Le train urbain de Kinshasa a repris jeudi soir, moins d’un jour après un déraillement sans victime à Masina. Le rétablissement rapide évite une interruption prolongée. Il ne dissipe pas les questions sur la voie, la maintenance et la capacité de l’ONATRA à offrir un service régulier aux usagers.
Un incident mercredi soir à Masina
La locomotive a quitté les rails mercredi vers 18 h 20 au quartier Pelende, dans la commune de Masina, alors que le convoi revenait vers la Tshangu. Aucun mort ni blessé n’a été signalé et aucun dégât majeur n’a été annoncé. La locomotive se serait écartée de la voie sur environ un mètre.
Le train n’a pas circulé jeudi matin. Les équipes ont travaillé sur la ligne avant une reprise dans la soirée. Parti de la Gare centrale à 17 heures, le convoi a atteint l’arrêt Tshenke, à Masina, à 18 h 13 sans nouvel incident rapporté. La suspension a donc duré moins de vingt-quatre heures.
Ce retour rapide est une information utile pour les voyageurs. Il ne constitue pas encore un diagnostic sur la cause du déraillement. Le directeur général de l’ONATRA a mis en cause le passage de véhicules, le sable et les déchets déposés sur la voie dans cette zone habitée. Cette explication engage l’entreprise. Aucun rapport technique indépendant ou compte rendu détaillé d’inspection n’avait été rendu public jeudi soir.
Deux dates pour comprendre la relance
Le train avait fait l’objet d’un lancement officiel le 30 juin, après près de quinze ans d’arrêt. La circulation commerciale suivie par les voyageurs a effectivement repris le 19 août sur l’axe entre Tshenke et la Gare centrale. C’est à partir de cette seconde date que le déraillement est intervenu quinze jours plus tard.
Lors du premier trajet public d’août, le convoi avait quitté Masina à 8 h 05 et atteint le centre-ville à 9 h 23, après une dizaine d’arrêts. Sa vitesse moyenne était annoncée entre 20 et 25 kilomètres par heure. Une seule rotation était alors prévue, avec un retour en fin d’après-midi. Les places coûtaient entre 2 000 et 5 000 francs congolais selon la classe.
Pour les habitants de la Tshangu, cette offre répond à un besoin concret. Les embouteillages sur le boulevard Lumumba peuvent allonger considérablement le trajet vers la Gombe. Le rail peut réduire le temps perdu et donner un prix plus prévisible, à condition que le service circule aux heures annoncées.
La régularité compte autant que la remise sur les rails
Un train urbain ne se mesure pas seulement au nombre de jours où il fonctionne. Les usagers ont besoin d’horaires fiables, d’une information rapide en cas d’incident et d’un plan de remplacement lorsque la rame est immobilisée. Une interruption imprévue oblige le voyageur à chercher un bus, un taxi ou une moto, souvent à un coût supérieur.
L’ONATRA doit aussi distinguer les responsabilités. La protection des emprises et l’interdiction des dépôts sur la voie relèvent de l’ordre public et de la sensibilisation des riverains. L’état des rails, des traverses, des aiguillages et du matériel roulant relève de l’exploitation ferroviaire. Un compte rendu technique devrait préciser la part de chacun de ces facteurs dans l’incident de Pelende.
Le fait que la locomotive ait pu repartir dès jeudi est rassurant sur la continuité immédiate. Une reprise rapide peut néanmoins masquer une fragilité si aucune inspection plus large n’est menée sur l’ensemble de la ligne. Les voyageurs ne doivent pas attendre un nouvel incident pour connaître l’état des points sensibles.
Publier des indicateurs simples
L’entreprise gagnerait à rendre publics le nombre de rotations effectuées, les retards, les interruptions, les incidents et la fréquentation. Ces données permettraient de mesurer la progression du service depuis août et d’adapter les horaires à la demande réelle. Elles faciliteraient aussi l’évaluation des travaux de sécurisation de la voie.
La remise en circulation de jeudi soir évite que le premier déraillement ne bloque durablement la relance. Le prochain test sera quotidien : partir à l’heure, arriver sans incident et maintenir un tarif accessible. À Kinshasa, la crédibilité du train se construira trajet après trajet, bien davantage qu’au rythme des cérémonies de lancement.

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