À Mbuji-Mayi, 80 personnes vivant avec handicap ont reçu des kits d’autonomisation après une formation professionnelle à l’INPP. La remise donne une chance de transformer un apprentissage en revenu. Son vrai bilan dépendra toutefois de la mise en activité, de l’accès aux clients et du suivi des bénéficiaires.
Une formation suivie d’un outil de travail
Les 80 bénéficiaires ne sont pas arrivés à la remise les mains vides de compétences. Ils avaient achevé une formation professionnelle organisée à l’Institut national de préparation professionnelle avec l’appui de la Fondation LONA, portée par la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi. Les kits distribués le 2 septembre doivent désormais leur permettre d’exercer les métiers appris et de lancer une activité.
Cette articulation compte. Une formation isolée peut améliorer un savoir-faire sans résoudre le premier obstacle matériel. À l’inverse, un équipement remis sans apprentissage risque de rester inutilisé ou d’être revendu en cas de besoin urgent. Le dispositif présenté à Mbuji-Mayi cherche à réunir les deux éléments : la capacité technique et le matériel de départ.
La communication rendue publique ne détaille pas la composition de chaque kit ni la liste complète des métiers concernés. Il serait donc prématuré d’annoncer le nombre d’ateliers déjà ouverts ou le revenu que les participants pourraient dégager. Le fait établi est plus précis et plus modeste : 80 personnes formées ont reçu un outil destiné à leur insertion économique.
Un programme qui s’étend au-delà de Kinshasa
L’étape de Mbuji-Mayi intervient après l’accompagnement de 174 premiers bénéficiaires à Kinshasa. Elle rapproche la Fondation LONA de l’objectif de 500 bourses lancé en 2023. Ce passage dans le Kasaï-Oriental apporte une dimension provinciale à une initiative dont la visibilité avait d’abord été associée à la capitale.
Pour les personnes handicapées, la proximité de la formation est décisive. Se déplacer vers Kinshasa suppose des frais, un hébergement et parfois une assistance inaccessible à beaucoup de familles. Une mise en œuvre locale réduit une partie de ces barrières. Elle permet aussi d’adapter les apprentissages aux besoins du marché de Mbuji-Mayi, à condition que cette adaptation ait réellement guidé le choix des filières.
La distribution repose sur plusieurs partenaires, notamment l’ASBL PESA MUNINGA SOURIRE, le Fonds national de promotion et de service social et l’INPP. Ce montage peut réunir accompagnement social, compétence pédagogique et soutien matériel. Il demande aussi une répartition claire des responsabilités une fois la cérémonie terminée.
Le premier client sera plus important que la première photo
Recevoir un kit n’équivaut pas encore à disposer d’un emploi durable. Un artisan doit trouver un emplacement, acheter les consommables qui ne sont pas fournis, fixer des prix, attirer des clients et conserver une part de ses recettes pour renouveler son stock. Une personne qui travaille à domicile peut rencontrer d’autres limites, notamment l’électricité, le transport ou l’accessibilité de son quartier.
Le suivi devrait donc regarder ce qui se passe après trois, six et douze mois. Combien de bénéficiaires ont effectivement commencé une activité ? Combien utilisent toujours le matériel ? Quels métiers trouvent une clientèle régulière ? Quels obstacles empêchent certains participants d’avancer ? Ces indicateurs donneraient plus de valeur au programme que le seul total des kits remis.
Une petite assistance de gestion peut aussi faire la différence. Tenir un cahier de recettes, séparer l’argent du ménage de celui de l’activité et anticiper l’achat des matières premières sont des gestes simples, mais essentiels. Des groupes d’entraide entre bénéficiaires pourraient faciliter les achats, les recommandations de clients et la résolution des pannes.
L’autonomie ne doit pas effacer les droits
L’accent mis sur le travail et la dignité répond à une attente réelle. Il ne doit pas conduire à présenter l’entrepreneuriat individuel comme une réponse à toutes les difficultés. Les personnes handicapées ont aussi droit à des services publics accessibles, à l’éducation, à la santé, au transport et à un recrutement sans discrimination.
La remise de Mbuji-Mayi peut ouvrir une voie concrète si elle s’inscrit dans cet ensemble. Elle gagnerait à être accompagnée d’informations publiques sur les métiers, la valeur des kits, les critères de sélection et les résultats mesurés. La même transparence permettrait de vérifier comment les 500 bourses annoncées sont réparties entre Kinshasa et les provinces.
Pour les 80 bénéficiaires, l’étape la plus délicate commence maintenant. La formation et le matériel créent une possibilité. Ce sont les premières commandes, la continuité de l’activité et la capacité à vivre de son métier qui diront si cette possibilité est devenue une autonomie réelle.

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