La réforme de la commande publique congolaise entre dans une séquence plus concrète. Après le lancement d’un centre de services partagés à Kinshasa fin juin, le COREF a engagé en juillet la formation des utilisateurs et les tests applicatifs de SIGMAP 2, nouvelle plateforme appelée à dématérialiser progressivement les marchés publics. L’enjeu dépasse l’informatique administrative : il touche à la transparence des contrats, aux délais d’exécution des projets et, au bout de la chaîne, à la qualité des services rendus aux citoyens.
Une étape technique, mais très politique
Le Comité de pilotage et d’orientation de la réforme des finances publiques a présenté, le 24 juillet 2026, une nouvelle phase du déploiement de SIGMAP 2. Selon le COREF, l’activité s’est déroulée en deux temps : une formation à distance du 13 au 16 juillet, puis des tests en présentiel du 20 au 31 juillet. L’objectif annoncé est de valider les fonctionnalités de la plateforme, de relever les anomalies et de les corriger avant la mise en production prévue en 2027.
Dans un pays où les marchés publics financent routes, écoles, centres de santé, équipements administratifs et fournitures stratégiques, la manière de passer un contrat n’est pas un sujet réservé aux techniciens. Une procédure lente ou opaque retarde un chantier, augmente les coûts et fragilise la confiance. À l’inverse, une plateforme qui garde les traces, publie les informations et réduit les contacts informels peut limiter les marges de contestation, à condition d’être effectivement utilisée.
Le centre de services partagés doit accompagner les administrations
Le chantier ne part pas de zéro. Le 25 juin 2026, le vice-Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, a lancé au Centre financier de Kinshasa le Centre de service partagé du Système intégré de gestion des marchés publics. L’Autorité de régulation des marchés publics a présenté cette structure comme une unité d’appui à l’administration dans le cadre du démarrage et de la mise en œuvre de la gestion électronique des marchés publics.
Ce centre doit surtout résoudre un problème souvent sous-estimé : l’écart entre une plateforme disponible et son usage réel par les services. Beaucoup d’administrations ne disposent pas toujours de compétences numériques suffisantes, d’une connexion stable ou de réflexes de conservation électronique des dossiers. L’ARMP indique que, grâce au projet ENCORE, vingt cellules pilotes de gestion des projets et des marchés publics ont reçu du matériel informatique et une connexion internet. Ce maillage reste limité au regard de l’étendue du pays, mais il donne une base opérationnelle pour tester la chaîne.
Former avant de généraliser
La formation est l’autre verrou. Dès le 3 juin 2026, l’ARMP avait lancé une formation des formateurs consacrée à SIGMAP. L’institution explique que la plateforme doit permettre la traçabilité du traitement des dossiers, la transparence des procédures, l’exhaustivité des informations et la production de statistiques en temps réel. Les bénéficiaires de cette formation doivent, à leur tour, former d’autres cadres dans l’administration.
Le COREF précise que les tests de juillet associent les principales institutions de la commande publique, notamment l’ARMP, la Direction générale du contrôle des marchés publics, la Cellule informatique interministérielle et des cellules de gestion de plusieurs institutions pilotes. Parmi elles figurent les ministères de la Santé, de l’Éducation nationale, des Infrastructures ainsi que l’Agence congolaise des grands travaux. Ce choix est significatif : ce sont précisément des secteurs où les retards de passation se répercutent vite sur la vie quotidienne, qu’il s’agisse d’un centre de santé non équipé, d’une école livrée tardivement ou d’un chantier routier bloqué.
Une réforme suivie par les partenaires financiers
La Banque mondiale soutient cette dynamique à travers le projet ENCORE, consacré à l’amélioration du recouvrement des recettes et de la gestion des dépenses publiques. Le Fonds monétaire international, dans son suivi du programme avec la RDC, a également inscrit la transparence et l’efficacité de la commande publique parmi les réformes importantes. Son rapport rappelle que les autorités congolaises se sont engagées à accélérer le déploiement intégral de SIGMAP, dans le cadre du décret du 14 octobre 2024 sur la gestion électronique des marchés publics et de l’arrêté du 13 mars 2025 portant mise en place de la plateforme numérique.
Le même cadre prévoit plusieurs axes : adaptation réglementaire, tests et mises à jour, mise en production, création de centres de services partagés, sécurité informatique, formation des usagers et migration vers une dématérialisation intégrale. Cette architecture donne une feuille de route. Elle ne garantit pas, à elle seule, la discipline administrative nécessaire. Pour produire des effets visibles, SIGMAP 2 devra couvrir les étapes sensibles : planification, publication des avis, dépouillement, contrôle, attribution, recours, suivi d’exécution et archivage.
Le vrai test sera l’accès du public à l’information
Le portail public des marchés affiche déjà l’ambition de bâtir un système efficace et moderne. Il met en avant la liberté d’accès à la commande publique, la transparence des procédures et l’égalité de traitement. Pour les entreprises congolaises, notamment les PME, l’enjeu est de pouvoir repérer plus facilement les opportunités, préparer leurs offres et suivre les résultats sans dépendre uniquement des réseaux relationnels.
Pour les citoyens, la question est plus simple : savoir qui construit, à quel coût, dans quel délai et avec quel niveau d’avancement. Dans les provinces, cette transparence pourrait devenir un outil de contrôle social, surtout lorsque les marchés concernent des écoles, des centres de santé, des forages, des routes de desserte agricole ou des bâtiments publics. Mais cela suppose que les informations soient publiées à temps, dans un format lisible, et que les exceptions ne deviennent pas la règle.
SIGMAP 2 arrive donc à un moment charnière. La RDC dispose désormais d’un calendrier, d’un centre d’appui, de formations et d’une plateforme en phase de tests. La prochaine étape sera moins spectaculaire : faire entrer les administrations dans une routine numérique, sécurisée et vérifiable. C’est là que se jouera la portée réelle de cette réforme pour les finances publiques et pour les services que l’État promet à la population.
Rédaction nzadinews.net
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