Aller au contenu

À Beni, l’ONU veut rapprocher la riposte contre Ebola de l’accès humanitaire

À Beni, l’ONU veut rapprocher la riposte contre Ebola de l’accès humanitaire
Une patrouille de la MONUSCO dans la région de Beni. Photo d’archive.

À Beni, la réponse à Ebola se heurte à une difficulté que les habitants connaissent depuis longtemps : l’aide ne peut pas atteindre une communauté si les routes sont dangereuses, si les équipes craignent une attaque ou si les familles n’ont pas confiance. En visite dans le Nord-Kivu, Damien Mama, représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies et coordonnateur humanitaire en RDC, a appelé à rapprocher la riposte sanitaire de la question de l’accès humanitaire.

Votre publicité ici

Cette approche relie deux urgences souvent traitées séparément. Les équipes de santé cherchent les malades et leurs contacts. Les acteurs humanitaires organisent les déplacements, l’information et la protection. Dans une zone affectée par les groupes armés, aucun de ces efforts ne peut fonctionner durablement sans l’autre.

Beni cumule plusieurs vulnérabilités

Le territoire accueille des populations déplacées, des villages isolés et des axes soumis à des incidents sécuritaires. Certaines familles changent fréquemment de lieu, ce qui complique le suivi médical. D’autres hésitent à se rendre dans une structure de santé par crainte d’un déplacement trop risqué ou d’une stigmatisation.

Dans ce contexte, le simple déploiement de médicaments ou d’équipes supplémentaires ne garantit pas l’accès aux soins. Il faut connaître les routes praticables, les heures les moins risquées et les relais communautaires capables de guider les intervenants. Une coordination locale peut éviter les trajets inutiles et réduire l’exposition du personnel.

La diplomatie se mesure sur le terrain

La visite d’un haut responsable des Nations unies prend son sens si elle débouche sur des décisions concrètes. Les autorités provinciales, les services sanitaires, la MONUSCO et les organisations humanitaires doivent partager une lecture commune des priorités. Chacun possède une partie de l’information, mais les retards apparaissent quand ces données restent enfermées dans des circuits séparés.

Une réunion utile devrait préciser les zones qui ne sont pas couvertes, les moyens de transport disponibles et les procédures à suivre lorsqu’un axe devient inaccessible. Elle devrait également protéger l’indépendance médicale. L’aide sanitaire doit rester fondée sur les besoins et ne pas être perçue comme un prolongement d’une opération militaire.

La confiance communautaire reste indispensable

Les précédentes épidémies ont montré que la méfiance peut ralentir l’identification des cas. Les habitants acceptent plus facilement les équipes lorsqu’ils comprennent qui elles sont, ce qu’elles cherchent et comment leurs données seront utilisées. Les responsables de quartier, les associations de femmes, les jeunes et les autorités coutumières doivent être associés avant l’arrivée d’un convoi.

Cette écoute permet aussi d’adapter les messages. Une formule préparée à Kinshasa peut être mal comprise à Beni ou dans un village voisin. Les langues, les habitudes de déplacement et l’expérience des violences influencent la manière dont une consigne est reçue.

Sécuriser sans bloquer l’aide

Les escortes peuvent être nécessaires sur certains axes, mais elles doivent être évaluées au cas par cas. Une présence armée trop visible peut rassurer dans une zone et susciter la peur dans une autre. Les acteurs humanitaires ont besoin de marges de décision pour préserver leur accès à toutes les communautés.

Les autorités ont, de leur côté, la responsabilité de protéger les routes et de poursuivre les auteurs d’attaques. L’objectif commun est que les ambulances, les équipes de surveillance et les approvisionnements puissent circuler à temps. Une journée perdue peut rendre plus difficile la recherche d’un contact.

Des engagements qui devront être vérifiés

Après la visite, les habitants attendront des changements observables : davantage de zones couvertes, des alertes traitées plus vite et une meilleure circulation de l’information. Les Nations unies peuvent mobiliser leurs agences et leurs partenaires, tandis que l’État congolais garde la conduite de la riposte et la responsabilité des services de santé.

Le rapprochement entre santé, sécurité et accès humanitaire est logique, mais il doit rester centré sur les personnes. À Beni, une bonne coordination n’est pas un organigramme supplémentaire. C’est la possibilité pour un malade d’être pris en charge, pour une équipe de rejoindre un village et pour une famille d’obtenir une réponse fiable sans risquer sa sécurité.

Views: 0

Spread the love