Au lendemain de l’échéance politique du 15 août, l’opposition congolaise a choisi de déplacer la pression vers la rentrée parlementaire. La Coalition Article 64, qui regroupe plusieurs figures de l’opposition, annonce une marche nationale le 15 septembre contre ce qu’elle présente comme un projet de changement de Constitution. À Kinshasa, la mobilisation doit converger vers le Palais du Peuple, au moment même où députés et sénateurs reprendront leurs travaux. Le dossier du référendum, renvoyé au Parlement par Félix Tshisekedi pour une nouvelle délibération, devient ainsi le point de fixation d’une séquence déjà tendue autour du dialogue national, de la limitation des mandats et de la crise sécuritaire dans l’Est.
Une date choisie pour peser sur le Parlement
La C64 a annoncé, samedi 15 août, la reprise de ses actions de mobilisation citoyenne, avec une marche pacifique prévue le 15 septembre sur l’ensemble du territoire national. À Kinshasa, l’objectif affiché est clair : faire entendre la contestation devant le Palais du Peuple, siège du Parlement, le jour de l’ouverture de la session ordinaire de septembre.
Cette coalition réunit notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Elle place sa démarche sous la défense de l’ordre constitutionnel et concentre son discours sur deux articles sensibles de la Constitution : l’article 70, qui fixe la durée du mandat présidentiel, et l’article 220, qui verrouille notamment la limitation du nombre de mandats. Pour ses responsables, aucune procédure référendaire ne doit ouvrir, directement ou indirectement, la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi.
Le pouvoir rejette régulièrement cette lecture et présente le débat référendaire comme une question institutionnelle et juridique. Mais, dans l’opinion, le calendrier nourrit les soupçons. La prochaine présidentielle reste encore lointaine, mais la simple possibilité d’une modification profonde du cadre constitutionnel suffit à électriser les états-majors politiques. Dans les quartiers de Kinshasa comme dans les grandes villes de province, cette tension peut aussi se traduire par des perturbations concrètes : dispositifs policiers renforcés, circulation difficile, fermeture prudente de certains commerces et inquiétude des parents lorsque les manifestations approchent des écoles ou des axes fréquentés.
Le référendum revient en septembre, avec treize réserves
Le cœur du bras de fer se trouve désormais au Parlement. La proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum, déjà adoptée en termes identiques par l’Assemblée nationale et le Sénat, a été renvoyée aux deux chambres par le chef de l’État pour une nouvelle délibération. Selon Radio Okapi, la demande présidentielle figure dans une lettre datée du 10 août 2026 adressée aux présidents des deux chambres.
La Cour constitutionnelle avait déclaré le texte conforme à la Constitution, tout en formulant treize réserves. Félix Tshisekedi demande que ces observations soient intégrées directement dans la loi, afin d’en renforcer la clarté, l’intelligibilité et la sécurité juridique. Le rapporteur de l’Assemblée nationale, Jacques Djoli, a confirmé que le dossier sera inscrit à l’ordre du jour de la session parlementaire de septembre.
Sur le papier, la démarche peut être présentée comme une prudence juridique. Politiquement, elle a l’effet inverse : elle maintient le sujet au centre du débat national. Pour l’opposition, le renvoi au Parlement ne vaut pas retrait du texte. Pour la majorité, il s’agit d’encadrer un mécanisme démocratique prévu pour consulter directement le peuple sur des questions d’intérêt national. Entre ces deux lectures, l’espace du compromis reste étroit.
Le dialogue national, promesse toujours en suspens
La séquence actuelle ne naît pas seulement du référendum. Elle prolonge l’annonce, le 17 juillet, d’un dialogue national inclusif après une audience accordée par Félix Tshisekedi aux responsables des confessions religieuses. La Présidence avait alors indiqué que les échanges portaient sur la situation générale du pays, la paix, la cohésion nationale et la stabilité des institutions. Le cardinal Fridolin Ambongo avait salué l’option prise par le chef de l’État en faveur d’un dialogue.
La C64 avait accepté de suspendre des manifestations prévues à Kinshasa, après les démarches de la CENCO et de l’Église du Christ au Congo. Mais elle avait fixé une échéance : le dialogue devait, selon elle, être convoqué au plus tard le 15 août. À l’approche de cette date, Prince Epenge, membre de la coalition, annonçait une réunion d’évaluation afin de mesurer les actes d’apaisement posés ou non par le pouvoir.
Le gouvernement, lui, a refusé d’entrer dans la logique d’un ultimatum. Patrick Muyaya, porte-parole de l’exécutif, a déclaré fin juillet que l’agenda du président ne répondait pas à une pression politique, tout en réaffirmant que l’engagement d’organiser le dialogue serait respecté. Cette différence de tempo explique en grande partie le durcissement de l’opposition.
Une crise politique adossée à la guerre dans l’Est
Le débat institutionnel se déroule dans un pays encore travaillé par la guerre à l’Est, les discussions de paix avec le Rwanda et le processus de Doha avec l’AFC M23. Plusieurs acteurs de la société civile et de l’opposition veulent que le dialogue aborde à la fois la sécurité, la gouvernance, les libertés publiques et les garanties constitutionnelles. D’autres, dans le camp présidentiel, insistent sur la nécessité de construire un front national face aux menaces extérieures.
Cette superposition des crises rend chaque décision plus inflammable. Une loi sur le référendum peut être lue comme un instrument de participation populaire, mais aussi comme une porte ouverte à une recomposition institutionnelle contestée. Une marche peut être présentée comme un droit constitutionnel, mais elle devient un test pour les autorités chargées de l’encadrer sans violence. Un dialogue peut offrir un espace d’apaisement, mais il peut aussi échouer s’il apparaît trop contrôlé ou trop sélectif.
Le 15 septembre s’annonce donc comme une date charnière. Avant même l’ouverture de la session parlementaire, les deux camps cherchent à imposer leur cadrage : sécuriser juridiquement le référendum pour le pouvoir, empêcher tout glissement constitutionnel pour l’opposition. Entre les deux, les citoyens attendent surtout que la compétition politique ne vienne pas étouffer les urgences quotidiennes : sécurité, prix, emplois, services publics et retour durable de la paix.
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