse. Pour juger sa performance, il faut examiner à la fois la croissance réelle des recettes et la qualité des prévisions retenues par le budget.

Un écart budgétaire n’est pas automatiquement un détournement

Le chiffre de 517,4 millions de dollars est parfois présenté comme un « manque à gagner ». Il ne doit pas être confondu sans preuve avec un détournement ou une perte de trésorerie déjà encaissée. Une prévision peut ne pas être atteinte parce que l’activité taxable a été surestimée, qu’un acte générateur a changé d’affectation, que le recouvrement a été faible ou que les données des services ne concordent pas.

Cela n’enlève rien à l’enjeu. Des recettes non mobilisées réduisent les moyens disponibles pour financer les services publics. Mais établir la responsabilité exige de remonter acte par acte, ministère par ministère et exercice par exercice, au lieu d’attribuer tout l’écart à une seule cause.

Quatorze services d’assiette passés au crible

L’étude porte sur quatorze services ou secteurs encadrés par la DGRAD, parmi lesquels les Mines, les Hydrocarbures, le Portefeuille, les Transports, le Tourisme, l’Environnement, la Police nationale et l’autorité de régulation des télécommunications. Le CREFDL relève que le Tourisme et la Police n’ont pas atteint la moitié de leurs assignations annuelles depuis 2021.

L’organisation signale aussi des réunions de conciliation des chiffres insuffisantes, des écarts entre les données sectorielles et celles de la régie, une faible organisation des contrôles en provinces et des interférences lors de certains redressements. Ce sont ces mécanismes, plus que le seul total en dollars, qui indiquent les points à corriger.

Le premier semestre 2026 offre un signal différent

Pour les six premiers mois de 2026, le Baromètre rapporte 1,098 milliard de dollars mobilisé contre une assignation linéaire de 909 millions, soit environ 120 %. Ce dépassement intermédiaire est encourageant, mais il ne garantit pas le résultat de fin d’année. Le CREFDL prévient que certains paiements performants sont ponctuels et ne se répètent pas nécessairement chaque mois.

Le budget 2026 prévoit par ailleurs 5 474,6 milliards de francs congolais de recettes encadrées par la DGRAD. Comparer ce montant annuel en francs aux chiffres historiques convertis en dollars exige de tenir compte du taux de change et de la méthode utilisée. Sans cette précaution, les évolutions peuvent être mal interprétées.

La crédibilité des prévisions devient centrale

Le CREFDL recommande d’actualiser les projections selon la réalité des actes générateurs, de renforcer les contrôles en provinces, de poursuivre l’informatisation et de réunir régulièrement la DGRAD avec les services d’assiette pour rapprocher leurs chiffres. Ces mesures touchent autant à la transparence qu’à l’efficacité du recouvrement.

La prochaine étape utile serait la publication d’un tableau détaillé par service, avec prévisions, réalisations, écarts et explications. Le public pourrait alors distinguer une cible irréaliste d’un défaut de perception, et suivre les corrections. Le chiffre de 517,4 millions attire l’attention. Sa valeur réelle est surtout d’ouvrir un contrôle précis sur la fabrication des prévisions et sur chaque maillon de la recette publique.

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