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Soudan : la crise soudanaise déplace son centre de gravité vers El Obeid

À El Obeid, carrefour du Kordofan, l’arrivée continue de déplacés et la pénurie d’aide font craindre une nouvelle aggravation de la guerre soudanaise.

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Soudan : la crise soudanaise déplace son centre de gravité vers El Obeid
Illustration éditoriale générée pour NZADI News.

La guerre au Soudan, entrée dans sa quatrième année, se concentre désormais avec une intensité inquiétante autour d’El Obeid, capitale du Kordofan du Nord. La ville, longtemps considérée comme un verrou logistique entre Darfour, Khartoum et le centre du pays, accueille des centaines de milliers de déplacés tandis que l’aide alimentaire s’épuise. Pour les Congolais, déjà confrontés à l’insécurité dans l’Est et à la pression humanitaire, cette crise rappelle combien les conflits africains se répondent : ils déplacent des populations, absorbent les financements d’urgence et fragilisent les médiations régionales.

El Obeid, nouveau point de rupture humanitaire

Le Programme alimentaire mondial a alerté, fin juillet, sur la détérioration rapide de la situation à El Obeid. L’agence onusienne décrit une ville sous pression, où les camps sont saturés, où de nouvelles familles arrivent chaque jour depuis les Kordofan et parfois depuis le Darfour, et où l’accès à l’eau, au carburant et à la nourriture devient plus difficile.

Cette évolution est d’autant plus préoccupante qu’El Obeid n’est pas seulement une ville d’accueil. C’est aussi un passage stratégique pour l’acheminement de l’aide et des marchandises vers plusieurs zones du pays. Quand ce type de carrefour se bloque, la faim progresse plus vite que les convois humanitaires. Le PAM estime que plus de 19,5 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë au Soudan, dont environ 770 000 dans des zones exposées au risque de famine. L’agence prévient aussi que ses stocks pourraient être fortement réduits en septembre et épuisés en octobre si les financements n’arrivent pas.

Une guerre de plus en plus coûteuse pour les civils

Le conflit oppose depuis le 15 avril 2023 l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, issues de l’appareil sécuritaire soudanais. Il a commencé comme une lutte pour le pouvoir à Khartoum avant de s’étendre à de vastes régions, avec une violence particulière au Darfour et dans les Kordofan. Les civils paient le prix le plus lourd : déplacements massifs, hôpitaux fragilisés, marchés attaqués, routes coupées, récoltes abandonnées.

La guerre change aussi de forme. Selon des informations rapportées par l’Associated Press à partir de déclarations du Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, les frappes de drones ont tué plus de 1 000 civils au cours des cinq premiers mois de 2026. Les attaques visant ou touchant des infrastructures civiles, des écoles, des marchés, des hôpitaux ou des camps de déplacés rendent l’espace humanitaire encore plus dangereux. Dans une ville comme El Obeid, où les déplacés s’entassent et où les services de base sont déjà débordés, chaque frappe peut provoquer une nouvelle vague de fuite.

La médiation africaine cherche encore son rythme

Sur le plan diplomatique, l’Afrique tente de remettre de l’ordre dans une médiation dispersée. Le 21 juillet à Nairobi, l’Autorité intergouvernementale pour le développement, l’IGAD, a réuni un troisième forum des envoyés spéciaux sur le Soudan. La rencontre a rassemblé des représentants de l’IGAD, de l’Union africaine, de l’Union européenne, de la Ligue arabe et des Nations unies, avec l’objectif affiché d’harmoniser les efforts de paix.

Quelques jours plus tôt, l’Union africaine avait signalé une reprise de contact politique à Khartoum : son représentant spécial pour le Soudan, Mohamed Belaiche, a rencontré le chef du Conseil souverain de transition, Abdel Fattah al Burhan, pour discuter de la situation politique et sécuritaire, de la médiation de l’UA et de la réouverture du bureau de liaison de l’organisation. Ces démarches montrent que le dossier n’est pas abandonné. Mais elles soulignent aussi la difficulté centrale : sans cessez le feu crédible, sans accès humanitaire garanti et sans canal politique accepté par les principaux acteurs, les réunions risquent de courir derrière les événements.

Pourquoi Kinshasa doit regarder vers Khartoum

Le Soudan peut sembler loin de Kinshasa. Pourtant, les conséquences de cette guerre traversent le continent. L’Organisation internationale pour les migrations indiquait en avril que près de 9 millions de personnes étaient déplacées à l’intérieur du Soudan et qu’environ 4,5 millions avaient fui vers des pays voisins, notamment le Tchad, le Soudan du Sud, la Libye et l’Égypte. Cette pression pèse sur des États déjà fragiles et réduit l’espace budgétaire et logistique disponible pour d’autres urgences africaines, y compris en République démocratique du Congo.

La RDC est elle-même mentionnée parmi les zones de préoccupation dans les alertes alimentaires internationales, dans un contexte marqué par les violences à l’Est, les déplacements internes et les épidémies. Quand les crises soudanaise, congolaise, somalienne ou sahélienne s’aggravent en même temps, les mêmes bailleurs, les mêmes agences et parfois les mêmes couloirs logistiques sont sollicités. Pour les familles de déplacés à Goma, Bunia ou Kalemie, cela peut se traduire par des rations réduites, des délais plus longs et une compétition silencieuse entre urgences.

Le test de la solidarité africaine

La crise soudanaise pose enfin une question politique aux organisations régionales africaines. L’IGAD est en première ligne, l’Union africaine tente de coordonner, les Nations unies appuient, mais la guerre continue d’étendre ses effets. Pour Kinshasa, engagée dans ses propres processus diplomatiques dans les Grands Lacs, le message est clair : une médiation ne vaut que si elle protège rapidement les civils et maintient ouvertes les routes de l’aide.

À El Obeid, la priorité n’est pas seulement de nourrir des déplacés. Elle est d’empêcher qu’un nouveau nœud de la guerre soudanaise ne devienne un multiplicateur régional de faim, de peur et d’instabilité. L’Afrique centrale, qui connaît déjà le coût humain des conflits prolongés, a tout intérêt à suivre ce dossier non comme une crise lointaine, mais comme un avertissement continental.

Rédaction nzadinews.net

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