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Muanda : l’audit foncier des mangroves doit distinguer droits villageois et occupations

Après une inspection à Muanda, la ministre de l’Environnement annonce une vérification des titres et des limites du Parc Marin des Mangroves. Le dossier mêle déplacements de communautés, besoins de subsistance et soupçons d’appropriation privée. Une restauration crédible devra commencer par établir qui occupe quoi, depuis quand et sur quelle base.

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Végétation et chenal dans le Parc Marin des Mangroves à Muanda.
Le Parc Marin des Mangroves à Muanda en février 2020. Cette photo d’archives montre l’aire protégée concernée, pas les parcelles inspectées en 2026. Crédit photo : MarineD’Haene!, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons. Recadrage éditorial. Source de l’image.

Après une inspection à Muanda, la ministre de l’Environnement annonce une vérification des titres et des limites du Parc Marin des Mangroves. Le dossier mêle déplacements de communautés, besoins de subsistance et soupçons d’appropriation privée. Une restauration crédible devra commencer par établir qui occupe quoi, depuis quand et sur quelle base.

Un parc sous pression foncière

Marie Nyange Ndambo a constaté des déboisements et des occupations dans le Parc Marin des Mangroves, au Kongo Central. La ministre veut comparer les actes fonciers, les superficies attribuées et les données géospatiales avec les cartes historiques de l’aire protégée. L’objectif annoncé est d’identifier les portions soustraites au domaine public et de préparer leur restauration.

Le parc couvre 768 kilomètres carrés. Créé le 2 mai 1992, il a été inscrit comme site Ramsar en 1996. Ses mangroves servent d’abri et de zone de croissance à de nombreuses espèces liées au milieu côtier. Elles soutiennent aussi des activités dont dépendent les communautés riveraines.

La mission intervient dans un espace où les usages se superposent. Des familles vivent de la pêche, du bois et de petites activités locales. Des acteurs privés revendiquent ou exploitent des parcelles. L’État protège, de son côté, un territoire classé dont les limites doivent rester opposables.

Le cas de Lemvo impose de la nuance

La situation du village de Lemvo illustre la difficulté. Des communautés déplacées dans le cadre des travaux du port en eau profonde de Banana ont reçu des espaces destinés à leurs moyens de subsistance. Faute d’infrastructures et d’équipements suffisants, certaines portions ont été déboisées pour accueillir des usages sociaux et économiques.

Ces faits ne doivent pas servir à placer tous les occupants dans la même catégorie. Un ménage réinstallé par une décision publique, une communauté détentrice d’un droit d’usage et un acteur privé ayant étendu une concession ne soulèvent pas les mêmes questions. Les réponses juridiques et sociales doivent donc être différenciées.

La ministre a précisément annoncé l’examen des titres et actes d’octroi afin de connaître la superficie initialement destinée aux populations. Cette étape est essentielle. Sans elle, une opération de récupération risquerait de pénaliser les familles déjà déplacées ou de laisser intactes des occupations plus puissantes.

Les cartes ne suffiront pas seules

Les données géospatiales peuvent montrer l’évolution du couvert végétal et localiser une construction par rapport aux limites du parc. Elles ne racontent pas toute l’histoire d’une parcelle. Il faut les rapprocher des dates d’occupation, des actes signés, des décisions de réinstallation et des témoignages des habitants.

L’audit devra aussi rendre sa méthode publique. Quelles cartes de référence seront utilisées ? Quelle institution vérifiera les titres ? Comment les communautés pourront-elles corriger une erreur ou présenter leurs preuves ? Les résultats gagneraient à être publiés parcelle par parcelle, avec une protection des données personnelles lorsque nécessaire.

Le statut d’aire protégée donne à l’État une base forte pour contester les occupations postérieures à la création du parc. Il n’efface pas l’obligation de documenter chaque cas. Une décision durable se construit sur un dossier vérifiable, surtout lorsque des intérêts économiques et des besoins sociaux s’opposent.

Restaurer sans déplacer le problème

Le ministère envisage un programme de reboisement sur les terres récupérées. Planter des palétuviers ne sera utile que si les causes de la destruction sont traitées. Une zone restaurée puis laissée sans surveillance peut être de nouveau défrichée. Une interdiction sans solution de subsistance peut, elle, déplacer la pression vers une autre partie du littoral.

La restauration devrait donc associer les riverains à la surveillance et prévoir des activités compatibles avec la conservation. Elle doit aussi intégrer l’eau, l’assainissement, l’accès aux services et les conséquences de la réinstallation liée au port. Les communautés ne peuvent pas être appelées à protéger un patrimoine national tout en restant seules face aux coûts de cette protection.

Un calendrier encore attendu

La mission a posé un diagnostic politique et annoncé une méthode générale. Elle n’a pas encore publié le nombre de parcelles contestées, la superficie déboisée, le calendrier de l’audit ou le budget du reboisement. Ces informations permettront de juger l’ampleur de la réponse.

À Muanda, la question ne se limite pas à chasser des occupants. Elle consiste à rétablir des limites légales, réparer les zones dégradées et garantir des conditions viables aux populations concernées. L’audit foncier sera crédible s’il distingue les situations, expose ses preuves et aboutit à des décisions applicables à tous, y compris aux acteurs privés les mieux dotés.

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